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                                          Le réseau Femmes et Ministères travaille
                   à la reconnaissance de tous les ministères exercés par des femmes                         
                                      dans une Église dynamique et missionnaire. 
  

Je suis une agente de pastorale à la retraite. J’ai travaillé vingt ans en pastorale paroissiale et dans divers mouvements et organisations d’inspiration chrétienne.

À un tournant de ma vie, je venais tout juste de recevoir une réponse positive pour un travail dans une association de locataires de la région où j’habitais; poste qui m’intéressait beaucoup et pour lequel j’étais bien préparée.

Mais voilà qu’un prêtre de ma connaissance me dit « Tu as les études pertinentes, tu possèdes une excellente expérience du terrain, il me semble que tu pourrais consacrer quelques années à l’Église. Il y aurait du travail pour toi ».

Sur le coup, j’ai trouvé la proposition un peu curieuse. Toutefois, cette invitation à servir le Christ et à servir mes sœurs et mes frères dans leur cheminement de foi, cette invitation à donner un peu de ce que j’avais reçu, me questionnait. Je trouvais un peu absurde de laisser tomber de bonnes conditions de travail pour un moindre salaire et aucune garantie d’avenir. J’étais convaincue que de travailler dans le monde à l’avènement du royaume en étant proche des besoins des gens était déjà une belle mission, une mission confiée aux laïques comme je l’avais appris en action catholique. Matthieu 25 était mon inspiration.

Malgré mes efforts pour trouver les bons arguments qui me permettraient de décliner l’invitation sans trop de remords, j’étais questionnée et bouleversée par l’interpellation de cet ami. Et j’ai cédé. Un poste m’attendait en pastorale et quelques mois plus tard je recevais un mandat de mon évêque.

J’ai trouvé les débuts difficiles. J’arrivais dans un nouveau monde pour moi. Ce n’était plus le monde valorisant des groupes de solidarité, des groupes d’action catholique. Il fallait se faire discrète, se savoir bien acceptée des uns, moins bien des autres qui ne voyaient pas toujours d’un bon œil la présence d’une femme laïque dans leurs « platebandes ». Je devais m’occuper des dossiers confiés et c’était bien suffisant. Je me sentais utile mais tolérée. Tolérée parce qu’on avait besoin de main d’œuvre qualifiée. Un peu comme en temps de guerre quand on demande à des femmes de travailler dans les usines par manque de personnel.

La majorité des paroissiens et paroissiennes, je dirais même certains marguilliers ne connaissaient rien de mon travail, de mon implication, des responsabilités qui m’étaient confiées. J’avais l’impression d’être à leurs yeux une bénévole payée et chanceuse de l’être puisque pour eux, une femme dans l’Église c’était une bénévole ou au mieux, une secrétaire. Combien de fois j’ai eu à dire, non je ne suis pas la secrétaire, je suis l’animatrice de pastorale. Mais pour eux que pouvait bien faire une agente de pastorale?

Et malgré ces difficultés ou ces souffrances je n’ai pas été malheureuse dans cette mission. Travailler avec des couples, des parents, des enfants, des gens âgés, cheminer avec eux à travers divers programmes proposés pour l’éducation de la foi et la transformation du monde me comblait.

Ce qui m’aidait à tenir, c’était la conviction de travailler à la suite du Christ, de vivre pleinement mon baptême, de faire œuvre valable, de répondre aux besoins essentiels et profonds des gens. Le « Va et suis moi » du temps de ma jeunesse continuait à m’habiter, à me propulser à l’avant, à me donner le courage de continuer la route.

Je ne peux pas dire que j’ai regretté ce « choix de carrière ». J’étais épaulée par un mari aimant et compréhensif qui m’a aidée à réaliser ma mission. Travailler le soir et en fin de semaine n’était pas toujours facile pour une mère de famille.

Mes jeunes ont vieilli et tour à tour ont cessé la pratique religieuse régulière. Ils m’interpellent souvent : « Maman que fais-tu dans cette Église qui ne reconnaît pas les femmes dans tout leur potentiel? Vous êtes d’éternelles secondes, des exécutantes. » Et moi de leur répondre : « Un jour ça changera, on ne pourra pas freiner les élans de l’Esprit qui nous pousse à être fidèles à nos appels intérieurs de vivre du Christ et de l’Évangile? » Le temps passe et il faut admettre que les changements se font rares.

J’ai pris ma retraite depuis une couple d’années. Depuis, je sens la conséquence des petits salaires. Ma générosité, j’en paie un peu le prix aujourd’hui. Mes revenus sont plus que modestes. Je vis certaines inquiétudes et ce n’est pas toujours facile.

Mais, ce qui me chagrine le plus, et ce que je trouve difficile à accepter, c’est que pour mon Église diocésaine, je ne compte plus. Mes nombreuses années en pastorale ne me valent même pas une invitation à la rencontre annuelle des prêtres et des agents et agentes de pastorale alors que tous les prêtres retraités sont invités. Je m’attendais à plus de reconnaissance dans une Église où les valeurs d’écoute, d’attention aux personnes, d’amour du prochain, de charité, de justice, sont privilégiées.

Je n’ai pas quitté l’Église pour autant. Je reste fidèle à Celui que j’ai désiré servir toute ma vie. J’ai toutefois pris certaines distances afin de vivre sereinement et ne pas trop me buter à tout le chemin qu’il reste à faire pour que les femmes soient vraiment considérées comme des égales, des sœurs, des partenaires dans l’Église. J’évite ce qui est source de souffrances pour moi.

Je garde toujours bien présente au fond du cœur cette interrogation : Qui nous ouvrira toutes grandes les portes, à nous femmes baptisées en Église?

Marie


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