L’écho de Vatican II chez les laïques
par Annine Parent
Texte d'une conférence prononcée en 2009 lors des Rendez-vous théologiques sur Vatican II par la Faculté de théologie et de sciences religieuses avec la collaboration de la Chaire Monseigneur-de-Laval.
Lorsque le 21e Concile œcuménique Vatican II a
débuté le 11 octobre 1962, nous avions déjà vécu plusieurs engagements
en Église principalement en action catholique et en pastorale
familiale. L’annonce du Concile a été pour nous comme un vent
d’espérance en même temps qu’un appel à la participation et à la
coresponsabilité. L’Église « s’ouvrait au monde et à la
culture
contemporaine faite de progrès technologiques considérables,
d’émancipation des peuples et de sécularisation croissante. Le Concile
a été considéré comme un événement marquant dans l’histoire de l’Église
du Québec ». Il apportait des réponses aux questions
modernes de
notre temps.
Vingt ans plus tard, le synode sur La
vocation et la mission des
laïques dans l’Église et dans le monde est venu rappeler les
grandes
aspirations du Concile. Les Pères synodaux invitaient
l’Église à se remémorer et à aller de l’avant dans la mise en œuvre des
exhortations de ce grand rassemblement d’Église qu’a été Vatican
II. Les laïques de chez nous ont une fois de plus fait entendre
leur voix et réclamé ouverture et renouveau de la part de l’Église.
Aujourd’hui, où en sommes-nous ? Que reste-t-il de ces
années de
travail intense des évêques du monde entier désireux de répondre aux
défis de l’Église du XXe siècle et de toutes les recommandations
accueillies avec grand enthousiasme par bon nombre de catholiques
engagés en Église.
Pour nous, dès le début du
Concile : un agenda clair
Pour visiter l’avant-Concile, référons-nous à la brochure Célébrer
l’annonce de Vatican II. (Novalis, numéro spécial
2008).
Dans l’article Les grands appels du
concile Vatican II, conversions,
passages difficiles et tâches prioritaires, on peut y lire la
situation
de l’Église en 1960 et les aspirations du Concile.
Ces quelques phrases témoignent d’une volonté de transformation
profonde au sein de l’Église. Les Pères conciliaires étaient en
quête de nouvelles formes d’expression de la foi adaptée à notre temps.
L’Église entrait dans une imposante réflexion et une sérieuse
évaluation.
Écoutons Jean XXIII nous dire dans son discours d’introduction au
Concile :
Ceux et celles, qui ont connu des engagements en
Église dans les années
1940-1950, savent bien ce que signifiaient ces passages.
Les laïques que nous étions, connaissions une Église plus
moraliste qu’éducatrice de la foi, une Église où la stricte observance
des règles et des lois ne se discutaient pas, une Église de peurs et
d’interdictions, une Église où il fallait gagner son ciel, une Église
où le clergé faisait figure d’autorité morale et occupait une place
prépondérante autant dans la société que dans l’Église. Dans nos
mouvements, nos organisations, pas grand-chose ne se décidait
sans l’approbation de l’aumônier, du vicaire ou du curé qui veillaient
au grain. Ces derniers avaient droit de regard sur nos
engagements, sur l’orientation de nos vies et quelquefois même sur nos
consciences. Si le clergé s’opposait à une idée ou à une suggestion, il
devenait
quasi impossible d’avoir gain de cause.
Malaises et désir de changement
Un regard sur l’histoire de l’Action catholique de chez-nous, nous
permet de constater que des malaises de plus en plus marqués
provoquaient des résistances et annonçaient une volonté de
changement.
En 1950, les publications de la JOC [Jeunesse ouvrière catholique] nous
décrivent très bien la vision qu’on avait alors du laïcat :
Plusieurs voix se faisaient entendre pour réclamer la valorisation du
laïcat chrétien, non plus uniquement dans un rôle de suppléance, mais
dans la reconnaissance d’une autonomie et d’une véritable
coresponsabilité. Elles étaient cependant vite étouffées.
Écoutons le journaliste Gérard Pelletier, un homme d’action et de
conviction, alors secrétaire national de la JEC [Jeunesse étudiante
catholique] qui écrivait en 1945 :
La méthode du Voir, Juger, Agir,
utilisée dans l’Action catholique
permettait cependant le développement d’aptitudes et de qualités qui
faisaient des militants et des militantes des leaders, des personnes
avisées, capables d’analyse, de décision et d’action concertée.
