Ni partir, ni se taire
Né d’un sursaut d’indignation, ce livre apporte
une bouffée d’air frais. Aux catholiques qui se sentent à l’étroit dans
l’espace qui leur est assigné en Église, les auteures offrent un
diagnostic qui respire la liberté et un vigoureux plaidoyer pour
engager l’avenir sur de nouvelles bases.
Anne Soupa, journaliste et Christine Pedotti, éditrice, ont reçu comme
un soufflet les mots du cardinal archevêque de Paris, Mgr André
Vingt-Trois : « Le tout n’est pas d’avoir une jupe, encore
faut-il avoir quelque chose dans la tête! » Prononcés publiquement
à la radio en novembre 2008, ces propos appelaient des excuses
publiques : « le génie d’Anne fut d’avoir l’idée de porter
plainte devant le tribunal ecclésiastique et d’invoquer à l’appui de la
plainte, outre le droit de l’Église, la pratique évangélique de la
correction fraternelle » (p. 33). La plainte fut retirée après que
le cardinal eut précisé ses intentions, sans toutefois formuler de
vraies excuses.
L’ouvrage raconte l’effet mobilisateur de cet événement :
formation et manifestation du Comité
de la jupe,
puis fondation de la Conférence des catholiques baptisés de France, en
octobre 2009. « L’épisode de la jupe, même s’il paraît, à tort,
anecdotique, ouvre une période de turbulences parce qu’il signe à la
fois la faillite d’une institution qui méprise les femmes et la saine
réaction de la base » (p. 69). Le mal dénoncé dépasse l’Église de
France et la condition des femmes; c’est le fonctionnement de la
structure ecclésiale qui est en cause.
Le chapitre 3, intitulé « Sale hiver au Vatican », jette un
regard critique sur des événements de 2009 qui ont déclenché le
sentiment de responsabilité des auteures : levée des
excommunications prononcées contre les quatre évêques de la mouvance
d’extrême-droite lefebvriste; autorisation de célébrer la messe selon
le rite liturgique de saint Pie V; aléas de la nomination du délégué de
la France auprès du Saint-Siège; excommunication par l’évêque de Recife
(Brésil) de la mère d’une fillette violée qui avait subi un avortement.
Tout cela fit appel à la conscience de ces baptisées lucides qui
déclarent : « lorsque l’Évangile risque d’être dénaturé par
une structure malade, la fidélité est, justement, de se mettre en
sûreté sous ses ailes » (p. 69).
Adeptes du concile Vatican II, les auteures refusent la tentation de se
tourner vers le passé pour résoudre les problèmes réels que connaît
l’Église et refusent, en même temps, de quitter la barque. « Ni
partir, ni se taire » est leur premier slogan. Elles se chargent
de poser des « questions désagréables » qui paralysent une
opinion publique adulte en Église. Leur analyse du cléricalisme,
impitoyable, est écrite dans un langage franc, sans jamais trahir le
respect dû aux personnes qui travaillent dans l’institution. Le
deuxième slogan surprend : « Nous ne demandons rien, mais
nous espérons tout » (p. 141). Tournant le dos à une approche
revendicatrice, les auteures proposent plutôt d’occuper le terrain,
cette marge de manœuvre inhérente au baptême et, chose rare, elles
invoquent sciemment le « principe de subsidiarité, un trésor de la
doctrine sociale de l’Église, beaucoup cité et jamais appliqué »
(p. 231).
Se rassembler, mais pour remplir quelle mission? Les auteures
suggèrent, au chapitre 6, des ministères à exercer individuellement et
en communauté : l’écoute de l’autre pour lui reconnaître sa pleine
humanité et pour lire les signes des temps; la bénédiction – témoigner
en actes de la bienveillance de Dieu envers l’humanité – et le
ministère de l’espérance dans un temps si inquiet et pourtant illuminé
de la présence de Dieu. Soupa et Pedotti souhaitent que l’imagination
prenne le pouvoir, qu’on accepte d’agir dans le respect des règles de
l’Église catholique actuelle (p. 231) et qu’on table sur une diversité
– un métissage, selon leur mot.
Voici deux femmes qui ont des idées dans la tête, de solides
connaissances théologiques et bibliques et une ferme conviction :
le christianisme vivant a quelque chose d’essentiel à dire au monde du
XXIe siècle. Il faut souhaiter que la Conférence des baptisés de France
et les initiatives similaires chez nous soient accueillies et se
développent comme une nouvelle Pentecôte.
Recension publiée dans la revue Relations no 751 de septembre 2011
et
reproduite avec les permissions requises.
Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
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