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 Recherches, contacts et analyse

 Les objectifs des trois premières démarches
•    Faire ressortir, des recherches antécédentes, les données concernant les pratiques discriminatoires exercées envers les femmes dans les diverses structures de l’Église : violence à leur égard, pauvreté…
•    Analyser les conséquences de ces pratiques discriminatoires sur la vie des femmes
•    Créer des alliances avec des femmes du monde politique, économique, social, culturel et des autres Églises.

Les résultats visés
•    Prise de conscience de 3 situations concrètes de pratiques discriminatoires
•    Capacité de nommer au moins 2 causes et 2 conséquences de ces pratiques discriminatoires.
•    Contact, échange et inventaire de 3 ou 4 stratégies possibles

Les  démarches
•   Recherche de littérature sur la situation des femmes en Église
•   Analyse des données
•   Tables rondes avec des femmes du monde politique, du monde économique, du monde social et du monde culturel.

Le projet initial prévoyait  l’analyse en  2ème étape du projet. Les tables rondes ayant ajouté des éléments importants  au « voir », les démarches 2 et 3 ont été inversées.

Grille d’analyse  utilisée
La méthode du voir, juger, agir
Voir  : lecture des situations insatisfaisantes pour les femmes en Église.
Juger : recherche des causes, des pouvoirs et des valeurs en jeu,  
            recherche des conséquences de telles situations.
Agir  : recherche de stratégies et d’actions  pour améliorer les situations insatisfaisantes.


Analyse des causes et des conséquences

Voir La revue de littérature et les entrevues  réalisées  par  une assistante de recherche   nomment les  difficultés que   rencontrent les  femmes en Église. La violence, la pauvreté sont mentionnées comme étant des situations de grandes souffrances. Sous ces deux grands chapitres sont nommées plusieurs pratiques discriminatoires.  

Les tables rondes, tout en créant des alliances avec des femmes de milieux différents, ont permis d’établir certains rapprochements entre  la situation des femmes en Église et la situation des femmes œuvrant dans les domaines politique, économique, social et culturel. Elles ont aussi permis un partage d’expériences, un échange de moyens pour en arriver à vaincre les difficultés rencontrées. Une solidarité est née entre ces femmes et des femmes œuvrant en Église.

Ces données serviront de point de départ pour élaborer  des stratégies  de changement et  par la suite préparer une plate-forme d’actions visant la transformation de la condition des femmes dans l’Église.


Juger Certains faits ressortent clairement de la recherche et des tables rondes . Notons : Le peu de progrès constaté depuis les 20 dernières années, les gains individuels marqués d’avancées et de reculs, la lente progression des femmes dans des postes de responsabilités ou dans les lieux de décisions, les pratiques  discriminatoires persistantes malgré la bonne volonté exprimée par plusieurs responsables de l’institution ecclésiale, le peu de changement en dépit des nombreuses études, réflexions, requêtes, recommandations venant de différents lieux et milieux. Ces faits  nous confirment  que les causes des problèmes ne tiennent pas uniquement à certaines personnes mais qu’elles sont profondément inscrites dans la culture ecclésiale elle-même. Les gains individuels, régionaux, voire même  nationaux fussent-ils nombreux ne parviennent pas à opérer des changements valables et durables.  Il faut  donc chercher  dans l’institution elle-même, dans son histoire et dans sa forme de gouvernement les véritables causes des pratiques discriminatoires à l’égard des femmes.

Virage 2    Violence


Sur le plan de la  violence, le rapport de recherche fait référence « au phénomène collectif et social de domination des femmes par les hommes et de son rejaillissement sur les individus, phénomène qui aboutit à la domination, au  contrôle excessif et abusif ».

La violence dont il est question dans la recherche porte principalement  le nom de violence systémique, une violence générée par l’institution ecclésiale en elle-même. C’est ce qui la rend extrêmement difficile à contrer. La violence systémique devient la cause première  de bien d’autres formes de violence vécues par les femmes en Église. La structure de l’Église, son discours sous différentes formes, son fonctionnement, ses lois, ses règles sont des causes d’injustices, de non-reconnaissance effective des femmes, d’exclusions, de pratiques discriminatoires.

