Projet Virage
2000Recherches, contacts et analyse
Les objectifs des trois premières
démarches
• Faire ressortir, des recherches antécédentes, les
données concernant les pratiques discriminatoires exercées envers les
femmes dans les diverses structures de l’Église : violence à leur
égard, pauvreté…
• Analyser les conséquences de ces pratiques
discriminatoires sur la vie des femmes
• Créer des alliances avec des femmes du monde
politique, économique, social, culturel et des autres Églises.
Les résultats visés
• Prise de conscience de 3 situations concrètes de
pratiques discriminatoires
• Capacité de nommer au moins 2 causes et 2
conséquences de ces pratiques discriminatoires.
• Contact, échange et inventaire de 3 ou 4 stratégies
possibles
Les démarches
• Recherche de littérature sur la situation des
femmes en Église
• Analyse des données
• Tables rondes avec des femmes du monde politique,
du monde économique, du monde social et du monde culturel.
Le projet initial prévoyait l’analyse en 2ème étape du
projet. Les tables rondes ayant ajouté des éléments importants au
« voir », les démarches 2 et 3 ont été inversées.
Grille d’analyse utilisée
La méthode du voir, juger, agir
Voir : lecture des
situations insatisfaisantes pour les femmes en Église.
Juger : recherche des causes,
des pouvoirs et des valeurs en jeu,
recherche des conséquences de telles situations.
Agir : recherche de
stratégies et d’actions pour améliorer les situations
insatisfaisantes.
Analyse des causes et des conséquences
Voir La revue de littérature et les entrevues réalisées par une assistante de recherche nomment les difficultés que rencontrent les femmes en Église. La violence, la pauvreté sont mentionnées comme étant des situations de grandes souffrances. Sous ces deux grands chapitres sont nommées plusieurs pratiques discriminatoires.
Les tables rondes, tout en créant des alliances avec des femmes de milieux différents, ont permis d’établir certains rapprochements entre la situation des femmes en Église et la situation des femmes œuvrant dans les domaines politique, économique, social et culturel. Elles ont aussi permis un partage d’expériences, un échange de moyens pour en arriver à vaincre les difficultés rencontrées. Une solidarité est née entre ces femmes et des femmes œuvrant en Église.
Ces données serviront de point de départ pour
élaborer des stratégies de changement et par la suite
préparer une plate-forme d’actions visant la transformation de la
condition des femmes dans l’Église.
Juger Certains
faits ressortent clairement de la recherche et des tables rondes .
Notons : Le peu de progrès constaté depuis les 20 dernières années, les
gains individuels marqués d’avancées et de reculs, la lente progression
des femmes dans des postes de responsabilités ou dans les lieux de
décisions, les pratiques discriminatoires persistantes malgré la
bonne volonté exprimée par plusieurs responsables de l’institution
ecclésiale, le peu de changement en dépit des nombreuses études,
réflexions, requêtes, recommandations venant de différents lieux et
milieux. Ces faits nous confirment que les causes des
problèmes ne tiennent pas uniquement à certaines personnes mais
qu’elles sont profondément inscrites dans la culture ecclésiale
elle-même. Les gains individuels, régionaux, voire même nationaux
fussent-ils nombreux ne parviennent pas à opérer des changements
valables et durables. Il faut donc
chercher dans l’institution elle-même, dans son histoire et dans
sa forme de gouvernement les véritables causes des pratiques
discriminatoires à l’égard des femmes.
Violence
Sur le plan de la violence, le rapport de recherche fait
référence « au phénomène collectif et social de domination des
femmes
par les hommes et de son rejaillissement sur les individus, phénomène
qui aboutit à la domination, au contrôle excessif et
abusif ».
La violence dont il est question dans la recherche porte
principalement le nom de violence
systémique, une violence générée par l’institution ecclésiale en
elle-même. C’est ce qui la rend extrêmement difficile à contrer. La
violence systémique devient la cause première de bien d’autres
formes de violence vécues par les femmes en Église. La structure de
l’Église, son discours sous différentes formes, son fonctionnement, ses
lois, ses règles sont des causes d’injustices, de non-reconnaissance
effective des femmes, d’exclusions, de pratiques discriminatoires.
