Du 25 novembre au 8
décembre Jean Paul II convoque
un synode extraordinaire sous le thème Le vingtième
anniversaire de la conclusion du Concile Vatican II. Mgr
Bernard Hubert, évêque de Saint Jean-Longueuil y participait à titre de
président de la Conférence des évêques du Canada. Voici le
contenu de son intervention.
Les ministères dans une Église communion
- par Mgr
Bernard Hubert
Dans sa convocation de la deuxième assemblée du Synode extraordinaire
des évêques, le Pape Jean-Paul II nous a indiqué qu'un de ses objectifs
était de permettre aux pères synodaux d'échanger et d'approfondir des
expériences touchant l'application du Concile au niveau de l'Église
universelle et des Églises particulières. Répondant à cet .appel, nous
désirons vous faire part de l'expérience que l'Église du Canada connaît
dans la pratique des ministères et vous indiquer certains discernements
que nous commençons à vivre. Nous comptons profiter de la réflexion des
pères du Synode et de la connaissance des expériences conduites dans
différents pays.
Tout au long du XXe siècle, notre pays a connu un grand nombre de
vocations au presbytérat et à la vie consacrée. Nous avons partagé une
dizaine de milliers de prêtres, de religieuses et de religieux avec des
Églises-sœurs un peu partout dans le monde. Aujourd'hui, les ministres
ordonnés ont beaucoup diminué en nombre. Nous continuons cependant à
faire une vigoureuse pastorale des vocations. Nous rappelons
fréquemment le spécifique du ministère presbytéral et sa contribution
irremplaçable dans la vie des communautés chrétiennes. Toutefois, en
même temps que les vocations presbytérales se raréfient, se présentent
à nous plusieurs laïques, hommes et femmes, désireux de participer au
service pastoral de l'Église.
Une des suites les plus remarquables du Concile, en effet, a été
l'engagement de nombreux laïques dans l'action pastorale de l'Église et
dans le service du monde. Des hommes et des femmes ont reçu, comme un
nouveau souffle, la réaffirmation par le Concile que l'Église est le
peuple de. Dieu. Ils ont pris conscience de la grandeur de leur baptême
qui les rend participants de la fonction sacerdotale, prophétique et
royale du Christ. Découvrant qu'ils sont l'Église, ils donnent de leur
temps et de leur personne pour en faire une communauté fraternelle,
engagée et célébrante. À l'écoute de l'Évangile, ils se mettent au
service de la mission.
Une part de ces baptisés se retrouvent dans leur mission propre de
laïques, telle que définie par Paul VI dans
Evangelii
Nuntiandi, no 70.
Ils assument la responsabilité de porter le témoignage du Christ et
l'invitation au salut dans les divers milieux de vie. D'autres ont
plutôt choisi de rendre service dans les communautés chrétiennes (en
73). Ils y accomplissent différentes tâches. Pour bien remplir ces
actions, beaucoup de religieux, de religieuses, de laïques femmes et
hommes ont acquis une formation qui parfois s'étend sur plusieurs
années. À côté d'engagements bénévoles et limités, se sont multipliés
les engagements rémunérés de plusieurs agents de pastorale qui
travaillent à plein temps en Église.
On peut dire qu'un grand nombre de ces laïques, « permanents ou
bénévoles », exercent un véritable ministère qu'il nous reste bien
souvent à qualifier mais dont nous reconnaissons la richesse. L'Église
ne peut se passer de ces engagements sans mettre en cause la
vitalité des communautés chrétiennes et la réalisation de sa mission,
en particulier si la tendance se confirme de compter sur les groupes
restreints et les communautés à taille humaine pour l'éducation de la
foi, la révision de l'engagement et la célébration.
Jusqu'ici, les évêques du Canada ont reconnu certains ministères soit
en accordant des mandats spécifiques, soit en organisant des cérémonies
d'envoi et d'engagement au sein même des communautés dans lesquelles
les gens oeuvrent, soit en admettant des laïques aux ministères
institués du lectorat et de l'acolytat ou encore au ministère du
diaconat. Ces diverses formes de reconnaissance tiennent compte à la
fois de la sensibilité contemporaine, de l'importance et de la durée de
l'engagement ainsi que des limites inhérentes à la gestion des
ministères institués en Église.