Nous sommes aussi des hommes et des femmes marqués par une tradition, par une culture. Une seconde cause viendrait de la socialisation qui nous a façonnés, nous comme femmes, d’autres comme hommes, et qui nous a laissé des perceptions de nos fonctions et de nos rôles  respectifs. La socialisation consiste aussi à intégrer des valeurs, des attitudes qui assurent le fonctionnement de la société selon ses caractéristiques.

Guy Rocher définit la socialisation : « La manière dont les membres d’une collectivité apprennent les modèles de leur société, se les assimilent et s’en font leurs règles personnelles et sociales. Un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d’agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d’une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte. »

Tylor, anthropologue anglais, nous dit,  « la culture, c’est cet ensemble complexe qui comprend les connaissances et les croyances, l’art, le droit, la morale, les coutumes, et toutes les autres aptitudes et habitudes qu’acquiert l’homme en tant que membres d’une société. »

Dans la culture ecclésiale, la socialisation, profondément ancrée au sein de l’institution, nous place devant un modèle patriarcal intouchable et non questionnable. Les faits mentionnés nous amènent donc à affirmer que notre société est inscrite dans une culture patriarcale, renforcée, pour les femmes en Église, par une culture cléricale. Il nous est donc possible de dégager deux causes des pratiques discriminatoires dont sont victimes les femmes dans l’Église.

Virage 3   L’Église institution, comme système, soutient des pratiques discriminatoires à l’égard des femmes

Virage 3 Dans l’Église comme dans la société, les rapports hommes/femmes sont  conditionnés par des sensibilités, par une organisation sociale, par une culture, par l’environnement.

Les écrits, les entrevues font mention de plusieurs situations insatisfaisantes pour les femmes en Église.  Par contre, autant dans la recherche que dans les tables rondes, il n’est pas fait mention de la violence issue celle-là de la relation professionnelle ou de la relation pastorale. Il s’agit ici d’inconduite dans le support professionnel ou pastoral, de harcèlement sexuel, d’abus de pouvoir sur les consciences ou sur les personnes…Pourtant nous savons que cette violence existe. La loi du silence, la vulnérabilité des personnes en cause peuvent être à la base de ce mutisme.

Conséquences des  pratiques discriminatoires concernant la violence :

°    Contrôle à partir d’un certain discours théologique,
°    Renforcement des stéréotypes de socialisation,
°    Maintien d’un ensemble de lois et de principes aliénants pour les femmes,
°    Concentration des pouvoirs d’autorité entre les mains des hommes ordonnés,
°    Présence de différentes formes de violence : autoritarisme, paternalisme, domination, séduction,
°    Discrimination dans les ministères,
°    Sexisme, exclusion, dévalorisation, isolement,
°    Absence  de femmes dans les lieux de décisions, d’orientations et, par conséquent dans les lieux de transformation et de changement,
°    Rejet d’un certain discours moral de l’institution ecclésiale,
°    Désintéressement et désistement des femmes,
°    Langage exclusif persistant surtout en liturgie.

Virage 2  Pauvreté

La pauvreté des femmes est nommée parmi les violences dont sont victimes les femmes en Église. L’affirmation de soi, la poursuite de valeurs communes selon des normes admises, la reconnaissance par autrui d’une place bien à soi, l’usage effectif de ses capacités personnelles, le désir de développer toutes ses potentialités, représentent autant d’aspirations fondamentales de tout individu. Devant l’impossibilité de satisfaire adéquatement ces tendances humaines, les femmes se sentent impuissantes, isolées, marginalisées, appauvries dans leur identité propre. Le pauvre nous dit Louis Evely « c’est celui qui a l’expérience des limites humaines, qui est incapable de réaliser son destin par lui-même ». La recherche parle de différentes sortes de pauvreté. Toutefois elle consacre la majeure partie du chapitre aux conditions de travail qui entraînent la pauvreté matérielle des femmes : absence de politiques de travail, conditions de travail précaires,  salaire insuffisant comparativement au coût de la vie…

La situation des femmes en milieu de travail ecclésial peut ressembler étrangement à la situation de  femmes travaillant dans d’autres secteurs d’emplois. Toutefois, une différence existe, dans la structure ecclésiale, il devient impossible aux femmes d’avoir accès aux postes de pouvoir, aux postes décisionnels réservés uniquement à des hommes ordonnés.