Ce lieu de solidarité et de prise en charge, tourné vers
l’engagement social et la transformation des structures aliénantes,
permettait d’acquérir une solide formation sociale et religieuse
et de devenir des personnes autonomes, engagées et soucieuses du bien
commun. Et force est de constater qu’un très grand nombre de
dirigeants et de dirigeantes de l’époque sont devenus, en quittant
l’Action catholique, des figures de proue dans le monde politique et
pour plusieurs, dans le monde syndical. Pas surprenant qu’il y ait eu
crise à l’Action catholique!
Bouleversements qui appellent des
changements
Lorsque le Concile a débuté en 1962, se vivait au Québec un temps
d’effervescence, un virage que l’on a qualifié de Révolution
tranquille. Le Québec se réoriente, il s’engage dans la voie de la
modernité marquée par de grands bouleversements sur les plans
politique, social, culturel et religieux. C’est la mise en place
d’une séparation Église catholique et État. Une nouvelle identité
québécoise voit le jour. Temps de remise en question, temps de rupture,
d’évolution s’il en est un. Le Concile venait nourrir les désirs
de changement, d’évolution, présents au cœur de plusieurs
chrétiens et chrétiennes. Nous avions le sentiment que quelque chose
était en train de changer, les relations clercs/laïques, la place du
Peuple de Dieu dans la réalité de l’Église. Le Concile traitait du rôle
des laïques en lien avec la mission même de l’Église. Il leur
apportait « une fierté
d’être chrétiens et chrétiennes et
membres
de l’Église à part entière ».
L’affirmation « L’Église
c’est nous, c’est tout le peuple de
Dieu
et non seulement le pape, les évêques, les prêtres »,
ressemblait
à un
slogan maintes fois répété. L’apostolat des laïques (no 3)
n’affirmait-il pas :
Un changement de vocabulaire annonçait un
changement de perception du
rôle des laïques dans l’Église. Désormais, on ne parlera plus
d’Église enseignante et d’Église enseignée, mais d’une Église tout
entière ministérielle où les différences de fonctions ne devaient pas
créer d’inégalités parmi les membres du Peuple de Dieu. On abandonnera
l’appellation auxiliaire ou collaborateur pour parler de
« coresponsables » en décrivant la coresponsabilité
comme
« un plus
grand partage de l’autorité et des responsabilités ecclésiales entre la
hiérarchie d’une part, et les laïcs d’autre part. Un partage qui ne se
situe pas uniquement au niveau de l’exécution, mais aussi de la
réflexion pastorale et des décisions à prendre ».
Déception chez les laïques : un
goût amer
Nous le savons, il faut plus que des études, des recommandations pour
opérer des changements de mentalité. Tenant compte des facteurs
sociaux et culturels, il devient impératif de mettre en place des
conditions favorables à l’évolution des mentalités. Après le
Concile, il aurait fallu que les notions d’autorité et de
responsabilité manifestent des signes de modification dans leur
exercice et qu’elles soient accompagnées de décisions politiques
qui en assurent la mise en place. La coresponsabilité doit être plus
qu’un mot réconfort.
Nommons quelques événements qui ont eu un impact sérieux chez les
chrétiens et les chrétiennes de chez-nous, causant déception et
désenchantement.
L’encyclique
Humanae Vitae : À peine le Concile terminé, en 1968, la
lettre encyclique de Paul VI sur le mariage et la régulation des
naissances a eu l’effet d’une bombe et provoqué la colère de nombreux
catholiques. L’encyclique a soulevé une opposition sans précédent
à l’intérieur de l’Église. Paul VI, dans sa décision,
allait à l'encontre même de l'avis de la commission pontificale
d'experts qu'il avait lui-même nommée et qui, très majoritairement,
avait préconisé la possibilité d’avoir recours à des moyens de
contraception jusque là non reconnus par l’Église. Cette
encyclique a marqué un point de rupture pour ceux et celles qui y ont
vu un manque d'autonomie par rapport à la responsabilité et à la
conscience individuelle. Rupture sérieuse dont on entend encore
les échos aujourd’hui et qui a causé une désaffection des fidèles,
particulièrement ressentie chez les femmes, opérant un départ
silencieux de l'Église, lié aux positions romaines sur la
contraception.
La crise de
l’Action catholique : La même année au Québec la crise de
l’Action catholique fera naître la célèbre Commission d’étude sur les
laïcs et l’Église, chargée de faire la lumière sur la place et
l’avenir
de l’Église et de la foi au Québec francophone. Son rapport paru en
1971 « L‘Église au Québec, un
héritage, un projet » présente
une
excellente analyse de la situation et suggère plusieurs pistes
d’action.
