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Juillet 2008. Je suis retraitée du travail depuis 1 an: le temps et la distance qu’il m’a fallu pour entreprendre le récit de mes 7 années de travail au Grand Séminaire de Québec.

C’est Mgr Maurice Couture qui, le premier, me nomma membre de l’équipe de formation et membre du Conseil d’Orientation et d’Évaluation du Grand Séminaire. M. le Cardinal Marc Ouellet renouvela ce mandat pastoral, par la suite.

Je décrirai d’abord les tâches que j’ai exercées en faisant ressortir un défi majeur. Puis j’insisterai sur un des aspects significatifs de ces années: la qualité de la vie d’équipe avec les collègues. Et enfin, je donnerai, de mon point de vue singulier de femme, une appréciation globale de mon expérience dans l’exercice de ce ministère ecclésial.

Les tâches et les défis

Le Supérieur du Grand Séminaire me confia la fonction de Tuteure pédagogique. On voulait compter sur ma double formation en théologie et en pédagogie ainsi que sur mes expériences professionnelles en ces deux domaines. Il m’appela aussi à participer aux séances hebdomadaires du Conseil d’Orientation et d’Évaluation. Celui-ci a un mandat à deux volets. D’une part, il voit à ce que le programme et les activités de formation favorisent au mieux le cheminement des séminaristes et s’assure que chacun d’eux développe les aptitudes que requiert l’exercice du ministère presbytéral dans l’Église et le monde d’aujourd’hui. D’autre part, il fait, au sujet de chacun, le discernement vocationnel qui lui permet de donner les recommandations sur lesquelles un évêque compte pour appeler un candidat au presbytérat.

Le défi majeur que j’ai eu à relever, au cours de ces années, était relié, d’une part, à la nature même des tâches de tutorat: le défi d’individualiser et de personnaliser les interventions. Un défi certes, mais une chance également. Quel pédagogue ne rêve pas d’avoir à enseigner à une seule personne à la fois? Les efforts pour mettre en œuvre une pédagogie différenciée me furent l’occasion d’un dépassement et d’un renouveau personnels constants dont ont bénéficié les séminaristes. En effet, ces derniers, étant des étudiants universitaires en théologie, possèdent les caractéristiques actuelles du profil scolaire de la gente étudiante universitaire: certains sortent des cegeps, d’autres ont quitté les bancs de l’école depuis longtemps; certains sont dans la vingtaine, d’autres sont au mitan de la vie; certains maîtrisent l’usage du français, d’autres ont beaucoup à rattraper en grammaire et en rédaction; certains ont acquis une discipline de travail intellectuel, d’autres doivent être entraînés à la rigueur, à la concentration et à la persévérance. J’ai eu à accompagner cette diversité d’étudiants, cherchant à trouver avec chacun la manière efficace de stimuler, d’expliquer et de soutenir. Mes initiatives, conjuguées aux leurs, ont contribué à la formation intellectuelle des séminaristes, un des axes du programme de formation.

J’ai été confrontée à un défi semblable au sein du Conseil d’Orientation et d’Évaluation. De fait, mes collègues et moi, comme membres du Conseil, nous étions tous ensemble soucieux de faire progresser chaque séminariste, selon ses talents, ses dispositions, et ses croyances, dans toutes les dimensions de sa formation, les dimensions intellectuelle, humaine, spirituelle et pastorale.

En ce qui concerne la formation pastorale des séminaristes, on me confia la responsabilité d’encadrer et de superviser les Insertions pastorales qui sont complémentaires aux études du baccalauréat en théologie. Je me suis alors donné le défi que les séminaristes, non seulement réalisent des activités pastorales pertinentes, mais aussi s’engagent activement dans un processus de plus en plus conscient, personnel, et autonome de formation, qu’ils poursuivront tout au long de leur ministère presbytéral, au gré des défis nouveaux qui se présenteront sur leur route.

La vie d’équipe

Certes, mes relations avec les séminaristes ont été le plus souvent stimulantes. D’ailleurs, certains liens sont à jamais imprégnés au fond de moi. Cependant, en mettant, ici, en mots les souvenirs de mon travail pastoral au Grand Séminaire, je constate qu’ils ont souvent le nom de l’un ou l’autre collègue de l’équipe de formation. Ils s’appellent Réal, Mario, Céline, qui fut ma seule complice féminine, André, Gilles, Louis et Louis-André. La qualité de notre vie d’équipe demeure un élément marquant de mes sept années au Grand Séminaire. J’ai accordé et j’accorde encore beaucoup de prix aux caractéristiques à peu près constantes des rapports entre nous: le respect de l’autre, l’égalité, la confiance, la franchise, l’humour, la solidarité, le partage des joies, des difficultés et des moments festifs, et l’engagement de chacun, chacune.

Et comme femme?

Je porte un regard généralement positif sur mon expérience de femme dans l’exercice de ce ministère ecclésial. Comme tuteure pédagogique, je peux dire très franchement que j’ai toujours été respectée et reconnue dans mes compétences. Je fais le même constat comme membre du Conseil. J’ai toujours perçu et senti que mon point de vue était bienvenu et apprécié. Et j’ai déjà souligné que les rapports entre nous au sein de l’équipe de formation étaient égalitaires.

J’apporte pourtant un bémol à mon appréciation «féminine» du ministère que j’ai exercé au Grand Séminaire. Ce bémol est attribuable aux attitudes d’exclusion de l’Église institutionnelle à l’égard des femmes en liturgie, des attitudes qui sont particulièrement manifestes dans les célébrations eucharistiques. Le code romain des exigences liturgiques étant de plus en plus détaillé et explicitement descriptif des rôles et gestes qui reviennent aux prêtres, les assemblées eucharistiques que j’ai vécues au Grand Séminaire ont été le seul lieu où l’égalité homme-femme n’a pu se vérifier. Cet aspect de mon expérience professionnelle et pastorale au Grand Séminaire est pour moi source de tristesse. Comme un nuage dans un ciel qui, outre cela, aura été lumineux.

Juillet 2008.

 

Site du Réseau Femmes et Ministères - www.femmes-ministeres.org
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