L’Église a beaucoup de difficulté à se percevoir comme une entreprise sur le plan de l’organisation du travail. Un fossé existe entre le discours social de l’Église et son application dans sa propre structure. Des femmes sont considérées comme d’éternelles bénévoles, comme des secondes, des suppléantes ou des assistantes malgré une formation, une expérience et une scolarité qui leur permettraient d’assumer des charges et des responsabilités avec compétence. Les relations clercs et laïques femmes sont souvent difficiles, les clercs possédant autorité et pouvoir. L’inertie de l’Église est vue comme un manque de respect envers les femmes. En position de vulnérabilité, des femmes ont de la difficulté à revendiquer, gardent le silence et perdent éventuellement toute confiance en elles. Des femmes font preuve d’une patience à toute épreuve, patience qui leur permet de supporter les difficultés, les pressions, et quelque fois même le mépris. Nous sommes donc en mesure de soutenir que, dans le domaine des relations de travail, l’Église pourrait apporter certains changements afin d’éliminer  les situations de pauvreté et de violence vécues par des travailleuses en Église.

À la lecture de ce chapitre il est possible de dégager deux causes qui provoquent la pauvreté des femmes en Église.

Virage 3  Dans l’Église, des femmes vivent une sorte de dépendance qui affecte leur autonomie et le développement de toutes leurs potentialités.
 
Virage 3  Les conditions de travail précaires et la non-reconnaissance effective sont des causes de  pauvreté chez les femmes  qui occupent des postes rémunérés  dans l’Église.


Conséquences des pratiques discriminatoires concernant la pauvreté : 

°    Conditions de travail insatisfaisantes : absence de politiques, de règles,  de lois régissant le travail des laïques,
°    Abus de pouvoir de la part des décideurs,
°    Difficulté à travailler en partenaire clercs et laïques,
°  Manque de précisions au plan des procédés de fonctionnement : stratégies, objectifs, définitions de tâches, évaluations,
°    Non-reconnaissance de la compétence et de l’expérience des femmes,
°    Caractère précaire de l’emploi,
°   Invisibilité des travailleuses d’Église dans les communautés chrétiennes paroissiales; difficulté à être reconnues par les conseils de fabrique,
°    Absence des femmes dans les lieux qui permettent des transformations,
°    Maintien des femmes dans des postes subalternes,
°    Parti pris pour les clercs en cas de conflit,
°    Maintien des femmes dans des postes d’éducation et de formation,
°    Pour des femmes, dépendance, impuissance et isolement.

Ce que dit la foi au Christ

Valeurs en cause

C’est leur foi au Christ qui invite les femmes en Église à s’engager pour de meilleures conditions de vie des femmes dans la société et dans  l’Église. La parole de Dieu  les invite à se tenir debout, à faire fructifier  leurs talents au centuple, à ne pas laisser la lumière sous le boisseau, à garder la lampe allumée, à annoncer la Bonne Nouvelle du Ressuscité.  Elles savent  qu’elles sont sel de la terre et lumière du monde, qu’elles sont levain dans la pâte.  Filles de Dieu  par leur baptême, fortes des dons de l’Esprit,  elles sont appelées à part entière à travailler à la construction du Royaume. Elles sont  aussi le présent de Dieu. Il leur  revient de travailler à  la libération de toutes les formes de captivité. Héritières des prophètes, les femmes  se doivent de bâtir un monde de justice, un monde équitable où tous les hommes et toutes les femmes, même les plus fragiles,  seront reconnus et pourront vivre dans la dignité, l’égalité,  la paix et l’harmonie. C’est Jean qui nous dit : « Nous devons nous aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais en acte et en vérité ».