Mais de quelle crise s’agissait-il donc ? À l’époque, de fortes
tensions
existaient entre certains dirigeants laïques et l’épiscopat, les uns
jugeant que l’Action catholique dérivait vers l’action sociale et
n’était peut-être plus si catholique que cela, les autres trouvant que
certains responsables en Église se comportaient comme les propriétaires
de l’Église. La responsabilité du laïcat était différemment
assumée selon le degré d’autoritarisme des aumôniers et des évêques en
place. Devant cette impasse, les évêques du Québec avaient jugé
nécessaire de couper les vivres aux mouvements d’Action catholique.
Regarder la situation des laïques dans l’Église du Canada français
comme il leur avait été demandé sans regarder l’ensemble de la
situation et de l’avenir prochain de l’Église d’ici, semblait
impossible pour les commissaires. La Commission a donc élargi son
mandat, regardant l’ensemble de la situation, considérant que le Québec
d’alors se trouvait dans une situation de mouvance et de valeurs à
reconsidérer.
La Commission Dumont a connu une participation du tonnerre : 15
000
participantes et participants dans 23 diocèses du Québec. Elle a
ramassé un matériel considérable et est vite devenue une nouvelle
source d’espérance pour les laïques du Québec. Malheureusement,
les conclusions et les propositions du Rapport, pourtant très
concrètes, n’ont pas fait l’objet de décisions ou de politiques
d’application et ont été très vite, pour la plupart , remisées aux
oubliettes. Une autre grande déception!
Ce ne sont là que deux exemples. D’autres faits pourraient venir dire
que la reconnaissance d’une responsabilité pleine et entière des
baptisés laïques dans la vie de l’Église n’a pas été pris en compte,
comme le recommandait Vatican II. Pensons par exemple à certaines
assemblées d’Église tels que les synodes diocésains, les commissions
d’étude,
les comités spéciaux où plusieurs vœux exprimés sont demeurés lettre
morte.
Vingt ans après Vatican II, à mi-chemin entre le Concile et
aujourd’hui,
un synode des évêques est convoqué à Rome sous le thème La vocation et
la mission des laïques dans l’Église et dans le monde, vingt ans après
Vatican II. Il invite à se remémorer, à éclaircir
certains thèmes
d’actualité et à susciter des énergies nouvelles pour faire grandir
l’Église.
En 1987, deux raisons ont inspiré le thème du synode Vocation et
mission des laïques dans l’Église et dans le monde. Une
raison
intra-ecclésiale : s’interroger sur les fruits de Vatican II et
s’assurer que ces fruits n’atteignent pas qu’une élite mais la
masse. Et une raison extra-ecclésiale : devant l’évolution
rapide
du monde et les nouveaux besoins qu’elle entraîne, provoquer une
nouvelle réflexion pour une évaluation et une relance de ce qui s’était
dit sur les laïques au concile Vatican II.
Les documents de préparation au Synode ne démontraient pas de progrès
marquants sur le Concile ou du moins une forte poussée en avant.
Ils rappelaient les grands documents conciliaires et par la suite,
parlaient en termes de situations problématiques, de défis, de
difficultés qui ont surgi dans une période de transformation rapide et
profonde. Seront nommés comme problèmes nouveaux : les nouvelles
relations clercs/laïques, les associations laïques et leurs liens avec
l’Église, la séparation Église/monde, le désir des laïques d’accéder à
certains ministères ecclésiaux, les rapports clercs/laïcs, la fuite du
monde pour se réfugier dans les choses de l’Église, la spiritualité des
laïques, le développement de la participation démocratique dans la
société qui pousse des laïques à revendiquer le droit à la
participation et le droit à la décision dans l’Église, les communautés
de base versus les communautés paroissiales. Devant l’éventail de tous
ces problèmes, certains laïques ont lancé ce cri du cœur : « Mais
sommes-nous uniquement des problèmes pour l’Église? »
À l’ouverture du Synode, quatre questions seront annoncées comme
majeures : le caractère séculier des laïques, les associations
laïques
et leur rapport avec les pasteurs, les ministères, la vocation et la
mission de la femme.
Les laïques d’ici parlent aux évêques
Pour préparer leurs interventions au Synode, la délégation canadienne
va travailler durant trois ans. Elle va procéder à une vaste
consultation pancanadienne. La délégation canadienne recueillera des
mémoires, recevra 90 groupes de laïques en audience et réunira
une centaine de responsables de groupes ou de mouvements laïques pour
une fin de semaine de discussion.
Le rapport de la grande consultation présenté aux évêques canadiens en
septembre 1987 nous parle des aspirations des laïques de
chez-nous.