Nous sommes aussi des hommes et des femmes marqués par une tradition,
par une culture. Une seconde cause viendrait de la socialisation qui nous a
façonnés, nous comme femmes, d’autres comme hommes, et qui nous a
laissé des perceptions de nos fonctions et de nos rôles
respectifs. La socialisation consiste aussi à intégrer des valeurs, des
attitudes qui assurent le fonctionnement de la société selon ses
caractéristiques.
Guy Rocher définit la
socialisation : « La manière dont les membres d’une collectivité
apprennent les modèles de leur société, se les assimilent et s’en font
leurs règles personnelles et sociales. Un ensemble lié de manières de
penser, de sentir et d’agir plus ou moins formalisées qui, étant
apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d’une
manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes
en une collectivité particulière et distincte. »
Tylor, anthropologue anglais,
nous dit, « la culture, c’est cet ensemble complexe qui
comprend
les connaissances et les croyances, l’art, le droit, la morale, les
coutumes, et toutes les autres aptitudes et habitudes qu’acquiert
l’homme en tant que membres d’une société. »
Dans la culture ecclésiale, la socialisation, profondément ancrée au
sein de l’institution, nous place devant un modèle patriarcal
intouchable et non questionnable. Les faits mentionnés nous amènent
donc à affirmer que notre société est inscrite dans une culture
patriarcale, renforcée, pour les femmes en Église, par une culture
cléricale. Il nous est donc possible de dégager deux causes des
pratiques discriminatoires dont sont victimes les femmes dans l’Église.
L’Église institution,
comme système, soutient des pratiques discriminatoires à l’égard des
femmes
Dans l’Église comme
dans la société, les rapports hommes/femmes sont conditionnés par
des sensibilités, par une organisation sociale, par une culture, par
l’environnement.
Les écrits, les entrevues font mention de plusieurs situations
insatisfaisantes pour les femmes en Église. Par contre, autant
dans la recherche que dans les tables rondes, il n’est pas fait mention
de la violence issue celle-là de la relation professionnelle ou de la
relation pastorale. Il s’agit ici d’inconduite dans le support
professionnel ou pastoral, de harcèlement sexuel, d’abus de pouvoir sur
les consciences ou sur les personnes…Pourtant nous savons que cette
violence existe. La loi du silence, la vulnérabilité des personnes en
cause peuvent être à la base de ce mutisme.
Conséquences
des pratiques discriminatoires concernant la violence :
° Contrôle à partir d’un certain
discours théologique,
° Renforcement des stéréotypes de socialisation,
° Maintien d’un ensemble de lois et de principes
aliénants pour les femmes,
° Concentration des pouvoirs d’autorité entre les
mains des hommes ordonnés,
° Présence de différentes formes de violence :
autoritarisme, paternalisme, domination, séduction,
° Discrimination dans les ministères,
° Sexisme, exclusion, dévalorisation, isolement,
° Absence de femmes dans les lieux de
décisions, d’orientations et, par conséquent dans les lieux de
transformation et de changement,
° Rejet d’un certain discours moral de l’institution
ecclésiale,
° Désintéressement et désistement des femmes,
° Langage exclusif persistant surtout en liturgie.
Pauvreté
La pauvreté des femmes est nommée parmi les violences dont sont
victimes les femmes en Église. L’affirmation de soi, la poursuite de
valeurs communes selon des normes admises, la reconnaissance par autrui
d’une place bien à soi, l’usage effectif de ses capacités personnelles,
le désir de développer toutes ses potentialités, représentent autant
d’aspirations fondamentales de tout individu. Devant l’impossibilité de
satisfaire adéquatement ces tendances humaines, les femmes se sentent
impuissantes, isolées, marginalisées, appauvries dans leur identité
propre. Le pauvre nous dit Louis Evely « c’est celui qui a
l’expérience
des limites humaines, qui est incapable de réaliser son destin par
lui-même ». La recherche parle de différentes sortes de pauvreté.
