En 16 ans, j’ai exercé trois styles de ministères dont 2 ans comme animatrice de pastorale paroissiale, 11 ans comme animatrice régionale (regroupement de 10 paroisses) et finalement 3 ans en tant qu’animatrice apostolique auprès des membres de deux mouvements diocésains.
Mon ministère en paroisse
J’ai été appelée au ministère paroissial à la suite d’une demande expresse d’un curé de paroisse qui, en septembre, venait de « perdre » son deuxième vicaire, celui-ci ayant été désigné à un autre ministère.
Deux écoles primaires regroupant environ 900 enfants, étant sur le territoire de cette paroisse, le curé, débordé par la tâche, s’est adressé au groupe de religieuses enseignantes, ses paroissiennes, afin d’obtenir les services d’une « sœur » à temps plein, celle-ci devant être rémunérée.
C’est ainsi qu’à 37 ans, j’ai reçu mon premier mandat de l’Évêque en tant qu’animatrice de pastorale en paroisse et j’ai été présentée comme telle à une communauté paroissiale, jeune, dynamique, ouverte au changement et très accueillante.
En équipe, nous avons procédé à la répartition des tâches, J’ai travaillé en très étroite collaboration avec un vicaire de quelques années plus jeune que moi, partageant avec lui principalement la responsabilité de l’initiation aux sacrements du pardon, de l’eucharistie et de la confirmation. Nous nous sommes entourés de l’appui et de l’aide de plusieurs comités de parents bénévoles.
Monsieur le curé me faisait pleinement confiance et m’a laissé pleine liberté d’action. Jamais de contrainte de sa part, jamais d’encouragement, peu de félicitations sauf lors de la célébration des sacrements d’initiation alors que l’église était pleine à craquer. À mes yeux, c’était quasiment de l’indifférence. Néanmoins je faisais en sorte de l’informer régulièrement des grandes lignes de mon plan d’action. Ces rencontres étaient brèves et j’avais toujours feu vert.
Comme je faisais partie de l’équipe paroissiale ministérielle, M. le curé m’a confié, comme aux autres membres de l’équipe, la tâche de l’homélie. La préparation de l’homélie aux cinq ou six semaines a constitué mon plus grand défi. Je ne croyais pas avoir les qualifications exégétiques requises. Toutefois, mes habilités et mon assurance à m’exprimer devant ces grands groupes m’ont permis de bien assumer cette tâche. Je me sentais parfois hésitante devant les assemblées dominicales comptant 800 à 900 personnes (nous étions en 1977) non pas en raison du nombre, mais parce que dans l’assistance s’y trouvaient une dizaine de théologiens dont quelques-uns étaient prêtres et/ou professeurs à l’université. En deux ans, je ne suis pas parvenue à présenter l’homélie sur un ton cordial de nature à capter l’assemblée comme j’aurais aimé le faire. Mais en cela, j’en étais consciente, je n’étais pas pire que les autres homélistes.
Les personnes laïques bénévoles étaient très nombreuses en cette paroisse, je ne crois pas avoir contribué à l’évolution de l’Église au cours de ce premier mandat. Je n’ai fait que soutenir ces bénévoles déjà fortement engagées dans la communauté paroissiale en tant que parents soucieux de la qualité des services d’éducation de la foi et de l’initiation sacramentelle. Si j’ai été engagée en cette paroisse et mandatée par l’Évêque en tant qu’animatrice de pastorale c’est en raison de mon statut de religieuse enseignante.
À mon avis, M. le Curé n’aurait pas fait de démarches pour engager une personne laïque. J’étais pleinement disponible, dynamique, compétente, en forme et dévouée, Je travaillais en moyenne 50 heures par semaine tout comme le vicaire et quelquefois davantage dans les semaines préparatoires à Noël et à la célébration des sacrements d’initiation chrétienne. Je recevais un salaire annuel d’environ 15,000$, ce qui représente un tarif horaire de 6$, Mais je ne regrette rien, Ce ministère me préparait à un autre ministère. J’ai été heureuse et proche des gens accueillants de cette communauté paroissiale. Je crois y avoir laissé un bon souvenir.
Mon deuxième ministère vécu en région
J’ai été appelée au ministère d’animatrice de pastorale régionale par le président de la région, un jeune vicaire de paroisse. Durant mon mandat en paroisse, lui et moi et quelques autres confrères avions élaboré et fait circuler des documents pédagogiques comme compléments catéchistiques en préparation aux sacrements d’initiation chrétienne des enfants du primaire.
J’étais en quelque sorte la secrétaire du groupe et déjà j’assurais des services de liaison.
Mon principal défi a été de mettre en place pour l’ensemble des infrastructures de communication, de collaboration et de soutien aux agents de pastorale permanents et bénévoles : prêtres, diacres et laïcs.
Je me suis alors appliquée à la mise sur pied de comités régionaux impliquant des laïcs dont principalement le conseil régional de pastorale (CRP) regroupant des délégués de chaque paroisse.
Pour cela, j’ai fait appel à mes confrères, les vicaires de paroisses qui m’ont fourni quelques noms de la banque de bénévoles de leur paroisse respective.
J’ai aussi pris contact personnellement avec les forces vives du milieu, les convoquant à des tables de concertation dans le but d’élaborer des outils de communication et de formation en lien étroit avec les services diocésains.
J’ai aussi mis beaucoup d’effort pour convaincre les agents de pastorale, surtout les prêtres, du bien-fondé et de la nécessité de faire leurs, les grandes priorités diocésaines : co-responsables en Église, justice et foi …
C’est ici que j’ai rencontré les plus grands obstacles. J’oserais dire que la pastorale était l’apanage des prêtres de paroisse : pastorale du baptême, pastorale du mariage, pastorale des sacrements d’initiation chrétienne, pastorale sociale, pastorale familiale, pastorale jeunesse, etc. Et il la faisait à leur façon.