Le premier point de convergence
notable : l’ecclésiologie
Les laïques ont rappelé aux évêques et avec beaucoup d’insistance ce
que le Concile avait déclaré :
Conséquemment, les laïques qui se sont exprimés revendiquent l’exercice
d’une coresponsabilité réelle dans les processus d’orientation et de
décision de l’Église. La seule consultation ne semble pas suffire à
combler leurs aspirations. Ils réclament le droit à une prise de
parole pour tout ce qui les concerne, droit au chapitre quand il est
question des enjeux éthiques, sociaux… Les adultes dans la foi se
disent aussi adultes en Église. On aurait souhaité non pas un
synode sur
les laïques, mais un synode des laïques.
Ils rappellent Gaudium et Spes :
« L’Église, est là pour le salut
du
monde. Elle doit être présente au monde et partager les joies,
les espoirs, les tristesses et les angoisses de toute la communauté
humaine que Dieu aime tant ». Elle doit travailler là
où
surgissent des besoins de justice, de paix, de développement et de
libération. Une telle mission ne repose pas entre les mains des seuls
laïques ou des seuls prêtres. Toute la communauté doit être levain dans
la pâte. L’Église doit être un lieu de soutien, de ressourcement
et de
discernement pour que s'accomplisse cette présence au monde.
Alors que les uns parlent d’un laïcat actif dans l’Église, d’autres
soulignent que l’engagement des laïques dans le temporel est moins
évident qu’avant. Les liens entre foi et vie, foi et société, foi
et culture se font difficilement. On a tendance à former des
laïques pour l’Église institution, pour organiser et faire vivre
l’institution. La conscience d’être chargé d’un apostolat dans l’ordre
temporel a diminué de beaucoup avec le recul de l’Action catholique.
Les laïques craignent que les regroupements d’Église se renferment de
plus en plus sur eux-mêmes ou sur l’interne de l’Église et ne
s’intéressent qu’aux pratiquants. On parlera de l’expérience des
différents conseils paroissiaux ou diocésains comme promesse d’avenir
si on parvenait à en faire de véritables conseils, de véritables lieux
de participation et de décision.
En aspirant à vivre et à croître au sein d’une Église communion,
beaucoup espèrent une Église de participation, une Église accueillante.
Ceux et celles qui s’estiment marginalisés par les règles canoniques,
dénoncent le fait qu’ils sont considérés comme des laïques de seconde
zone. L’Église est pressée d’être plus écoutante envers les personnes
qui sont aux prises avec ces réalités. C’est pourquoi elles
réclament le droit de pouvoir s’exprimer lorsque le magistère veut
prendre position sur les situations qu’elles vivent. Elles disent se
sentir frustrées dans une Église froide, impersonnelle et écrasante.
Un second point de convergence :
la condition féminine
De cette commune conception de l’Église naissent quelques
préoccupations majeures. La condition féminine prend une place
importante. Il faut réaffirmer l’égalité fondamentale des hommes et des
femmes en Église et en tirer toutes les conséquences possibles. À
l’unanimité s’ajoutent parfois même la fermeté et l’impatience devant
la lenteur des changements à venir. À la lecture des mémoires, on
constate que des groupes de tous les horizons se font solidaires des
revendications des femmes. Ces dernières sont de trois ordres : le
discours ecclésial, le partage des responsabilités et l’accession aux
ministères.
La place de la femme dans l’Église est d’abord considérée à la lumière
de l’ecclésiologie précédemment esquissée. La dignité baptismale des
enfants de Dieu, de même que la commune mission ecclésiale, sont les
deux arguments qui animent la plus grande part des argumentations,
opinions et recommandations.
Les femmes réclament un droit de parole, particulièrement en des
domaines qui les touchent directement. C'est entre autres le cas
du discours ecclésial portant sur la famille et la sexualité.
Il est fortement souhaité que l’Église proclame une parole prophétique
qui promeut l’égalité de l’homme et de la femme. Cela va jusqu’à
la forme même du langage que l’on veut exempt de sexisme.
Les voix s'unissent aussi pour recommander que soient abolies toutes
les règles, lois et conditions qui interdisent aux femmes l'accès aux
différentes fonctions et responsabilités ecclésiales. Tout doit être
mis en œuvre afin qu'elles puissent accéder à tous les niveaux de
service et de responsabilité de l'Église. De plus, les fonctions
d'enseignement et de gouvernement ne devraient plus être fermées aux
femmes. Enfin, certaines règles - comme l'interdiction qui est faite
aux femmes d'approcher l'autel - qui heurtent de front la dignité
humaine et chrétienne des femmes devraient être révisées sans tarder.
Et la question des ministères, qu’en
est-il ?
Les personnes et les organismes qui ont déposé des mémoires s’attendent
à ce que la délégation canadienne intervienne sur la question de
l'accès des femmes aux ministères ecclésiaux. Voyons de plus près
en quoi consistent les différentes recommandations à ce sujet.