Toutefois elle consacre la majeure partie du chapitre aux
conditions de travail qui entraînent la pauvreté matérielle des
femmes : absence de politiques de travail, conditions de travail
précaires, salaire insuffisant comparativement au coût de la vie…
La situation des femmes en milieu de travail ecclésial peut ressembler
étrangement à la situation de femmes travaillant dans d’autres
secteurs d’emplois. Toutefois, une différence existe, dans la structure
ecclésiale, il devient impossible aux femmes d’avoir accès aux postes
de pouvoir, aux postes décisionnels réservés uniquement à des hommes
ordonnés.
L’Église a beaucoup de difficulté à se percevoir comme une entreprise
sur le plan de l’organisation du travail. Un fossé existe entre le
discours social de l’Église et son application dans sa propre
structure. Des femmes sont considérées comme d’éternelles bénévoles,
comme des secondes, des suppléantes ou des assistantes malgré une
formation, une expérience et une scolarité qui leur permettraient
d’assumer des charges et des responsabilités avec compétence. Les
relations clercs et laïques femmes sont souvent difficiles, les clercs
possédant autorité et pouvoir. L’inertie de l’Église est vue comme un
manque de respect envers les femmes. En position de vulnérabilité, des
femmes ont de la difficulté à revendiquer, gardent le silence et
perdent éventuellement toute confiance en elles. Des femmes font preuve
d’une patience à toute épreuve, patience qui leur permet de supporter
les difficultés, les pressions, et quelque fois même le mépris. Nous
sommes donc en mesure de soutenir que, dans le domaine des relations de
travail, l’Église pourrait apporter certains changements afin
d’éliminer les situations de pauvreté et de violence vécues par
des travailleuses en Église.
À la lecture de ce chapitre il est possible de dégager deux causes qui
provoquent la pauvreté des femmes en Église.
Dans l’Église, des
femmes vivent une sorte de dépendance qui affecte leur autonomie et le
développement de toutes leurs potentialités.
Les conditions de
travail précaires et la non-reconnaissance effective sont des causes
de pauvreté chez les femmes qui occupent des postes
rémunérés dans l’Église.
Conséquences des
pratiques discriminatoires concernant la pauvreté :
° Conditions de travail insatisfaisantes : absence de
politiques, de règles, de lois régissant le travail des laïques,
° Abus de pouvoir de la part des décideurs,
° Difficulté à travailler en partenaire clercs et
laïques,
° Manque de précisions au plan des procédés de fonctionnement :
stratégies, objectifs, définitions de tâches, évaluations,
° Non-reconnaissance de la compétence et de
l’expérience des femmes,
° Caractère précaire de l’emploi,
° Invisibilité des travailleuses d’Église dans les
communautés chrétiennes paroissiales; difficulté à être reconnues par
les conseils de fabrique,
° Absence des femmes dans les lieux qui permettent
des transformations,
° Maintien des femmes dans des postes subalternes,
° Parti pris pour les clercs en cas de conflit,
° Maintien des femmes dans des postes d’éducation et
de formation,
° Pour des femmes, dépendance, impuissance et
isolement.
Ce que dit la foi au Christ
Valeurs
en cause
C’est leur foi au Christ qui invite les femmes en Église à s’engager
pour de meilleures conditions de vie des femmes dans la société et
dans l’Église. La parole de Dieu les invite à se tenir
debout, à faire fructifier leurs talents au centuple, à ne pas
laisser la lumière sous le boisseau, à garder la lampe allumée, à
annoncer la Bonne Nouvelle du Ressuscité. Elles savent
qu’elles sont sel de la terre et lumière du monde, qu’elles sont levain
dans la pâte. Filles de Dieu par leur baptême, fortes des
dons de l’Esprit, elles sont appelées à part entière à travailler
à la construction du Royaume. Elles sont aussi le présent de
Dieu. Il leur revient de travailler à la libération de
toutes les formes de captivité. Héritières des prophètes, les
femmes se doivent de bâtir un monde de justice, un monde
équitable où tous les hommes et toutes les femmes, même les plus
fragiles, seront reconnus et pourront vivre dans la dignité,
l’égalité, la paix et l’harmonie. C’est Jean qui nous dit :
« Nous
devons nous aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais en
acte et en vérité ».
