Une suggestion de lecture
Léona Deschamps, RSR:
Le suaire de
l'archevêque, 1995,
de Peter TREMAYNE,
traduit de l'anglais par
Dorothée Chifflot, Paris, Editions 10/18
« Grands Détectives », 2004, 346 p.
Le 10 mars 1943 naît, a Coventry en Angleterre, Peter Berresford Ellis
dit Peter Tremayne. L'auteur britannique publie, en 1995, le roman
policier religieux titré « Le suaire de l'archevêque ». Hanté par
l'héroïne du roman de 1995, on peut lire actuellement la série « Soeur
Fidelma », quinze titres déjà publiés en français.
En première page du « suaire », une note historique rappelle que la
fiction de Tremayne se déroule à une époque où le concept du célibat
des prêtres n'est pas rigoureusement en vigueur ni dans l'Église
catholique ni dans les Églises celtes. De plus, la cohabitation de
religieux des deux sexes existe dans certaines abbayes et certains
monastères. Ces réalités se profilent dans la description des moeurs,
l'analyse des sentiments et la représentation objective ou subjective
du réel dans tous les dialogues.
« Le suaire de l'archevêque » comporte une intrigue dont les multiples
ramifications deviennent un imbroglio qui ne s'éclaircit qu'à
l'inattendu dénouement. En voici un bref sommaire... À la fin de l'été
664, soeur Fidelma de Kildare se trouve à Rome afin de faire approuver
la règle de son monastère par le Saint-Père. Mais, dans une des
chambres du palais du Latran, on vient de découvrir l'archevêque de
Cantorbéry mort par strangulation, sa corde de prière enroulée autour
du cou. Et, de plus, sont disparus les objets précieux à offrir au Pape
et les calices des royaumes saxons à faire bénir. Comme le contexte
politique demeure tendu entre les Églises romaine et irlandaise,
Gelasius, l'évêque de Rome, confie l'enquête à la renommée soeur
Fidelma et à son ami le moine saxon Eadulf. Une laborieuse enquête qui
se complexifie puisque se succèdent la mort par strangulation du moine
irlandais Ronan Ragallach d'abord soupçonné et celui de l'abbé Puttoc
de Northumbrie rêvant d'accéder au poste d'archevêque, ainsi que les
suicides des frères Eanred et Osimo Lando retenus comme témoins
importants.
Hormis les magnifiques descriptions des lieux fréquentés par le duo
responsable de l'enquête, l'auteur multiplie d'amples dialogues avec
tous les personnages religieux et civils pouvant contribuer à la
cueillette des preuves permettant de débusquer la source des
mystérieuses morts en série. S'y reflète le miroir d'une société aux
prises avec la prostitution, l'esclavage, l'homosexualité, le trafic
des êtres humains et le maintien des femmes dans des rôles subalternes.
L'émouvante conclusion donne tout le sens de la métaphore du suaire de
l'archevêque. Wighard fut enseveli dans le linceul de son geste ignoble
en vue de l'accès au pouvoir dans une Église patriarcale excluant les
femmes et tronquant parfois la vérité.
Il est stimulant de lire « Le suaire de l'archevêque ».
Peter Tremayne
y dépeint la liberté d'une femme en constante militance pour des droits
égaux entre les humains. De plus, il démasque tous les méfaits de la
quête du pouvoir envers et contre tout, même chez des esclaves
affranchis. Une inspiration pour toutes les personnes qui marcheront
« tant que toutes les femmes ne seront pas libres ».
Léona Deschamps, RSR
RELI-FEMMES, Bulletin de l'ARDF
N°72 - mai 2011
Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
Consulté
le