Une certaine part des intervenants et des intervenantes proposent une
approche essentiellement pragmatique. Il s’agirait de confier à
des femmes mandatées le soin de présider certains actes liturgiques qui
sont directement liés à leur tâche pastorale. Ceci concerne
particulièrement les ministères dits « de la Parole »
(proclamation et
prédication) de même que les sacrements du baptême, du mariage et de
l’extrême-onction.
Enfin, quelques mémoires recommandent explicitement que soit étudiée
l'hypothèse selon laquelle des femmes pourraient accéder aux ministères
ordonnés. Plusieurs voix se sont unies pour demander précisément
l'accès des femmes au ministère du diaconat.
De plus, il est à noter qu'un grand nombre d'individus et d'organismes
recommandent que soient levés tous les obstacles qui empêchent les
femmes d'accéder à la totalité des fonctions ecclésiales. Dans
cette perspective, l'ordination est perçue comme la voie d'accès aux
postes de gouvernement dans l'Église, la plupart de ces derniers étant
exclusivement réservés aux ministres ordonnés.
D’autres points d’intérêt importants
D‘autres questions retiennent aussi l’attention tant par leur
pertinence que par l'insistance avec laquelle elles sont
exposées : le
mariage et la famille, les laïques mandatés et les jeunes.
Il s'agit pour les participants des auditions et du sondage, du mariage
et de la famille compris et vécus comme des manifestations spécifiques
de la vocation laïque. Des organismes rappellent que l’appel
particulier au sacrement de mariage engage les laïques dans une
vocation spécifique. Cet engagement donne une couleur particulière à la
vie ecclésiale puisqu’il est porteur de l’expérience conjugale et
familiale. L’apport spécifique et irremplaçable des baptisés mariés
devrait être plus explicitement reconnu par l’assemblée synodale.
Dans un tout autre ordre d'idées, il est question de la place faite
dans l'Église aux laïques mandatés. Est mentionné comme un signe
de progrès, l’arrivée de ces hommes et de ces femmes qui, après des
études en théologie, travaillent comme agents et agentes de pastorale.
Une grande difficulté pour eux : la non-reconnaissance et souvent
la
non-visibilité de ces personnes qui exercent en réalité un ministère
diaconal.
Quant aux laïques en responsabilité pastorale, ils se sont réclamés des
attributs du pasteur puisqu’ils ont charge de rassemblement et
d’orientation des communautés chrétiennes. Plus encore, leur
engagement au service de l’Église prend racine dans une véritable
vocation. Voilà pourquoi ils ont insisté pour que l’accent soit mis sur
la commune mission des pasteurs, qu’ils soient laïques ou
ministres. Aussi veulent-ils participer activement aux prises de
décision qui orientent la vie des Églises diocésaines au service
desquelles ils sont engagés.
Enfin, il est souhaité que l’expérience des laïques rémunérés et
mandatés, largement répandue au Québec, soit prise en compte par le
Synode et qu’elle ne soit pas considérée comme étant exceptionnelle ou
marginale comme c’est le cas dans le Linéamenta
(document préparatoire
au synode).
Les jeunes ont aussi interpellé cette Église qui ne facilite pas
toujours l’expression de la foi. Ils se diront mal à l’aise dans nos
communautés paroissiales et ajouteront : « Ce n’est pas les
principes
qui nous rejoignent, mais le concret ».
Les évêques sous surveillance
Les laïques demanderont avec beaucoup d’insistance aux évêques de
présenter leurs revendications au synode comme ils les ont exprimées et
de leur faire rapport à leur retour. Ils se diront fatigués de parler
pour parler, lassés d’être appelés à la consultation, à la
participation et de n’être pas entendus.
Ils ajouteront qu’ils sont conscients que la tâche n’est pas facile,
mais ils demandent que l’Église, confiante dans l’action de l’Esprit,
sache prendre le risque de la liberté, le risque de faire confiance, le
risque de déléguer et le risque de la collégialité.
Les laïques diront aux évêques qu’ils souhaitent que l’épiscopat du
pays ne les voit pas uniquement en termes de problèmes mais qu’ils se
montrent fiers d’eux, fiers de leur engagement, fiers de leur
autonomie… et qu’ils le disent haut et fort.
En résumé, on peut dire que les personnes et les groupes qui se sont
exprimés étaient soucieux de la place des laïques dans l’Église et
préoccupés de la mission de l’Église.
Ils attendent du Synode non pas une définition de leur spécificité mais
une confirmation de la mission de l’Église dont ils sont activement
participants.
