
Je suis une ex-agente de pastorale scolaire et paroissiale, chargée de cours à l’Université Laval, professeur d’enseignement moral et religieux au primaire, au secondaire et aux adultes qui préparaient un « certificat en pastorale » ainsi que les étudiants au Baccalauréat en enseignement primaire. J’ai exercé diverses tâches dans différentes commissions scolaires et paroisses du diocèse de Québec. (1981-2004) Mon mandat pastoral m’a été accordé par le Cardinal Louis Albert Vachon.
Je dois dire que c’est un conseiller et une conseillère en éducation chrétienne qui ont été ceux par qui l’appel à travailler en Église est arrivé. Ils m’ont fait confiance, j’ai plongé car j’avais confiance en moi, en la vie et en Dieu. Je n’aurais pas pensé devenir enseignante. C’est petit à petit que cela s’est précisé. Tout ce que je voulais, c’était étudier parce que j’ai quitté l’école assez jeune. Mes parents avaient besoin de main-d’œuvre sur la ferme. Il aurait fallu à ce moment, que j’aille vivre chez ma grand-mère au village pour faire ma 8ème année au couvent. Bien sûr, j’ai joué à l’école avec mes cousines, comme toutes les filles de mon âge. J’avais beaucoup d’idéal, puisque j’ai commencé l’école avec les religieuses jusqu’en quatrième année, ensuite après un feu qui a tout détruit, nous sommes déménagés sur une ferme. Je voulais tout faire dans la vie. Avant d’y arriver, le chemin fut long difficile et rempli d’obstacles.
De 20 ans à 24 ans, j’ai vécu dans une communauté religieuse (1960-1964) avec de multiples tâches, j’ai pu terminer mon secondaire. Plus tard, j’ai fait le collégial à temps partiel pendant que je travaillais comme secrétaire à l’Université Laval. J’ai été mariée durant treize années. Suite à un divorce plutôt difficile en 1977, j’ai aménagé seule avec mes deux enfants.
Je suis retournée aux études à 38 ans d’abord à temps partiel, pour ensuite m’inscrire à temps plein, lorsque mes enfants étaient à l’école toute la journée. Je poursuivais mon grand désir d’étudier sans savoir où cela me mènerait, mais j'étais très motivée, car je ne voulais pas rester accrochée à une pension alimentaire toute ma vie. Comme je suis de nature très indépendante, j’ai repris ma tâche comme secrétaire à l’Université, à temps partiel. Durant ces quatre années, avant la fin des sessions, j’avais toujours du travail en plus de la gratuité de mes frais de scolarité à titre d’employée de l’Université Laval.
À la fin de mon baccalauréat, (1981) comme aucun poste d’enseignante ne s’ouvrait pour moi, par hasard, je suis allée à la CEQ pour voir s’ils avaient besoin de personnel. À ma grande surprise, je fus embauchée, c’est assez spécial quand je vois ça aujourd’hui, la centrale de l’enseignement du Québec. Le chemin était ouvert. Il faut dire que les gens autour de moi ne comprenaient pas ma décision quand j’ai quitté en août. On me disait un peu folle (ce qui est folie aux yeux des hommes est sagesse aux yeux de Dieu) de quitter un poste à temps plein pour aller enseigner huit heures/semaine. Mais l’enseignement me tenait à cœur, puisqu’il me paraissait évident que finalement j’avais été formé pour ça toute ma vie. J’ai pris un risque et aujourd’hui, je peux dire que j’ai fait le bon choix. Heureusement, à chaque année le temps de travail augmentait mais pour y arriver, je devais travailler dans des écoles différentes. Il me fallait tenir bon, m’accrocher à ma tâche comme chef de famille et à mon idéal. Par la suite, je me suis inscrite à la maîtrise en théologie pastorale, à temps partiel, ceci sur l’invitation de ma conseillère en éducation chrétienne qui avait visé juste et lu en moi. Je lui suis très reconnaissante pour ça.
Après m’avoir vue fonctionner depuis un bon bout de temps, je me retrouve donc en pastorale scolaire et paroissiale avec un mandat de l’évêque avec des heures en enseignement moral et religieux - les professeurs ayant droit à l’exemption – j’étais étudiante au 2ème cycle à l’université à ce moment. J’ai eu le bonheur d’avoir une bourse de mon ancienne communauté pour terminer ma maîtrise. J’en suis très reconnaissante et je leur redis mon appréciation à chaque fois que j’en ai l’occasion.