Plusieurs curés, selon mes observations et les échos que j’en avais, semblaient consacrer beaucoup de temps à l’administration et pour certains, par exemple, la préparation au mariage se résumait à la pratique du couple pour la cérémonie.
Certains d’entre eux m’ont fait sentir que ce n’était pas la tâche d’une jeune femme de 40 ans, si mandatée soit-elle par l’évêque de leur proposer de nouvelles façons de faire. Ils reconnaissaient peut-être – je ne l’ai jamais su- le bien fondé de déléguer ou de partager certaines responsabilités avec les personnes laïques (hommes ou femmes non formés pour cela, à leurs yeux) sans rien modifier pour autant et ils voyaient mal que je puisse encourager certaines personnes de leur paroisse, désireuses de s’impliquer davantage et de s’inscrire à des sessions de formation.
Malgré la résistance au changement, j’ai persévéré et consacré mes efforts à la formation et au soutien de laïcs engagés en Église dans des tâches pastorales. Leur nombre n’a fait que progresser dans les quatre pôles de la pratique chrétienne : éducation de la foi, célébration, justice sociale, et regroupements fraternels. Il en était ainsi dans les différentes régions du diocèse.
C’est grâce au dynamisme des secrétaires-animatrices et secrétaires-animateurs comme on nous appelait à l’époque (1980), si l’église de Québec en ces dix ans de mandat a connu un essor remarquable et une vie nouvelle.
Un vent de Pentecôte soulevait les cœurs et les esprits.
À cette époque, j’avais le sentiment de contribuer à l’évolution de l’Église, frères et sœurs unis dans le Christ.
Mon apport comme femme était reconnu et apprécié par les autorités épiscopales diocésaines. En tant que membres du Service diocésain de pastorale, nous faisions partie de ceux et celles qui non seulement exécutent les directives mais nous prenions position et participions activement aux prises de décisions.
Le virage était quasi effectué. Nous le croyions. Puis, je ne saurai expliquer pourquoi et comment, sinon par ce qui suit, notre enthousiasme a été bousculé.
Ce fut le retour en force du pouvoir clérical (masculin). Faits à l’appui : renforcement de la fonction des présidents des régions pastorales confiée définitivement à un prêtre uniquement. Et plus tard, nominations de vicaires épiscopaux pour remplir cette tâche.
Je suis portée à croire qu’inconsciemment -du moins pour certaines
autorités cléricales- mais indirectement et discrètement les forces
vives féminines ont été ignorées et plus ou moins écartées. On nous a
coupé les ailes. C’en était fait de l’influence ouverte des effectifs
féminins. On nous avait tolérées. Nous étions compétentes, vaillantes,
efficaces, persévérantes, dévouées et pourtant… Quelle perte pour
l’Église!
Quelle déception chez la gent féminine!
Et depuis ce temps, cette Église s’ingénue à gérer la décroissance de
ses permanents en réduisant les services plutôt que de tenter de
réanimer LE PEUPLE.
À quand la prochaine Pentecôte?
Troisième et dernier mandat; les mouvements
J’ai été mandatée par l’Évêque accompagnatrice apostolique auprès des membres d’un mouvement féminin diocésain d’action catholique sous recommandation des autorités du Service diocésain de pastorale. C’était une première pour ce mouvement qui traditionnellement –certainement durant quelques décades- avait comme aumônier un « Père Rédemptoriste ».
J’ai été très chaleureusement accueillie par les responsables et ensuite par l’ensemble des membres de ce mouvement qui étaient fières qu’une femme soit nommée par l’Évêque à ce poste.
J’ai connu peu de difficulté durant ce mandat. Je n’avais aucune responsabilité autre que celle d’assurer une présence cordiale. Ces femmes étaient parfaitement formées au sein même du mouvement en tant que responsables de leur région et aptes à motiver leurs membres à s’engager de façon concrète et efficace dans leur milieu respectif.
Après 13 années de responsabilités importantes, mon principal défi a été justement d’accepter d’être au service de ces femmes en tant que collaboratrices, répondant à leurs besoins qui se sont avérés peu nombreux. Ce que j’ai pu faire de mieux c’est d’encourager ces bénévoles dans leurs actions, les féliciter de leur engagement et les remercier de m’accueillir comme une des leurs.
Ai-je contribué à l’évolution de l’Église? Un peu à l’évolution des mentalités de certaines femmes qui attachaient beaucoup d’importance au rôle d’aumônier exercé par un prêtre et qui m’ont laissé savoir qu’ils regrettaient que je ne puisse présider l’Eucharistie. J’ai tenté de compenser par des célébrations de la Parole chaleureuses et signifiantes.
Quant à l’évolution de l’Église elle-même, j’en doute. J’ai plutôt exercé un rôle de suppléance dans un contexte de pénurie, les prêtres étant requis pour exercer d’autres ministères. Nous étions en 1990 et j’avais 50 ans.
Quand j’ai décidé de me retirer après 3 ans, c’est un prêtre diocésain retraité qui a été nommé aumônier.
Voilà en bref mon histoire de femme en ministère. J’ai servi de mon mieux avec foi, dynamisme et conviction. Que reste-t-il de mon action auprès des hommes et des femmes que j’ai servis et accompagnés, Dieu seul le sait vraiment. Certainement, du moins je l’espère, un plus grand amour du Christ et un désir d’être, à leur manière, des témoins vivants de l’Évangile dans les temps difficiles que nous traversons.
Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
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