LA DÉLÉGATION CANADIENNE
INTERVIENT À ROME
On peut affirmer sans l’ombre d’un doute que la délégation canadienne a
tenu compte de la consultation faite auprès des laïques. Leurs
interventions en étaient en tous points le reflet.
Mgr Donat Chiasson, archevêque de Moncton a fait porter son
intervention sur « Le peuple de
Dieu, premier sujet de la
mission »[1].
La
dignité et le rôle des laïques n'a plus à s'affirmer en opposition avec
les ministres ordonnés. Si la grâce du baptême précède toute
distinction de charges ou d'offices, alors c'est le peuple des baptisés
qui est le premier sujet du ministère. Il est le premier porteur de la
parole. Il est le premier agent de réconciliation. Il est le premier
artisan de communion. Le sentiment de la commune appartenance à la
famille de Dieu fait peu à peu tomber le mur de séparation entre
laïques et clercs. Il n’y a pas de classes supérieures et de classes
inférieures en Église.
Quant à Mgr Jean-Guy Hamelin, évêque de Rouyn-Noranda, il est
intervenu sur « La
participation des femmes à la vie
ecclésiale »[2].
La
question de la participation des femmes à la vie de l'Église est une
question de toute première importance pour la vie et l'avenir de notre
Église. Il est de notre devoir d’accepter de regarder la réalité,
d’exercer le discernement avec ouverture et ténacité et de reconnaître
et accompagner ce mouvement qui souffle à l'intérieur de notre
Église. Les femmes dans l’Église tiennent la maison mais les
hommes seuls la dirigent. Il va falloir nous laisser interpeller
sérieusement. Nos mentalités, notre pratique et notre discours ne
concordent pas toujours avec les affirmations sur l’égalité que l’on
trouve dans nos déclarations. Il suggère de mettre sur pied des
groupes d’approfondissement sur la question de l’ordination des femmes
ou seraient présents des hommes et des femmes, des pasteurs, des
théologiens et des théologiennes.
Mgr James Hayes, archevêque d’Halifax, insiste dans « Ouvrir les
portes » sur la primauté de la mission. Il demande
d’élargir aux
chrétiens et
aux chrétiennes le mode de participation aux synodes de manière à
associer plus étroitement l’ensemble des baptisés à la définition des
voies d’avenir du peuple de Dieu.
Mgr John Michaël Sherlock, évêque de London, parle du divorce qui existe entre la foi et la culture dans « Foi et culture : faire de la place à l’Évangile ». Il faut entendre la voix des pauvres et des sans pouvoir. Il insiste sur la nécessité des coalitions et de la solidarité. C’est par un processus d’engagement, de discernement et de négociation que l’enseignement social de l’Église devrait s’élaborer.
En bout de
ligne : pas de véritable avancée !
Malgré de nombreuses interventions d’évêques venus des cinq continents
qui réclamaient ouverture et fidélité à Vatican II, on peut dire que,
dans l’ensemble, le Synode n’a rien apporté de très nouveau ou
d’innovateur. À la suite des 230 interventions des évêques, et aux
ateliers qui ont suivi, un texte de 54 propositions a été présenté au
Saint-Père après que les évêques y aient apporté 900 amendements.
Résultat : les évêques se sont difficilement reconnus dans
l’énoncé des
propositions finales. Ces propositions étaient d’ordre très général,
presque des vœux pieux. Les situations nouvelles ou problématiques
n’ont pas été retenues dans leur ensemble par le secrétariat central,
ni appelées à la discussion.
Le Synode a rappelé les grandes déclarations du Concile sur les
laïques. Il a entériné plus que relancé le progrès doctrinal du
Concile. Il a signalé l’existence de certaines lacunes dans la
réflexion théologique actuelle, comme le statut des ministères non liés
au sacrement de l’ordre, la notion de la sécularité spécifique à l’état
laïque, de la dualité des sexes dans l’histoire du salut et dans la vie
de l’Église.
Les mouvements ont été l’objet d’une confrontation vigoureuse entre
deux approches : mouvements traditionnels ou mouvements
nouveaux.
Quels sont les liens qui doivent exister entre ces mouvements et les
épiscopats ? Qui a autorité sur les mouvements ? Le pape ? Les
évêques du lieu ? Peuvent-ils s’implanter quand et où ils le veulent
? L’inquiétude provenait de mouvements de spiritualité qui
essaiment d’un pays à l’autre. Selon certains, les nouveaux mouvements
stimulent les institutions d’Église, mais ils suscitent aussi des
appréhensions. Ils réconfortent l’institution, mais ne s’engagent pas
dans la culture des gens.
Réaction des laïques au rapport des
évêques
À leur retour de Rome, les évêques de la délégation canadienne ont tenu
parole et ont fait rapport de leur mission tel que promis.