Je travaillais sept jours sur sept. Tout était à faire en paroisse, le CPP - Conseil Pastoral de paroisse qui en était à sa troisième reprise, le SIS – le Service d’initiation sacramentelle et la préparation des ateliers de pratique évangélique (document du Ministère de l’éducation). C’est à ce moment que la prière a pris encore plus d’importance dans ma vie. J’étais très consciente de l’ampleur de la mission. Je ne peux pas dire que c’est le salaire qui a motivé ma décision, car c’était trop peu payé pour tout le travail à faire et les structures nouvelles à mettre sur pied.
Après avoir rencontré le directeur de l’école (520 élèves), le curé de la paroisse, écouté les attentes de part et d’autres, je devais déterminer les objectifs, planifier les plans à court, moyen et long terme afin de répondre aux attentes et aux besoins exprimés, créer des liens avec les gens du milieu, recruter des bénévoles, créer des liens avec les enseignants et les jeunes, etc. La tâche était lourde.
Tout d’abord, j’ai recruté des personnes bénévoles qui avaient le goût et la générosité de s’engager. Je faisais tout approuver par le directeur et par le curé, parfois ça m’irritait, je voyais là une forme de pouvoir qui me déplaisait. Par la suite, à chaque fois que je rencontrais le curé, il disait toujours : « c’est ben ben beau » c’est devenu une formule consacrée, il a été un des premiers à me faire confiance. Le directeur de l’école semblait avoir des attentes démesurées avec une structure assez lourde. Si faire la volonté de Dieu c’est ça, j’étais en plein dedans. Lors de mon départ, il m’a remis une lettre d’évaluation et de recommandation très élogieuse, car au départ, j’ai su qu’il avait souhaité avoir quelqu’un d’autre. Ça n’a pas été sa volonté…
J’ai vécu toutes sortes d’expériences d’église enrichissantes pour moi et les personnes de mon entourage. Lors des réunions, il y avait toujours un « ordre du jour - procès-verbal » tout fonctionnait en harmonie, par la prise de parole, l’écoute, la mise en route des projets, chacun et chacune selon ses charismes. J’ai recruté des parents pour donner les catéchèses, d’autres pour faire le tour des classes avec moi. Je les ai formés, encouragés et leur ai manifesté mon appréciation (ce qui manque le plus dans l’église encore aujourd’hui).
Pendant que les enfants recevaient la formation aux sacrements, je prenais les parents qui avaient amené leur enfant et qui avaient été invités à recevoir des catéchèses pour eux afin d’accompagner leur enfant. Ils sont venus nombreux. J’ai reçu beaucoup de témoignages de satisfaction, en personne et au téléphone. Une mère m’appelle me disant être loin de l’église depuis longtemps ayant de la difficulté avec le pardon, à la fin de notre conversation, elle me dit, je cite : « mais aucun prêtre ne m’a jamais parlé comme ça » tout était dans la compréhension de la miséricorde de Dieu, sans jugement. Comme mon plus grand charisme est la compassion, je me suis mise à pleurer avec elle. Quand elle est revenue pour sa fille, elle s’est jetée dans mes bras, les mots étaient inutiles… le silence disait tout.
En plus de ma tâche, je faisais chanter les jeunes dans les ateliers, j’ai donc proposé à mon curé une messe familiale, le dimanche à 10h00. La chorale pourrait chanter également aux célébrations lors du sacrement du Pardon, de la première Communion et de la Confirmation à la visite de l’évêque. Mon curé était ouvert à ça et a approuvé sur le champ. Les jeunes ont répondu de façon inattendue, même ceux qui faussaient et qui étaient en morale se sont présentés, je les ai tous gardés.
C’était la fête, le vendredi midi, au sous-sol de l’église avec chacun leur dîner. J’étais très fière. Tout ce qui a été mis sur pied dure encore à ce jour, à l’exception de la chorale qui est tombée à mon départ.
Après six années et demie de ce ministère, les marguilliers ont décidé de couper le poste, s’intéressant plus à la pastorale, sans que je n’aie eu aucune augmentation durant six ans. Ils ignoraient à peu près tout puisque le bien ne fait pas de bruit, quelle ingratitude. Comme j’avais formé plusieurs personnes, j’ai préparé la relève sans le savoir.
C’est mon curé qui me l’a appris, avec beaucoup de peine, je ne comprenais pas. Je suis allée près du tabernacle, à la sacristie, j’ai dit : « Père, je ne comprends pas, mais que ta volonté soit faite, il y aura du meilleur ». Ils en ont pris trois pour me remplacer, dont deux bénévoles, la première, sans formation universitaire, très peu payée. En attendant mon départ fin juin, mon curé a fait une crise cardiaque, j’étais seule avec lui au presbytère, le temps d’appeler l’ambulance et de le rassurer. Il a quitté l’année suivante.
