
Le 13 mai 2009
Très chère Claudette,
Je porte cette lettre en mon cœur depuis plusieurs mois. Et je n’arrive pas à compter combien de femmes auraient aimé, elles aussi, échanger une dernière fois avec toi. Tu es maintenant dans le calme éternel et la paix parfaite, tu as donc tout le loisir de nous écouter te dire des choses qui t’auraient probablement gênée, toi plutôt réservée, en tout cas devant moi, la démonstrative.
Oui, Claudette, nous voulons te rendre hommage, car malgré le fait que le temps, la distance et les inévitables détours de la vie ont empêché plusieurs d’entre nous de te côtoyer au cours des dernières années, l’affinité, l’amitié, l’affection même, que nous ressentions pour toi n’en ont été aucunement altérées. Bien sûr, je n’ai pas fait d’enquête… mais je te connais suffisamment pour savoir que tu ne t’arrêtes pas à la surface des choses mais à leur profondeur et qu’alors tu sentiras qu’à travers mes propos maladroits toutes les femmes que tu as connues et avec lesquelles tu as concocté tant de projets, gagné quelques victoires, souffert plusieurs déceptions et rien de moins que rêvé le monde et espéré l’Église, toutes ces femmes dis-je, désirent aujourd’hui t’exprimer toute leur tendresse et, puis-je le dire simplement, toute la tristesse qui les habite depuis ton départ.
Car tu nous manqueras Claudette... Merci de nous avoir laissé des souvenirs impérissables ; en fait, tu nous lègues plus que des souvenirs, je parlerais presque d’un mémorial car nombreuses sont celles qui vivent encore des apprentissages que nous avons faits avec toi en analyse de situation, en approfondissement de la pensée, en stratégie d’action, pour ne citer que celles-là. Et que dire de la qualité de ton travail dans le dossier de la condition féminine lors de ton engagement à l’Assemblée des évêques du Québec, de la pertinence de ta réflexion et de ta participation au réseau Femmes et Ministères, de ton intelligence des situations sociales jointes à un support indéfectible au coeur d’enjeux féministes parfois fort complexes et finalement de ces mille et un dîners de travail, conversations amicales et rencontres de salon, notamment chez Hélène Pelletier Baillargeon, au cours desquels nous tentions de réinventer nos pratiques ecclésiales afin ne pas désespérer de notre Église, Oui, tu nous manqueras beaucoup mais tu nous a laissé beaucoup… quelque chose de plus profond encore que la solidarité féminine : une sorte de complicité et de connivences inaltérables qui n’existent qu’entre de véritables sœurs.
Trop de mots sans doute pour te dire seulement que nous t’aimons, que tu survivras en la poursuite de nos batailles pour la justice et l’égalité, que nous sommes avec toi, et toi avec nous, où que tu ailles, où que tu sois… car, dans le mystère incroyable de cette foi que nous partagions, nous savons que toujours tu seras en lien avec nous.
Toi qui a toujours, jusque dans la maladie et devant la mort éminente, refuser de désespérer, envoie-nous un peu de cette espérance dont tu sais que nous avons tellement besoin ici-bas et que tu peux maintenant nous remettre entièrement puisque là où tu es, dans l’Amour, tu as trouvé ce que tu cherchais.
Lise Baroni Dansereau
et toutes les femmes qui t’ont aimée.
Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
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