Ils vont dire que le Synode a été une expérience éclairante à cause de
la consultation faite ici au pays. Éclairante aussi parce
qu’à Rome, ils ont pu être à l’écoute de ce qui se vit aux quatre coins
du monde. Ils parleront d’une expérience éprouvante et
décevante parce que le mode de travail est lent et lourd et que
l’organisation du Synode est apparue trop peu apte à ressaisir la
richesse de la vie des Églises locales. Les questions chaudes ou
controversées sont éliminées du débat et du vote final. Ils diront
avoir ressenti un sentiment d’impuissance ou d’inefficacité tout
au long du Synode.
Devant le rapport des évêques, les laïques ont de nouveau
manifesté une grande impatience en revendiquant des changements
concrets chez nous si ce n’est pas possible à l’échelle de l’Église
universelle. Ils se sont dits fatigués des prises de paroles sans
lendemain ainsi que des consultations inutiles.
Ils iront même jusqu’à suggérer que l’Assemblée des évêques du
Québec devienne l’Assemblée de l’Église catholique du Québec où,
ensemble, chez nous, évêques, prêtres et laïques en poste de
responsabilité seraient partenaires dans la prise en charge de
leur Église. Ils réclament de vraies assemblées d’Église.
Revenaient sans cesse les mots : fatigue, exaspération,
colère,
responsabilité pastorale partagée, décentralisation, dialogue,
consultation permanente, décision partagée. Il est même arrivé que le
slogan « Maître chez nous »
mis de l’avant par un certain
parti
politique au Québec, soit cité par quelques laïques, l’Église devant
s’en inspirer.
Une fois de plus, force a été de constater que certaines assemblées
d’Église ressemblent à des mobiles. Si le vent se fait sentir, le
mobile s’agite du bas jusqu’en haut. Toutes les pièces deviennent en
action. Les pièces du bas sont durement ébranlées alors que les
pièces du haut gardent une certaine stabilité. Ça bouge pour un temps
plus ou moins long selon la bourrasque. La secousse passée, le calme
revient doucement à partir du haut et progressivement vers
le bas. L’inertie s’installe à nouveau en attente de la prochaine
tempête.
On peut dire que, pour nous laïques, le Concile a été un moment de
renouveau spirituel. Il a été un grand événement en développant une
vision moins cléricale et plus horizontale de l’Église, en nous liant
et en nous unissant de plein droit à la mission de l’Église.
Il est certain que ces passages que l’on a cités au départ, ces
nouvelles visées, ces changements ne pouvaient pas se réaliser
uniquement à grands coups de déclarations ou d’énoncés de principes. Il
fallait s’attendre à des longueurs, à des contestations, à des
peurs et à des résistances dans la mise en œuvre de ce grand
projet d’Église. Il fallait s’attendre à vivre des
bouleversements dans le concret même de la vie de l’Église.
Ce renouveau applaudi par les uns supposait une véritable
conversion chez les autres. Il exigeait une nouvelle vision de
l’Église, de nouveaux comportements et de nouvelles pratiques en
Église. C’était vrai pour les chrétiens ordinaires que nous
sommes, c’était tout aussi vrai pour les gens de la hiérarchie.
Nous savons très bien qu’il y a mille et une façons d’appliquer
les freins : il y a le débat, la confrontation, la résistance. Il
y a
aussi le silence, l’inertie… et le temps, le fameux temps
qui, dit-on, finit par tout arranger. Certaines personnes en
Église sont expertes dans ces stratégies de résistances. Des barrières
de toutes sortes risquent de nous rendre la vie difficile, de contrer
tout désir de changement; des barrières structurelles, des
barrières imposées par des autorités, des barrières venant de
chrétiennes
et de chrétiens plus conservateurs et des barrières qui se
trouvent bien cachées à l’intérieur de chacun de nous.
Le Concile nous a indiqué les chemins à parcourir pour faire de
l’Église une vraie communion où tous les chrétiens et chrétiennes sont
responsables de leur baptême et de l’annonce de la Bonne Nouvelle du
Christ ressuscité. Le peuple de Dieu n’a pas fini de faire mémoire de
Vatican II, ni d’en épuiser les ressources.
Par rapport à toute la force de renouveau portée par Vatican II et le
triste constat actuel de retour au conservatisme, à un pouvoir central
fort et puissant, où trouver, où percevoir un filon d’espérance ?
Difficile pour l’heure d’entrevoir la réalisation du rêve d’une Église
centrée sur le développement de la personne dans sa soif de
spiritualité et de transcendance, du rêve d’une Église peuple de Dieu
tout entière ministérielle.