Il nous faut noter ici que ces ministères sont exercés dans les faits
par un grand nombre de femmes, sinon une majorité. Elles sont présentes
particulièrement dans les tâches d'éducation de la foi, d'animation des
communautés, d'animation spirituelle, d'animation pastorale de
mouvements et d'institution scolaire ou hospitalière. L'Église a besoin
d'elles concrètement, elles sont souvent des chevilles
ouvrières au sein de nos communautés. L'Église, pour être
conséquente, devrait reconnaître ces ministères.
Lorsque nous évaluons l'expérience vécue au Canada, nous constatons que
certaines formes de ministères exercées par les laïques au sein des
communautés, apparaissent plus ou moins comme des expressions d'une
recherche d'un nouveau mode d'exercice du presbytérat. Cela n'est pas
fait consciemment, mais les besoins des communautés, la qualité, la
compétence et le leadership des personnes ont amené des situations de
faits qui nous interpellent.
Ceci exige des efforts indispensables pour clarifier le sens du
ministère ordonné et des ministères baptismaux. Cette recherche, tenant
compte de la tradition, ne doit jamais se faire au détriment de
l'engagement responsable du plus grand nombre possible de chrétiens
dans la vie de l'Église. Il faut aussi la mener dans le cadre d'une
réflexion théologique qui n'oublie pas la nature communionnelle de
l'Église et les conséquences qui en découlent. L'articulation du
ministère ordonné et des ministères baptismaux sera d'autant plus
harmonieuse qu'elle ne cherchera pas d'abord une spécificité
distinguant deux catégories de gens avec tout ce que cela comporte,
mais qu'elle visera la meilleure réalisation possible de la mission
confiée par le Christ à son Église.
Nous sommes bien conscients de l'ampleur des problèmes que
nous soulevons aujourd'hui. Nous ne pouvons taire une réalité que nous
ne sommes pas les seuls à vivre. Nous ne cherchons aucunement la
polémique, mais nous tenons à souligner que dans la recherche que
l'Église mènera sur l'ensemble de ces questions, il faudra rester
ouvert à l'action de l'Esprit et tenir compte des pratiques des
différentes Églises particulières, pratiques bien souvent initiées par
les Églises-sœurs d' Afrique et d'Amérique latine. De même, nous
considérons que ces questions du ministère soulèvent, celles de
l’ecclésiologie. Elles doivent être en continuelle relation.
L'émergence de nouveaux agents pastoraux dans l'Église ne se fait pas
dans la dévalorisation des prêtres. Au contraire, ceux-ci ont permis,
par leur accueil et leur collaboration, à des laïques d'assumer des
responsabilités pastorales et de répondre à d'importants besoins
d'animation, dans les communautés. Cela a favorisé; aussi, le passage
d'une Église reposant principalement sur des clercs à une Église ou la
coresponsabilité, avec l’aide du Seigneur, bâtit la communion. Nous
remercions les prêtres pour leur ouverture au travail de l'Esprit Saint
et leur adaptation, parfois difficile, au rôle nouveau mais toujours
essentiel qu'ils sont appelés à jouer dans une Église communion. Nous
comptons sur eux pour aménager les services du ministère dans les
communautés chrétiennes. Ce sont eux qui permettront à l'Église de
devenir ce qu'elle est, c'est-à-dire une communion de personnes vivant
le mystère de Dieu en la personne de Jésus le Christ, dans l'Esprit
Saint.
Enfin, en résumé, les questions que nous vous partageons, au terme de
ce survol, sont les suivantes : quels ministères, pour quelle Église ?
Quel type d'articulation des ministères dans une Église communion ?
Mgr Bernard Hubert
Évêque de Saint-Jean-Longueuil, président de la Conférence des évêques
catholiques du Canada
Rome, le 29 novembre 1985
Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
Consulté
le