Il m’arrive très souvent de réfléchir à l’attitude de Jésus de Nazareth
dans son rapport avec les femmes. Un regard jeté sur les Écritures
m’aide à certaines heures à poursuivre ma route sur ses traces. Il
m’aide, dois je avouer, à supporter le carcan que l’institution
ecclésiale met à ses filles. Je me rappelle alors que la vérité rend
libres (Jn 8, 32 ), que « le Seigneur, c’est le Souffle, et où est
le
Souffle du Seigneur est la liberté » (2 Co 3, 17), que Jésus s’est
élevé contre toute forme de légalisme. Alors mon cœur se libère d’une
forme de ressentiment que bien des femmes et des hommes engagés en
Église connaissent à certaines heures.
Jésus considère les femmes comme des êtres humains à part entière sans jamais leur mettre d’interdits spécifiques parce qu’elles sont femmes. Ainsi retrouve-t-on Marie, sœur de Marthe, assise à ses pieds, fort probablement pour recevoir l’instruction nécessaire à la transmission du message de Jésus; car telle était la position de tout disciple en formation auprès d’un maître. Jésus l’instruit comme il le fait pour tout autre disciple (Lc 10, 38 42). J’aime m’imaginer dans une telle position, buvant ses paroles, étant accueillie sans réserve, sans aucune limite liée à mon identité de femme. Que tout ça est bon et réconfortant !
Je repense également à sa discussion théologique avec la Samaritaine près du puits de Jacob à Sychar. Elle affirme ses convictions et l’interroge sur le sens de ce qu’il dit. Ils échangent d’égal à égale jusqu’à ce qu’elle le reconnaisse comme prophète et messie. Les disciples sont d’ailleurs « un peu ébahis » (Jn 4, 27) de le retrouver en discussion avec une femme. Ils ignorent la teneur des propos échangés, mais le message de considération pour cette femme traverse son attitude. Et son pouvoir d’attraction est si fort qu’elle laisse sa jarre, comme d’autres ont abandonné leurs filets, pour dire à ses frères et sœurs : « Ne serait-ce pas le Christ ? » Jésus ne se formalise pas de son identité psychosexuelle pour l’envoyer en mission.
Et il se comporte de la même façon envers Marie la Magdaléenne : « Va dire à mes frères que je monte vers mon Père, votre Père, et mon Dieu, votre Dieu » (Jn 20, 17). En réponse à ces paroles, elle se rend auprès des disciples et, en bonne apôtre, leur annonce qu’elle a vu le Seigneur ; puis leur raconte ce qu'il lui a dit. Avec les Douze, avec Jeanne, Suzanne et d’autres femmes, Marie de Magdala faisait partie du groupe qui suivait Jésus à travers les villes et les villages (Lc 8, 3ss.). Aucun évangéliste ne mentionne que Jésus aurait exclu les femmes de certaines tâches parce que femmes. Au contraire, il les relève lorsque besoin il y a.
Ainsi agit-il envers la femme voûtée, incapable de se mettre debout depuis 18 ans (Lc 13, 10 17). Jésus libère cette fille d’Abraham le jour du sabbat. Il lui permet de réintégrer la société de laquelle elle était exclue à cause de son handicap. Il lui permet de se relever, fièrement, et d’avancer dans la vie dignement. Ainsi en est-il des liens qu’il peut dénouer au fond de nous pour continuer à avancer la tête haute. Ce texte me parle beaucoup.
Il y a également l’hémorroïsse à qui il permet de regagner sa place au soleil (Lc 8, 43 48) ; elle revit grâce à lui. Elle, l’impure aux yeux de la loi juive, a retrouvé ses droits de citoyenne. Elle peut désormais élargir le cercle de ses relations et apporter une contribution à son milieu sans être limitée par son mal. Jésus lui a redonné la possibilité de vivre pleinement.
J’aime particulièrement, en ce temps d’échanges virulents sur la question de l’avortement, la réplique de Jésus aux scribes et aux pharisiens qui lui amenaient « une femme mariée qu’on avait surprise avec un autre » : « Que celui qui n'a jamais commis de faute jette sur elle la première pierre ». Et à elle, il dit : « …je ne te condamne pas » (Jn 8, 1 11). Son attitude d’ouverture et de tolérance par rapport à toutes et à tous, quel que soit le sexe ou le coin de pays de la personne concernée, m’indique un chemin à suivre pour marcher dans ses pas, une route que je peux choisir en toute liberté comme il me le propose.
Cette invitation à la liberté demeure au cœur de
ma foi. Elle me permet d’aller de l’avant au-delà des tempêtes et des
critiques. Un jour, j’ai compris, dans mon cœur et dans ma tête, que
toute forme de contrainte, d’exclusion était contraire à l’esprit de
l’Évangile, qu’il s’agisse de divorcés remariés, de femmes qui
souhaiteraient devenir prêtres, d’homosexuels ou de femmes qui se sont
fait avorter. Ce jour-là, j’ai dit oui au fait d’assumer la foi que mes
parents ont voulu me transmettre. Et cette liberté de fille d’un/e
Dieu/e à la fois père et mère me fait vivre.
Pauline Jacob,
Asbestos, le19 mai 2010
Paru dans Prière – appel d’aurore,
82, été 2010.
Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
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