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« II y aura une ouverture », dit Mme Thibault. Le lieutenant-gouverneur Lise Thibault juge incontournable que l'Église catholique permette aux femmes d'accéder à la prêtrise et de gravir les marches de la hiérarchie jusqu'à devenir... «cardinales».

En entrevue au SOLEIL, Mme Thibault a réitéré une opinion qu'elle a exprimée récemment devant environ 200 personnes, à Québec. C'est une question de temps avant que le changement qu'elle souhaite ne se matérialise, a-t-elle ajouté.

Elle a admis qu'elle ne pense pas assister de son vivant à cette révolution. « Mes filles ont respectivement 42 et 45 ans. Je pense qu'elles pourront voir cela. (...) Les femmes seront, un jour, ordonnées au même titre que les hommes. »

La représentante de la reine d’Angleterre pour le gouvernement québécois a fait valoir que l’évolution des moeurs présage de ce qu’elle attend de l’Église. Elle a rappelé qu'en tant que citoyenne, elle a «vu monter le mouvement féministe qui était un peu "questionnable", inconfortable pour certaines personnes ». Un meilleur équilibre sur la place des unes et des uns s'est installé avec le temps, selon elle.

Mme Thibault a repris au bond un commentaire d'un de ses prédécesseurs, Gilles Lamontagne. Selon un témoin, celui-ci a noté qu'il a fallu attendre 130 ans avant qu'une femme obtienne le poste de lieutenant-gouverneur. Toujours d'après la même source, Mme Thibault a enchaîné en suggérant «qu'il ne faudrait pas que ça prenne autant de temps» pour qu'une femme soit élevée à la pourpre cardinalice. Ce qui implique l'accession à la prêtrise ». «II y a eu une salve d'applaudissements», a rapporté en s'en amusant Gilles Gallichan, bibliothécaire de l'Assemblée n nationale et collègue des trois historiens qui ont cosigné le volume. « J'ai vu que le cardinal (Ouellet) a accusé le coup en riant.» Mentionnons qu'étaient aussi présents l'archevêque anglican Bruce Stavert et son épouse, a glissé M. Gallichan pour mieux cerner le contexte.

Au SOLEIL, le lieutenant-gouverneur a indiqué qu'elle a agi spontanément. «Je n’ai pas fait de réflexion sur ça pendant trois jours. Mais quand l’Honorable Lamontagne l’a souligné (Qu’elle était la première femme nommée lieutenant-gouverneur), l’occasion était trop belle pour que je ne la prenne pas.

Elle a indiqué qu'elle persiste et signe. « Je suis une femme responsable. Si j'avais voulu me taire, j'ai suffisamment de contrôle sur moi pour le faire.»

Femme de foi, scrupuleusement respectueuse des convenances et des institutions, Mme Thibault a insisté que «je l'ai fait (le commentaire) avec plein, plein de respect envers notre cardinal. Mais avec le temps, on sensibilise à des "autrement" ».

Sa remarque ne semble guère rejoindre la ligne de pensée que défendent l'actuel pape Benoît XVI et Mgr Ouellet, deux hommes d'Église qu'on décrit comme des conservateurs. «Absolument », a convenu Mme Thibault.

Mais elle a suggéré qu'il y a des conservateurs dans toute organisation. « Tantôt, il y aura une autre ouverture. »

Les titulaires de la fonction de lieutenant-gouverneur se sont toujours cantonnés à un devoir de réserve. Mme Thibault ne voit pas sa prise de position comme audacieuse. « J'ai 66 ans, a-t--elle répète. Je ne porte pas cette fonction pour avoir un titre.«Je le fais pour faire avancer les choses. Le lieutenant-gouverneur est au-dessus de la politique. Mais le lieutenant- gouverneur ne peut ouvrir la bouche pour ne rien dire. »

MICHEL CORBEIL


Texte de la lettre que le Réseau Femmes et Ministères, région de Québec,
a adressée à Madame Lise Thibault, Lieutenant-gouverneure du Québec, le 10 décembre 2005,
suite au reportage paru dans Le Soleil, du 7 décembre 2005.

Québec, le 10 décembre 2006

L'honorable Lise Thibault
Cabinet du Lieutenant-gouverneure
1050, rue des Parlementaires, R.C.
Québec (Québec) G1A 1A1

Madame Lise Thibault,

Nous avons lu avec une grande joie votre commentaire sur l’ordination des femmes dans l’Église catholique, texte de Michel Corbeil dans l’édition du journal LE SOLEIL de mercredi le 7 décembre. Nous l’avons reçu comme un véritable cadeau de Noël, quelque chose d’inattendu.