Je me rappelle que les élèves de 6è année m’avaient dit : « Pourquoi, tu ne vas pas enseigner au secondaire, nous on s’en va en secondaire, on pourrait te voir… ». Ils sont brillants ces jeunes, car ils avaient vu juste pour deux ans plus tard. Le Seigneur a vraiment parlé par eux, je me disais : pourquoi pas, j’ai un baccalauréat et un certificat en pédagogie, pour le secondaire, j’étais formée pour ça.
En 1988-89, me voilà chargée de cours à l'Université Laval puisque ma maîtrise était terminée. J’ai été engagée pour les adultes inscrits au "Certificat en pastorale" et pour les futurs enseignants du primaire qui avaient neuf crédits obligatoires, (projet de Loi par Claude Ryan) dans le cadre du programme du Baccalauréat en enseignement primaire.
J'avais alors deux enfants à charge et ce contrat me procurait à peine de quoi survivre pour l’année. Je donnais 3 cours : « Eveil spirituel au préscolaire » (sur le campus) « les sacrements d’initiation » et « expérience chrétienne » (hors campus). En janvier 1990, après une rencontre avec un directeur du secondaire, j’ai été engagé tout de suite pour remplacer un professeur parti à sa retraite. Ce que les jeunes m’avaient dit se réalisait (1990-2004). En plus, je travaillais en pastorale avec l’animatrice, ceci sur l’heure du midi et après l’école. Une fois par semaine, je donnais des cours de chant. Ensuite est venu le programme « secondaire en spectacle » qui dure encore.
Je peux affirmer que dans mon ministère, je faisais ce qu’un vicaire aurait fait et plus encore, sans aucun doute. Les jeunes ne se sentent pas toujours à l’aise avec les prêtres. Je me rappelle que dans une école, le vicaire de la paroisse qui était un prêtre malade faisait acte de présence. Parfois, des jeunes se risquaient à poser quelques questions, sans que la réponse soit satisfaisante.
Je termine ce témoignage en rendant grâce au Seigneur pour les talents qu’il m’a donnés. Je pense que je les ai fait fructifier, malgré mes faiblesses, mes limites et parfois mon impuissance, mes doutes et mes remises en questions. Comme Jésus était profondément humain, je crois que c’est par l’humain que nous rejoignons les autres, non pas dans des formules toutes faites ou trop de doctrine. Je leur ai fait confiance, respecter leurs valeurs et leur liberté, une parole à temps et à contretemps, les accueillir dans ce qu’ils sont, l’attitude, les gestes, faire ce que l’on dit, dire ce que l’on fait (témoignage). Je suis plus du côté de la justice sociale que du côté doctrinal.
Dans ma charge de cours, une religieuse de 80 ans m’a dit une chose que je n’oublierai jamais, je la cite : « Nous en avons mangé de la théologie, nous en sommes tellement imprégnées depuis de nombreuses années. Ce qui me rejoint le plus dans votre enseignement, madame c’est votre témoignage de vie, votre ouverture et votre capacité de partager dans la transparence votre vécu et le vécu d’autres personnes dont vous avez été témoin du cheminement ». Je trouve que c’est un hommage qui relance en avant, qui donne le goût de continuer. C’est incroyable, la force du témoignage et la pédagogie de la foi.
Je crois que mon expérience et mon ministère ont sûrement permis à des personnes d’évoluer. En tout cas, moi ça m’a permis de grandir. J’ai en tête des personnes à qui j’ai apporté accueil, écoute, consolation, réconfort, libération, espoir humain et espérance chrétienne même si parfois ça nous fait coucher tard. Sur une période de plus de vingt-cinq ans, ce témoignage est une goutte d’eau dans l’immensité de la mission. Les expériences vécues en feraient un livre ou deux à plusieurs pages.
Retraitée depuis 2004, à 64 ans, je fais du bénévolat et je peux contempler comme une belle toile l’œuvre de Dieu dans l’Église et son peuple. Parfois je m’amuse à relire ce que beaucoup de personnes m’ont écrit et j’en rends grâce. Je leur permettais de m’évaluer pour m’améliorer. Ils et elles m’ont fait grandir, grâce à eux, je suis devenue une meilleure personne. Pensons que je voyais en milieu scolaire près de trois cents élèves par semaine et deux fois les élèves de 1ère secondaire. Dans les groupes à l’Université, des classes de plus de quatre-vingts étudiants. Quand je sors, beaucoup de mes anciens élèves me reconnaissent, ça fait toujours plaisir. Aujourd’hui ils sont devenus des adultes et je les trouve tellement belles et beaux. Je nous souhaite une bonne route, que la paix et la joie nous accompagnent ». Soyons fiers de vivre notre foi dans un pays libre.
Février 2008
Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
Consulté
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