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Père Marie-Dominique Chenu


« Obéir, c’est aussi résister », formulation du théologien dominicain Marie-Dominique Chenu réduit au silence en 1954 pour avoir apporté son soutien aux prêtres ouvriers de la Mission de France. « Il a espéré contre toute espérance » (Rm 4, 18). En 1962, le concile Vatican II a repris à son compte les grandes orientations du Père Chenu dans la Constitution pastorale L’Église dans le monde de ce temps (Gaudium et spes).

Dans l’Église comme dans la société, l’action militante des femmes est donc progressivement apparue, selon l’expression de Jean XXXIII, « comme un signe des temps », comme une invitation à aller planter au plus loin la flamme libératrice de l’Évangile. Les femmes d’aujourd’hui ont le devoir de défendre leur charisme propre, porteur d’innovation sociale et pastorale. Ce devoir de discernement historique à la lumière de l’Évangile, nous ne le répéterons jamais assez, ne constitue pas l’apanage exclusif de nos hiérarchies masculines. Il concerne indistinctement tous les baptisés, femmes et hommes. Il est porteur d’espérance et d’avenir pour la foi chrétienne.

« Obéir c’est résister », résister à la désespérance de ne jamais voir un jour toutes les inégalités abolies, toutes les compétences reconnues, la justice enfin réalisée entre les hommes et les femmes dans l’Église comme dans la société.

Une communauté n’est vraiment chrétienne que si elle rend possibles des rapports de vérité d’où affrontements, voire admonestations, ne soient pas exclus. À une condition cependant, que l’amour de la Vérité, le Seigneur Jésus, soit tel que les uns et les autres n’aient à se considérer ni vainqueurs, ni vaincus; mais les uns et les autres rendus davantage « serviteurs ».


Nicole Bouffard Morency
Le 5 mars 1999


Depuis le début des temps, les femmes revendiquent, à juste titre d'ailleurs, leurs droits qui sont souvent brimés. Il s'agit bel et bien d'une lutte continuelle car encore aujourd'hui les femmes sont soumises aux moules créés par une société dirigée par des hommes.

Pensons ici aux nombreux dossiers que le Conseil du statut de la femme a pris sous son aile et qui font l'objet de revendications telles que la discrimination, la violence, l'équité salariale, la condition économique des femmes et bien d'autres encore.

À partir de mes observations et de mes expériences, je crois qu’il est important d'abolir les barrières, de prendre sa place et de devenir agente de changement, comme le mentionne si bien Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient » (1949).

Bien souvent, plusieurs barrières tombent en osant le changement, en responsabilisant l'autre, en développant des attitudes positives et surtout en ayant confiance en soi. Oser parler de ses objectifs, de ses rêves, c'est aussi une autre façon d'abolir des barrières en plus d'ouvrir la porte à la communication.

En partant du fait qu'il y a des préjugés, des inégalités et des injustices très ancrés dans notre société, inutile de vous dire qu'il faut absolument prendre sa place et développer individuellement et collectivement une nouvelle façon de penser. Certaines démarches s’imposent. Il faut prendre conscience de la situation présente insatisfaisante, entreprendre une démarche de changement, prendre des décisions, défendre ses droits et exiger le respect.

« Si la vie vous jette par terre, levez les yeux, il y a des étoiles au-dessus de vous »; osez et devenez agentes de changement !

Personne ne naît agente de changement... on le devient. Il est important d'être consciente que chaque génération détruit ou prépare par ses décisions l'avenir de ses enfants, des générations futures, et ceci en tout domaine. Plus que jamais, il faut établir des passerelles basées sur une communication franche, respectueuse des générations en présence, tout en ayant à l'esprit que les inégalités, les injustices et les préjugés font encore parties de notre quotidien. Alors pour véritablement apporter un changement, il faut travailler sur plusieurs plans : personnellement, collectivement et politiquement.

Force est de constater qu’il faut s'armer de persévérance car tout changement de société commande d'abord de commencer sur soi-même. C'est donc dire que le changement social suppose et nécessite le changement individuel, puis collectif. Il est important de savoir et de comprendre que si l'action ne commence pas en soi, le changement social sera difficile, sinon impossible. Il est important aussi de savoir que les femmes ont des qualités extraordinaires et qu'il faut qu'elles participent pleinement à la vie sociale, économique, et culturelle de leur milieu afin d'y apporter leur touche féministe pour un devenir féminin meilleur.