Depuis quelque vingt ans déjà, le réseau Femmes et ministères, multiplie les études et les démarches pour une reconnaissance effective des femmes en Église. Nous savons qu’aucune raison ni biblique, ni théologique, ni venant de la tradition ne vient empêcher les femmes d’accéder à la prêtrise. Il s’agit d’une discipline de l’Église et de différents facteurs qui pourraient être révisés à la lumière des connaissances modernes et de l’évolution de la société.

Comme groupe de femmes chrétiennes, nous souhaitons bâtir une Église où femmes et hommes, dans un véritable partenariat, pourront, en toute liberté et selon leurs charismes et talents, participer à la mission confiée à tous les baptisés et ce à toutes les instances de l’institution.

Nous apprécions ce geste d’une femme croyante comme nous, attachée à l’Église de Jésus-Christ et respectueuse des valeurs évangéliques. Vous aviez le choix entre vous taire et parler selon vos convictions, nous louons votre courage pour dire les choses de nature à faire avancer la société et l’Église.

Le 8 décembre, nous organisions une liturgie de la parole avec plus de cent femmes et quelques hommes, pour « Célébrer la vie des femmes en Église ». Les représentantes des divers groupes de femmes engagées en Église se sont dites stimulées et encouragées par votre prise de parole qui fait contrepoids aux déclarations qui, trop souvent, nous font mal et sapent notre courage. Vous étiez bien présente dans nos intentions de prières.

Veuillez accepter, chère Madame, l’expression de notre profonde gratitude,

Le Réseau Femmes et Ministères, région de Québec par
Annine Parent et Louise-Andrée Poitras


UNE CÉLÉBRATION DE RECONNAISSANCE DE FEMMES ENGAGÉES EN ÉGLISE

Jeudi le 8 décembre, fête particulière pour l’Église catholique, plus particulièrement pour notre diocèse qui est dédié à Marie l’Immaculée Conception, et de même pour l’Université Laval dont c’est la fête annuelle. Cependant, cette année, en ce jour qui marquait également la fin des travaux du concile Vatican II, une première avait lieu à Québec, dans la magnifique chapelle des Soeurs de la communauté de St-Joseph de St-Vallier. Une célébration organisée par des femmes, prenant la forme d’une liturgie de la parole pour se reconnaître individuellement et collectivement comme filles de Dieu.

Une invitation spéciale à se rassembler en ce lieu saint à l’occasion de la fête de Marie et ce, avec plein de symboles, de lectures et de chants qui viennent signifier non seulement l’importance des femmes engagées en Église, mais aussi leur espérance pour une église inclusive, non discriminatoire. Les divers types d’engagement des femmes présentes traduisent tous à leur manière la foi transformatrice qui les alimente.

Sous l’initiative du Réseau Femmes et Ministères dont la mission est de promouvoir l’accès égal des femmes à tous les ministères, y compris le ministère ordonné ( le presbytérat ), la célébration rejoint le groupe de religieuses visant la promotion des femmes, le groupe des répondantes diocésaines à la condition des femmes, le réseau de l’Autre Parole, les agentes de pastorale et, bien sûr, toutes ces femmes bénévoles qui rendent possibles les activités ecclésiales.

Faisant partie de cette assistance d’une centaine de femmes et de quelques hommes, j’ai pu pressentir la grande signification de cette assemblée, comme une espèce de prélude d’une Église qui a difficulté à « re-naître » mais dont les signes sont probants. Pour que nous ayons « la vie en abondance », Il est venu : jamais ces paroles tirées de St-Jean n’ont eu autant de résonance que dans cette assemblée où des femmes se reconnaissent pleinement être aussi l’Église. Une Église qui ne renie pas la part égale de tous et de toutes en tant que baptisés et disciples de Jésus.

Comme par « hasard », cette célébration survient au lendemain des propos de madame Thibault, la lieutenant-gouverneur, sur l’ordination inévitable des femmes. Je crois, à titre d’observatrice et de croyante en une Église qui a besoin d’être refondée, que cet a-venir n’a pas besoin de grand décret pour prendre forme. Elle est en train d’émerger ...des paroles annonciatrices, une célébration sans pompe ni trompette qui s’adresse à un Dieu père et mère à la fois, et à côté, des prêtres à bout de souffle dans des églises du 3ième âge, il n’y a qu’un pas pour, encore une fois, constater l’absurdité de l’obstination romaine à continuer d’exclure...

Jacynthe Fortin

Québec


Site du Réseau Femmes et Ministères - www.femmes-ministeres.org
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