« Ici sœur Mariette Milot. Je suis actuellement dans
l’impossibilité de
répondre à votre appel… » Ces mots, enregistrés sur un répondeur
téléphonique, pourraient s’adresser directement à Dieu. En choisissant
de les faire entendre à la fin de son documentaire, Pauline Voisard
apporte une touche d’humour et d’ironie à l’histoire qu’elle a voulu
nous raconter.
Cette histoire, c’est celle de Mariette Milot, 76 ans, membre de la
congrégation des Sœurs de l’Assomption de Nicolet. Depuis l’âge de 10
ans, cette femme devenue religieuse entend, au fond d’elle-même,
l’appel irrépressible à la prêtrise. Un appel qui s’est d’ailleurs
confirmé, au fil des ans, à travers un leadership pastoral exercé en
tant que missionnaire au Brésil et, maintenant, dans de multiples
engagements sociocommunautaires au Québec. Or, cet « appel »,
Mariette
Milot « demeure dans l’impossibilité d’y répondre ». Et ce,
tout
simplement parce qu’elle est une femme dans l’Église catholique. Quels
sont les arguments du magistère ecclésial pour refuser aussi
catégoriquement d’entendre parler de l’accès des femmes aux ministères
ordonnés ? Comme le rappelle la théologienne Pauline Jacob,
interviewée
par Pauline Voisard, Rome invoque ultimement « l’argument
d’autorité »
– le plus faible de tous les arguments théologiques – pour maintenir sa
position (voir son livre Appelées
aux ministères ordonnés, Novalis,
2007). Pas étonnant que, chez un bon nombre de chrétiennes et de
chrétiens, cet argument peu convaincant ne fasse pas l’unanimité…
Arrivée à la dernière étape de son existence, Mariette Milot doit se
rendre à l’évidence : son aspiration à devenir prêtre dans son Église
ne pourra se réaliser. Et elle affirme que cela aura été « une des
grandes souffrances de sa vie ». Et pourtant, elle n’est pas
démobilisée ou aigrie. Au contraire, avec ses consœurs religieuses et
des amis prêtres et laïcs, elle s’engage plus que jamais dans des
luttes pour la dignité des femmes, les droits humains et l’avancement
de la justice dans la société et dans l’Église.
On a souvent demandé à Mariette Milot pourquoi elle demeurait dans
l’Église. Elle répond : « Je reste, car pour transformer une
institution, il faut être dedans! » On lui a souvent demandé,
aussi,
pourquoi elle ne s’en allait pas chez les anglicans ou les protestants
qui acceptent d’ordonner des femmes. Elle répond : « Si je
pars,
j’empêche mon Église de faire des pas en avant. » Il faut
reconnaître
qu’il y a là une force de conviction et une ténacité admirables.
Toutefois, on peut comprendre aussi que d’autres catholiques, de guerre
lasse, en viennent malheureusement à la décision de quitter le navire…
À la fin de ce documentaire, on reste avec cette question
lancinante :
pourquoi l’Église catholique se prive-t-elle, dans ses ministères
ordonnés, de l’apport de femmes comme Mariette Milot ? Celle qui
s’est
battue au côté des sans-terre, au Brésil, en connaît long sur la
résistance devant le mépris des puissants, l’abus de pouvoir et la
répression. C’est dans ce mouvement qu’elle a particulièrement
développé son rêve d’une Église et d’une société plus démocratiques et
plus solidaires. Avec son documentaire aux allures de road movie, il
faut savoir gré à Pauline Voisard de nous faire connaître et partager
ce rêve…
Oui, je vous salue Mariette : pasteure d’une Église en mouvement!
Site du Réseau Femmes et Ministères - www.femmes-ministeres.org
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