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Les pieds dans le bénitier
de Anne Soupa et Christine Pedotti,
Paris, Presses de la Renaissance, 2010, 269 pages

Gisèle Turcot

Ni partir, ni se taire

Né d’un sursaut d’indignation, ce livre apporte une bouffée d’air frais. Aux catholiques qui se sentent à l’étroit dans l’espace qui leur est assigné en Église, les auteures offrent un diagnostic qui respire la liberté et un vigoureux plaidoyer pour engager l’avenir sur de nouvelles bases.

Anne Soupa, journaliste et Christine Pedotti, éditrice, ont reçu comme un soufflet les mots du cardinal archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois : « Le tout n’est pas d’avoir une jupe, encore faut-il avoir quelque chose dans la tête! » Prononcés publiquement à la radio en novembre 2008, ces propos appelaient des excuses publiques : « le génie d’Anne fut d’avoir l’idée de porter plainte devant le tribunal ecclésiastique et d’invoquer à l’appui de la plainte, outre le droit de l’Église, la pratique évangélique de la correction fraternelle » (p. 33). La plainte fut retirée après que le cardinal eut précisé ses intentions, sans toutefois formuler de vraies excuses.

L’ouvrage raconte l’effet mobilisateur de cet événement : formation et manifestation du Comité de la jupe, puis fondation de la Conférence des catholiques baptisés de France, en octobre 2009. « L’épisode de la jupe, même s’il paraît, à tort, anecdotique, ouvre une période de turbulences parce qu’il signe à la fois la faillite d’une institution qui méprise les femmes et la saine réaction de la base » (p. 69). Le mal dénoncé dépasse l’Église de France et la condition des femmes; c’est le fonctionnement de la structure ecclésiale qui est en cause.

Le chapitre 3, intitulé « Sale hiver au Vatican », jette un regard critique sur des événements de 2009 qui ont déclenché le sentiment de responsabilité des auteures : levée des excommunications prononcées contre les quatre évêques de la mouvance d’extrême-droite lefebvriste; autorisation de célébrer la messe selon le rite liturgique de saint Pie V; aléas de la nomination du délégué de la France auprès du Saint-Siège; excommunication par l’évêque de Recife (Brésil) de la mère d’une fillette violée qui avait subi un avortement. Tout cela fit appel à la conscience de ces baptisées lucides qui déclarent : « lorsque l’Évangile risque d’être dénaturé par une structure malade, la fidélité est, justement, de se mettre en sûreté sous ses ailes » (p. 69).

Adeptes du concile Vatican II, les auteures refusent la tentation de se tourner vers le passé pour résoudre les problèmes réels que connaît l’Église et refusent, en même temps, de quitter la barque. « Ni partir, ni se taire » est leur premier slogan. Elles se chargent de poser des « questions désagréables » qui paralysent une opinion publique adulte en Église. Leur analyse du cléricalisme, impitoyable, est écrite dans un langage franc, sans jamais trahir le respect dû aux personnes qui travaillent dans l’institution. Le deuxième slogan surprend : « Nous ne demandons rien, mais nous espérons tout » (p. 141). Tournant le dos à une approche revendicatrice, les auteures proposent plutôt d’occuper le terrain, cette marge de manœuvre inhérente au baptême et, chose rare, elles invoquent sciemment le « principe de subsidiarité, un trésor de la doctrine sociale de l’Église, beaucoup cité et jamais appliqué » (p. 231).

Se rassembler, mais pour remplir quelle mission? Les auteures suggèrent, au chapitre 6, des ministères à exercer individuellement et en communauté : l’écoute de l’autre pour lui reconnaître sa pleine humanité et pour lire les signes des temps; la bénédiction – témoigner en actes de la bienveillance de Dieu envers l’humanité – et le ministère de l’espérance dans un temps si inquiet et pourtant illuminé de la présence de Dieu. Soupa et Pedotti souhaitent que l’imagination prenne le pouvoir, qu’on accepte d’agir dans le respect des règles de l’Église catholique actuelle (p. 231) et qu’on table sur une diversité – un métissage, selon leur mot.

Voici deux femmes qui ont des idées dans la tête, de solides connaissances théologiques et bibliques et une ferme conviction : le christianisme vivant a quelque chose d’essentiel à dire au monde du XXIe siècle. Il faut souhaiter que la Conférence des baptisés de France et les initiatives similaires chez nous soient accueillies et se développent comme une nouvelle Pentecôte.

Recension publiée dans la revue Relations no 751 de septembre 2011 et reproduite avec les permissions requises.




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