Conclusions
Comme il a été dit, la recherche de littérature a
colligé les pratiques discriminatoires déjà inscrites dans les
recherches antécédentes; les tables rondes, tout en créant des
alliances, ont permis de faire une comparaison entre ce que vivent des
femmes en Église et ce que vivent des femmes œuvrant dans
d’autres sphères de la société.
C’est dans l’élan de la Marche
mondiale des femmes de l’an 2000 qui porte de nombreuses
recommandations contre la pauvreté et la violence faites aux
femmes et dans la foulée du Jubilé de l’an 2000 qui
promeut des valeurs de libération, de réconciliation et de
partage, que des femmes en Église veulent travailler à la
transformation des structures aliénantes. Elles exigent que
soient respectés, partout dans le monde, les engagements inscrits dans
différentes conventions internationales depuis 1949. Elles
réclament respect et reconnaissance totale dans tous les domaines
de la vie sociale, de la vie politique, de la vie économique, de la vie
culturelle et de la vie ecclésiale. Des femmes aspirent à l’égalité, à
l’autonomie, au partenariat véritable à tous les échelons de la vie
sociale et de la vie ecclésiale. Elles désirent avoir accès aux
lieux d’influence et de pouvoir, aux lieux stratégiques où se dessinent
leur propre destinée et la destinée du monde dans lequel elles
vivent. Elles veulent avoir la capacité d’agir et de
participer. Elles
luttent pour briser le cercle infernal de la violence et de la
pauvreté présentes dans la vie de trop de femmes à travers le
monde. Elles n’acceptent plus que des femmes soient encore
victimes de pratiques discriminatoires. Elles veulent
travailler avec des hommes pour que l’Église, qui se doit
d’être prophétique dans les questions de justice, de respect,
d’égalité, le soit en paroles et en actions.
Pistes d'actions déjà présentes dans les tables rondes
Agir Sous les
deux grands chapitres pauvreté et violence sont nommées plusieurs
pratiques discriminatoires à partir desquelles il faudra travailler
afin de trouver des stratégies d’actions qui permettraient une
amélioration de la condition des femmes. Les tables rondes suggèrent
déjà des stratégies possibles, des attitudes à promouvoir, de
lieux où travailler de façon particulière :
• Créer des lieux de solidarité chez les femmes,
briser l’isolement;
• Identifier des objectifs de travail clairs et
précis pour en arriver à des changements valables;
• Offrir du support aux femmes en difficulté;
• Développer une analyse féministe des politiques de
travail et en étudier les répercussions sur la famille;
• Établir des comités conjoints employeurs et
employées;
• Former des comités mixtes pour la défense des
droits des femmes;
• Reconnaître la violence pour être en mesure de la
dénoncer;
• Refuser dans le discours moral et pastoral
tout ce qui est aliénant pour les femmes;
• Développer des programmes d’aide aux femmes en
difficulté;
• Développer des programmes de formation dans les
domaines de la gestion et du pouvoir;
• Développer des mécanismes pour enrayer les
fonctionnements arbitraires;
• Travailler sur les mentalités;
• S’approprier le discours social de l’Église afin
d’y découvrir des politiques et des pratiques prophétiques;
• Obtenir des politiques de travail pour tout ce qui
touche les conditions et les relations de travail;
• Surveiller le langage afin qu’il soit inclusif pour
les femmes dans tous les domaines de la vie de l’Église;
• Créer des alliances avec des hommes soucieux de la
condition des femmes dans l’Église;
• Rechercher visibilité et représentativité pour les
femmes dans les structures d’Église.
Les
rencontres régionales qui constituent la quatrième étape du
projet permettront maintenant de poursuivre la réflexion.
Après avoir pris connaissance des résultats obtenus jusqu’à
maintenant, des femmes et des hommes, préoccupés par la situation
des femmes en Église, choisiront
ensemble les meilleures stratégies à mettre de l’avant lors du colloque
de mai 2000 afin d’en arriver à l’élaboration d’un plan d’action
actif et efficace pour les années à venir.
Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
Consulté
le