En
octobre 1987, lors du synode des évêques à Rome sur «
Vocation et mission des fidèles laïcs dans l’Église et dans le monde
vingt ans après Vatican II », Mgr Jean-Guy Hamelin, évêque de
Rouyn-Noranda, au nom de la Conférence des évêques du Canada, a fait
porter son intervention sur la participation des femmes à la vie de
l’Église.
La participation des femmes à la vie de l'Église
- par Mgr Jean-Guy Hamelin
SOMMAIRE
La question de la participation des femmes à la vie de l'Église est une
question de toute première importance pour la vie et l'avenir de notre
Église.
Un premier devoir : accepter de regarder la réalité. Le
mouvement
d'affirmation des femmes constitue un fait marquant de l’évolution
sociale actuelle un « signe des temps » (Jean XXIII).
Un second devoir : exercer le discernement. Ce mouvement
véhicule des
germes d'humanisation de la société, mais il comporte aussi des risques
de dérivés. Nous sommes au beau milieu d'un effort collectif de
discernement à poursuivre avec ouverture et ténacité.
Un autre devoir : reconnaître et accompagner ce mouvement qui
souffle à
l'intérieur de notre Église.
À cette fin, il faut ouvrir des pistes concrètes :
• appeler et reconnaître la contribution
des femmes chrétiennes aux débats vitaux de la société : paix,
bioéthique, violence, famille, etc.;
• appeler et reconnaître en fait et en
droit la pleine participation des femmes à la vie ecclésiale. Leur voix
est essentielle à la sacramentalité de l'Église et à son témoignage;
• lever les obstacles canoniques qui
bloquent l'accès des laïques à des postes qui n'exigent pas
l'ordination (conseils pastoraux, tribunaux, etc.);
• abroger les règles qui écartent les
femmes du service de l'autel et ouvrir les ministères de l'acolytat et
du lectorat aux femmes.
De la consultation préparatoire, il résulte que la question de l'accès
des femmes aux ministères ordonnés demeure controversée. On constate
que
les arguments utilisés jusqu'ici pour limiter l'ordination aux hommes
arrivent mal à convaincre particulièrement les jeunes. Il est suggéré
de mettre sur pied dans les Églises particulières des groupes
d'approfondissement de cette question rassemblant des hommes, des
femmes, des pasteurs théologiens et théologiennes.
L'accès au diaconat pourrait représenter un cas particulier. Ne
pourrait-on pas reconnaître la diaconie des femmes présentes depuis des
siècles à la misère et au service quotidien (foyer, écoles, hôpitaux,
missions, etc.) ?
La pleine participation des femmes n'est pas une exigence nouvelle.
C'est l'intuition de la Genèse. Il n'y a pas d'humanité selon le coeur
de Dieu sans l'alliance de l'homme et de la femme.
LA PARTICIPATION DES FEMMES A LA VIE DE L'ÉGLISE
Le Canada doit son origine à des hommes et des femmes qui ont ensemble
bâti un nouveau monde à la fois un pays et une Église. Les femmes y
furent notamment à l'avant-plan des institutions qui marquèrent le
destin de la colonie d'alors. Ce trait historique sert à comprendre
l'intérêt que l'Épiscopat canadien porte depuis longtemps à la place
des femmes dans la société et dans l'Église.
Une question urgente
Je parle ici au nom de la Conférence des évêques catholiques du Canada
et je veux souligner la participation des femmes à la vie de l'Église.
C'est une question urgente. Les chrétiens et les chrétiennes de nos
diocèses nous l'ont fortement souligné lors des consultations
préparatoires. Notre délégation a d'ailleurs déjà beaucoup insisté sur
ce point lors des assises de 1971, 1980 et 1983. Cette question reprise
ici dans le mot d'ouverture et dans de nombreuses interventions demeure
une question de toute première importance pour la vie et l'avenir de
notre Église. C'est pourquoi, nous voulons y ajouter encore une fois
notre voix.
Osons le reconnaître, il existe un contraste évident entre la condition
féminine dans la société et dans l'Église. Certes, il y a encore des
barrières psychologiques, sociologiques et culturelles à surmonter pour
que les femmes participent pleinement à la vie de la société civile
mais, les obstacles juridiques ont été levés et en principe les femmes
peuvent avoir accès à toutes les responsabilités et à tous les métiers
et services. Dans l'Église aussi la participation des femmes est
beaucoup développée. Mais des champs de responsabilités et de services
leur restent fermés – tout comme aux laïques masculins – et le
ministère ordonné auquel est rattachée la juridiction leur est
inaccessible. Ce contraste entre la société et l'Église est de plus en
plus apparent et de plus en plus contesté. Pour les jeunes notamment
cette situation est difficilement explicable.
Il va falloir nous laisser interpeller sérieusement par cette situation
et consentir à certains redressements. Reconnaissons le, nos
mentalités, notre pratique et notre discours ne concordent pas toujours
avec les affirmations sur l'égalité que l'on trouve dans nos
déclarations.
Un premier devoir s'impose : accepter de regarder la réalité. Le
mouvement d'affirmation des femmes avec ses forces et ses limites
constitue incontestablement un des faits marquants de l'évolution
sociale actuelle. Jean XXIII dans
Pacem in
Terris invitait à y voir un
« signe des temps ». Ne sommes-nous pas devant un fait de civilisation
majeur ? Comme la révolution industrielle au siècle dernier.
Un second devoir s'impose : exercer le discernement. Le
mouvement
d'affirmation des femmes véhicule des germes précieux pour
l'humanisation de la société et comporte aussi des risques de dérivés.