Difficile de voir une Église ouverte au monde, accueillante et
confiante dans la solidité de sa doctrine, capable de valoriser tout ce
que le Créateur a mis de force en nous et non pas une Église
autoritaire, patriarcale, repliée sur elle-même, dépassée, enfermée
comme dans un ghetto et écrasée par la tradition.
Les requêtes des laïques ont souvent été l’occasion de crises
successives, une situation de cul-de-sac pour une participation à part
entière, et que dire de la participation pleine et entière des femmes.
Sevré de rites et de liturgie en perte de connexion significative, le
peuple de Dieu d’ici a davantage tendance à se dire chrétien à l’écoute
de sa conscience, et de moins en moins catholique, appartenant à une
communauté.
Voyons-nous des signes d’espérance véritables ou nous
berçons-nous d’illusion face à certaines pousses nouvelles qui pointent
ici ou là ? Comment exercer un bon discernement ? Les
nouveaux
mouvements invitent-ils à
devenir sel de la terre et lumière pour
le monde ? Les mouvements les plus engagés se situent
souvent en
marge de l’Église et prennent une certaine distance avec
l’institution. Fernand Jolicoeur, syndicaliste et ex-dirigeant
d’Action catholique, disait
Le rapport de la commission Justice et Foi au diocèse de Québec en 1984
décrivait le profil de nos communautés chrétiennes. Aujourd’hui, nous
pourrions en venir aux mêmes conclusions , faire le même constat. On
entendrait encore de nombreux laïques nous dire qu’ils se sentent de
l’Église ou qu’ils travaillent en Église, lorsque collés aux
rassemblements liturgiques, à l’éducation de la foi, ou encore
liés aux mouvements de spiritualité qui sont pour leurs membres des
lieux de fraternité et de ressourcement. De façon tout aussi
exclusive, l’implication sociale, le travail pour le bien commun, la
paix, la justice relèveraient des groupes sociaux et ce, sans référence
avec la foi chrétienne. Autrement dit, les chrétiens et les
chrétiennes travaillant dans ces groupes, ne réalisent souvent
pas, que ce faisant, ils vivent l’Évangile et sont fidèles à
l’enseignement social de l’Église.
Dans l’Église, nous avons développé un nouveau langage; la
réalité n’a cependant pas changé pour autant. On a d’abord défini les
laïques par la négative : ceux et celles qui ne sont pas prêtres.
En
Action catholique, on a fait d’eux des collaborateurs et des
collaboratrices du prêtre. Après le Concile, l’expression
coresponsabilité a fait son apparition pour décrire la communion qui
doit exister entre prêtres et laïques. Aujourd’hui, s’inscrivant dans
la même foulée, nous parlons de partenariat alors que nous savons très
bien que la culture partenariale ne peut se marier avec la culture
patriarcale.
Retour à la liberté et à l’optimisme
de Vatican II
Depuis le Concile, notre monde a continué de bouger, d’évoluer sur les
plans économique, politique, social et culturel. Les croyances
sont remises en question par l’analyse de sciences, les idées se
transmettent à la vitesse de l’éclair. L’Église et le monde passent par
des phases de conscientisation planétaire. Notre époque se pose
des questions les plus fondamentales sur la vie, la mort, sur la
spiritualité… pas toujours explicitement mais souvent de façon
sous-jacente.
Par Vatican II, le vent de l’Esprit a nourri l’espérance et tracé
l’itinéraire pour une Église revivifiée. Le souvenir de ce mémorable
Concile doit demeurer une référence dans l’esprit des chrétiens
d’aujourd’hui. C’est plus qu’une nébuleuse, c’est toujours un projet.
Une urgence se fait de plus en plus criante pour amorcer sa
réalisation. L’Église est toujours à construire. Elle ne peut pas être
une institution installée dans ses certitudes. Et si nous croyons
vraiment que l’Église c’est nous, nous devons tous et toutes nous
mettre à l’ouvrage.
Il nous faut retrouver la liberté et l’optimisme du Concile, en y
retournant le plus souvent possible. Si seulement on s’efforçait
de revoir et de mettre en application les propositions votées
dans nos grandes assemblées d’Église, on serait déjà sur une bonne
voie. Il faut revisiter ces événements importants d’Église. Il y
a là une mine d’or de réflexion et d’actions possibles pour
aujourd’hui. À nous d’y puiser, de nous en nourrir et
d’agir. L’avenir est entre les mains de ceux et de celles qui
font l’Église aujourd’hui.
Le 15 mai 2009.
NOTES
[1] http://femmes-ministeres.org/documents/eveques/1987_Chiasson_Donat.htmlSite du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
Consulté
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