
Décédée le 16 mars 2007 à Montréal, Hélène Chénier nous laisse un
héritage important. Enseignante et directrice d’école entre 1951 et
1985, cette femme d’action et de convictions aura marqué la société et
l’Église du Québec.
D’abord, comme le souligne Marie-Paule Vaillancourt dans le livre Ces femmes qui ont bâti Montréal
(éd. du Remue-ménage, 1994) : « Jusqu’en 1960, la CECM
accordait aux enseignants la possibilité de poursuivre des études
universitaires en leur versant leur plein salaire. Les enseignantes,
elles, ne jouissaient pas de tels avantages ». Hélène Chénier
mène la bataille contre cette discrimination et, grâce à sa ténacité et
à son art de la stratégie, elle gagne. Ainsi, « après elle,
toutes les enseignantes de la CECM désireuses de poursuivre leurs
études purent le faire ». Ce fut le début d’une vie consacrée
à la promotion des femmes, à l’éducation, au syndicalisme, à la justice
sociale et à la liberté dans l’Église.
De 1967 à 1970, Hélène Chénier est secrétaire générale de l’Alliance
des professeurs de Montréal. Elle participe ensuite à divers comités de
la CEQ. Elle dirige successivement les écoles secondaires Sophie-Barat,
Émile-Nelligan et Calixa-Lavallée, où elle développe des méthodes
pédagogiques novatrices et adaptées. Au début des années 1980, elle
siège au Conseil supérieur de l’éducation et milite dans le mouvement
souverainiste.
À la fin des années soixante, Hélène Chénier est vice-présidente (avec
Claude Ryan), de la Commission d’étude sur les laïcs et l’Église. Mise
sur pieds par l’épiscopat canadien et sous la présidence de Fernand
Dumont, cette commission marquera profondément le parcours de l’Église
catholique d’ici. En l’an 2000, dans le cadre d’un colloque soulignant
le 30e anniversaire de la publication du rapport Dumont, elle livre une
conférence magistrale retraçant l’histoire de cet événement (voir le
hors-série de la revue Pastorale
Québec, sept. 2001). Sa vie durant, elle demeure soucieuse
de la participation autonome et responsable des laïcs dans l’Église.
Après sa retraite, Hélène Chénier devient membre du Comité des affaires
sociales de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AÉCQ). Ce
sera l’occasion pour elle d’œuvrer, à la fin des années 1980, à un
important chantier de réflexion sur la violence faite aux femmes qui
débouchera sur un document aux retombées importantes : Violence en héritage? En 1990,
elle est nommée par l’AÉCQ coordonnatrice des célébrations entourant le
50e anniversaire de l’obtention du droit de vote des femmes au Québec
(auquel s’était opposé, on s’en souviendra, l’épiscopat de l’époque).
Elle s’active alors dans l’organisation d’une rencontre, entre 50
femmes et les évêques, qui se clôt par une célébration à la Cathédrale
de Québec où le président de l’AÉCQ de l’époque, Mgr Gilles Ouellet,
livre un message « réparateur » à l’égard des femmes.
Elle poursuit ensuite ses collaborations au Réseau des répondantes
diocésaines à la condition des femmes, au Réseau œcuménique des femmes
et dans de nombreux comités. De 1995 à 1998, elle s’engage à fond dans
le Synode de Montréal – dont les résultats, toutefois, la laissent
perplexe. Elle dira : « On risque de ne pas dépasser les vœux pieux par
crainte du pouvoir romain qui, actuellement, régresse en deçà de
Vatican II et s’efforce de centraliser davantage » (Relations, avril 1999).
Au nom de sa foi profondément marquée par l’esprit du Concile, Hélène
Chénier consacre ses dernières énergies au Réseau culture et foi
(www.culture-et-foi.com). Celui-ci a entre autres pour but d’œuvrer à
l’inculturation de la foi – un enjeu qui lui est particulièrement cher.
Elle dira souvent : « Nous avons le devoir et le droit de
prendre la parole, pour annoncer, définir et célébrer la foi au cœur de
notre époque. Cette tâche n’est aucunement réservée à la seule
hiérarchie. »
Peu de temps avant de mourir, elle nous livra le fondement de son
existence dans un ultime témoignage publié dans la revue Relations de février 2007 : «
Je souhaite garder l’espérance et l’amitié de ceux et celles qui, à
leur façon, témoignent pour moi de l’essentiel : un Dieu aimant et
bienveillant m’attend… » Maintenant qu’elle nous a quittés, c’est avec
reconnaissance que nous saluons la mémoire et l’héritage d’Hélène
Chénier, dont toute la vie fut un combat incessant pour la liberté et
la justice.
Marco Veilleux
2009
Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
Consulté
le