Nous sommes au beau milieu d'un effort collectif de discernement dans
la société et dans l'Église. Il importe de le poursuivre avec ouverture
et ténacité en tirant profit même des tensions et des divergences
d'interprétation parmi nous.
Ajoutons un troisième devoir : reconnaître et accompagner avec
confiance ce mouvement qui souffle à l'intérieur même de notre Église.
Il cherche à rejoindre le sens de l'attitude de Jésus à l'égard des
femmes. Il n'est pas étranger croyons-nous au travail de
l'Esprit en train de faire toutes choses nouvelles. Il nous paraît que
le mouvement des femmes dans l'Église canadienne se développe dans une
perspective de justice, de dignité de partenariat. C'est au nom de leur
baptême comme filles et fils de Dieu que des femmes et des hommes
travaillent pour que toute espèce de discrimination disparaisse. Ce
n'est pas une mode passagère, il s'agit pour eux de la fidélité à
l'évangile libérateur du Christ ressuscité.
Aux niveaux de notre conférence épiscopale, des conférences régionales
et des diocèses, nous avons engagé de sérieuses démarches de
consultation et de dialogue avec les femmes. Le dialogue continue, nous
voulons l'élargir. Des réticences et des résistances se manifestent
dans les rangs des baptisés, dans la structure ecclésiale parmi les
femmes elles-mêmes. Ces tensions sont en partie inévitables. Il faut
les accepter sans rompre la communion. Ne sont-elles pas aussi occasion
de croissance dans la recherche de la vérité ?
Il faut aussi prendre acte du fait que les femmes forment la majorité
des laïques engagés en Église. Elles sont présentes partout dans la vie
ecclésiale courante mais absentes des postes de décision et exclues du
ministère ordonné. Elles tiennent la maison pour ainsi dire, mais les
hommes seuls dirigent. Dans notre contexte culturel, cette situation
est de moins en moins acceptable. Si l'on ne recherche pas activement
des moyens d'assurer une représentation équitable des femmes et des
hommes à tous les niveaux de la vie ecclésiale, c'est la crédibilité
même de l'Église qui sera atteinte.
Ouvrir des pistes concrètes
Le temps n'est plus aux souhaits, il faut passer aux gestes concrets
Il nous faut d'abord appeler et reconnaître la contribution des femmes
de nos communautés chrétiennes aux débats vitaux de la société. Des
femmes célibataires, mariées, religieuses tracent déjà de larges
sillons dans de nombreux domaines : questions de défense des droits, de
bioéthique, de justice, de paix, de politique sociale, de famille,
d'éducation, etc.
Il faut également appeler et reconnaître en fait et en droit la pleine
participation des femmes à la vie ecclésiale. Notons que les femmes
furent étroitement associées au témoignage de la première communauté :
Marie est au départ des signes évangéliques (Jn 2) ; la Samaritaine est
la première à annoncer le Christ (Jn 4) ; Marie de Magdala, la première
à annoncer le Ressuscité (Jn 16). C'est dire que la voix des femmes est
essentielle à la sacramentalité de l'Église et au témoignage qu'elle
est chargée de porter.
Il faut lever les obstacles canoniques qui bloquent l'accès des
laïques, et partant des femmes à des postes de responsabilité qui
n'exigent pas l'ordination. Citons la présidence des conseils
paroissiaux de pastorale, la présidence des tribunaux matrimoniaux, des
fonctions de chancellerie et d'administration, etc. Il importe qu'on
ouvre ainsi des champs de responsabilité pastorale réelle avec
l'autorité qu'elle commande.
Il faut abroger les règles qui écartent les femmes du service de
l'autel et rendre les ministères institués de l'acolytat et du lectorat
accessibles aux femmes comme aux hommes.
La question de l'accession des femmes aux ministères ordonnés demeure
controversée dans nos communautés. Elle soulève de nombreuses
interrogations favorables et défavorables.
Nous savons que ce Synode sur les laïques n'est pas le lieu de traiter
expressément de cette question. Mais nous ne pouvons pas ne pas
souligner dans cette assemblée que les arguments utilisés jusqu'ici
pour réserver le ministère ordonné aux hommes arrivent mal à convaincre
les jeunes notamment. Sur ce sujet comme sur d'autres, nous avons
besoin d'écouter l'Esprit qui parle au peuple des baptisés le sensus
fidelium. C'est pourquoi, nous proposons que dans les Églises
particulières intéressées, on mette sur pied des groupes
d'approfondissement où seraient présents des hommes et des femmes, des
pasteurs, des théologiens et des théologiennes.
L'accès au diaconat permanent pourrait représenter un cas particulier.
Il n'a pas toujours été réservé aux hommes. Son rétablissement est
récent. Il est axé avant tout sur le service. Ne pourrait-on pas
reconnaître la diaconie des femmes présentes depuis des siècles à la
misère et au service quotidien, au foyer, à l'école, dans les hôpitaux,
dans les missions, dans tout ce qu'il y a d'entreprises bénévoles ?
Conclusion
Terminons par un rappel. La pleine participation des femmes à la vie en
Église et à la vie en société ne constitue pas en soi une exigence
nouvelle. C'est l'intuition originelle de la Genèse. Il n'y a pas
d'humanité selon le cœur de Dieu sans l'apport irremplaçable et
l'alliance de l'homme et de la femme.
Mgr Jean-Guy Hamelin, évêque de Rouyn-Noranda
Le 9 octobre 1987
Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
Consulté
le