Rosette Côté


Les femmes exercent leurs talents de médiatrice et non de négociatrices. Les femmes se soucient de l’approbation des autres et craignent les ruptures. À chaque difficulté rencontrée, elles vivent une remise en question de leur propre estime d’elles-mêmes et se sentent menacées dans leur identité plutôt que de remettre en question le système. Pour elles, les relations interpersonnelles sont au cœur de leurs préoccupations; de plus, elles ont besoin de respect et d’attention. Elles ont souvent le goût et le besoin du travail collectif. Elles recherchent généralement des relations harmonieuses avec les personnes. Elles sont peu habituées à énoncer des points de vue. Elles ont le sens du collectif en ce sens qu’elles ont besoin des autres, de leurs idées et de leurs personnalités. Les femmes vivent plus souvent ces difficultés à l’intérieur d’elles-mêmes par des remises en question perpétuelles, par des questionnements sur ce qui leur manque et non sur ce qu’elles ont comme potentialité, par le poids de la culpabilité, par la peur de l’échec, par l’atteinte à la fragilité de l’image qu’elles ont d’elles-mêmes, par la peur de la conformité au modèle traditionnel et par la difficulté d’inventer d’autres moyens.

Les difficultés :

o   Le peu de solidarité vraie ou fausse des femmes. Tous les hommes ne sont pas unanimes;
o   L’indifférence de beaucoup de femmes et d’hommes à la lutte des femmes et à son analyse;
o   L’isolement que vivent les femmes porteuses des questions de femmes;
o   L’étiquette désobligeante liée aux féministes.

Il faut :

o   Développer une solidarité féministe avec les femmes de nos réseaux et avec les autres femmes;
o   Il faut continuer de croire que toutes les femmes peuvent devenir féministes à condition de vouloir questionner le modèle social ambiant et en voulant remettre en question leurs apprentissages de femmes;
o   Mettre en évidence l’importance des relations interpersonnelles sous le signe de l’authenticité, de la franchise et du respect;
o   Promouvoir le travail collectif en utilisant les discussions;
o   Respecter le droit à des opinions différentes sans pour autant trahir ses croyances;
o   Porter la plus grande attention à la réputation des autres. Elle est si difficile à faire et si facile à briser;
o   Identifier clairement ses forces et ses habilités;
o   Vivre en harmonie avec soi : ses croyances, ses orientations, son vécu même si le résultat du travail ne nous satisfait pas;
o   Canaliser ses énergies en évaluant les chances réellement influentes, établir des priorités et élaborer les stratégies conséquentes.

Quand je me décourage, pour durer quand j’ai le goût de partir, quand l’éducation reçue prend le dessus, je me regarde et pour me redonner courage je me dis :

o   Je ne suis pas seule dans le bateau;
o   Je crois en l’avenir, je crois que le demain des femmes sera meilleur que l’hier;
o   Je crois dans ma capacité et celle des autres femmes.


« On permet aux autres le même pouvoir que celui que l’on a sur soi. Moins on a de pouvoir sur soi, plus on limite l’espace de celui des autres. » 



Hélène Chénier


Nous faisons souvent face à des impasses. La parole et l’expérience des femmes ne sont pas prises au sérieux. Elles n’influencent pas ou peu la réflexion et les décisions. La violence faite aux femmes progresse et souvent on la minimise ou on l’explique par des exemples comme des problèmes personnels, la relation amoureuse mal gérée, la maladie mentale, l’exaspération, etc.

La cause en est simple : la culture patriarcale qui vient du fond des âges et qui nous habite tous et toutes à des degrés divers. Les structures, les comportements, les modes de fonctionnement et les valeurs que cette culture charrie sont bien intégrés et ne se modifient pas sans prise de conscience répétée. C’est une conversion lente et difficile.

Les femmes résistent souvent aux femmes. Les femmes elles-mêmes sont éduquées et baignent dans cette culture patriarcale; elles ont intégré ce modèle culturel : la femme doit être modeste, silencieuse, timide, soumise et au service de l’autorité, des démunis, des enfants; elles doivent se faire pardonner leur compétence, les responsabilités qu’elles exercent. Il en résulte que plusieurs femmes ont peur du rejet et ralentissent leur audace.

Des priorités d’actions

Y a-t-il de la place pour l’espoir? Vaut-il la peine de militer pour faire des petits pas ou abandonner et laisser se détériorer la situation? Certaines croient qu’il faut continuer à influencer le discours et l’agir. Certaines tiennent à rappeler que toute l’Église est prophétique, que tous les baptisés et confirmés sont habités par l’Esprit.

Quelles sont nos cibles? Que pouvons-nous faire?

o   La dénonciation de toute forme de patriarcat;
o   La formation de clubs de femmes pour contrebalancer les clubs d’hommes, ce qui suppose une amélioration de la solidarité féminine;
o   Le choix pour des structures égalitaires où l’autorité est partagée;
o   La conscientisation des femmes aux injustices et inégalités que vit la collectivité des femmes, ce qui démystifiera le féminisme;
o   L’encouragement de la révision de l’édifice théologique pour influencer le discours qui dit la foi;
o   La promotion des recherches effectuées par les théologiennes.






Site du Réseau Femmes et Ministères - www.femmes-ministeres.org
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