Conclusions

Comme il a été dit, la recherche de littérature a colligé  les pratiques discriminatoires déjà inscrites dans les recherches antécédentes; les tables rondes, tout en créant des alliances, ont permis de faire une comparaison entre ce que vivent des femmes en Église et  ce que vivent des femmes œuvrant dans d’autres sphères de la société.

C’est dans l’élan de la Marche mondiale des femmes de l’an 2000 qui porte de nombreuses recommandations  contre la pauvreté et la violence faites aux femmes et  dans la foulée  du Jubilé de l’an 2000 qui promeut  des valeurs de libération, de réconciliation et de partage, que des femmes en Église veulent travailler à la transformation des structures aliénantes. Elles exigent  que soient respectés, partout dans le monde, les engagements inscrits dans différentes conventions internationales depuis 1949. Elles réclament  respect et reconnaissance totale dans tous les domaines de la vie sociale, de la vie politique, de la vie économique, de la vie culturelle et de la vie ecclésiale. Des femmes aspirent à l’égalité, à l’autonomie, au partenariat véritable à tous les échelons de la vie sociale et de la vie ecclésiale. Elles désirent avoir  accès aux lieux d’influence et de pouvoir, aux lieux stratégiques où se dessinent leur propre destinée et la destinée du monde dans lequel elles vivent.  Elles veulent  avoir  la capacité d’agir et de participer.  Elles luttent  pour briser le cercle infernal de la violence et de la pauvreté présentes dans  la vie de trop de femmes à travers le monde.  Elles n’acceptent plus que des femmes soient encore victimes de pratiques discriminatoires.  Elles veulent  travailler avec des hommes  pour  que l’Église, qui se doit d’être prophétique dans les questions de justice, de respect, d’égalité, le soit  en paroles et en actions.

Pistes d'actions déjà présentes dans les tables rondes

Agir Sous les deux grands chapitres pauvreté et violence sont nommées  plusieurs pratiques discriminatoires à partir desquelles il faudra travailler afin de trouver des stratégies d’actions qui permettraient une amélioration de la condition des femmes. Les tables rondes suggèrent déjà des  stratégies possibles, des attitudes à promouvoir, de lieux où  travailler de façon particulière :

•    Créer des lieux de solidarité chez les femmes, briser l’isolement;
•    Identifier des objectifs de travail clairs et précis pour en arriver à des changements valables;
•    Offrir du support aux femmes en difficulté;
•    Développer une analyse féministe des politiques de travail et en étudier les répercussions sur la famille;
•    Établir des comités conjoints employeurs et employées;
•    Former des comités mixtes pour la défense des droits des femmes;
•    Reconnaître la violence pour être en mesure de la dénoncer;
•    Refuser dans  le discours moral et pastoral tout ce qui est aliénant pour les femmes;
•    Développer des programmes d’aide aux femmes en difficulté;
•    Développer des programmes de formation dans les domaines de la gestion et du pouvoir;
•    Développer des mécanismes pour enrayer les fonctionnements arbitraires;
•    Travailler sur les mentalités;
•    S’approprier le discours social de l’Église afin d’y découvrir des politiques et des pratiques  prophétiques;
•    Obtenir des politiques de travail pour tout ce qui touche les conditions et les relations de travail;
•    Surveiller le langage afin qu’il soit inclusif pour les femmes dans tous les domaines de la vie de l’Église;
•    Créer des alliances avec des hommes soucieux de la condition des femmes dans l’Église;
•    Rechercher visibilité et représentativité pour les femmes dans les structures d’Église.


Virage 6 Les rencontres régionales qui constituent la quatrième étape du projet  permettront maintenant de poursuivre la réflexion.  Après avoir pris connaissance des résultats obtenus jusqu’à maintenant,  des femmes et des hommes, préoccupés par la situation des  femmes en Église, choisiront ensemble les meilleures stratégies à mettre de l’avant lors du colloque de mai 2000 afin d’en  arriver à l’élaboration d’un plan d’action actif et efficace pour les années à venir.



Site du Réseau Femmes et Ministères - www.femmes-ministeres.org
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