Le 7 décembre 1981, Mgr Bernard Hubert, évêque de St-Jean-Longueuil, publiait une lettre pastorale sous le titre « Une complémentarité réciproque». En 1981, alors qu’il était président du comité des affaires sociales de l’Assemblée des évêques du Québec, Mgr Hubert invitait chaque diocèse du Québec à désigner une répondante à la condition féminine. Dans sa lettre du 21 avril 1981 Mgr Hubert dira : « Depuis un an, le dossier de la condition des femmes dans l’Église et la société est un des dossiers prioritaires du Comité des affaires sociales ».
UNE COMPLÉMENTARITÉ RÉCIPROQUE
1. En 1982, le Conseil diocésain de la
pastorale du diocèse de Saint-Jean-Longueuil me présentait six
recommandations concernant la condition des femmes dans notre milieu.
Entre autres, on me demandait de publier une lettre pastorale sur ce
sujet. Était-ce pour souscrire à la mode du temps qui fait du féminisme
une question d’avant-garde ? Y a-t-il chez nous des problèmes à cet
égard qui justifient semblable intervention ? Pourquoi un évêque
prend-il la parole sur la condition des femmes dans l’Église et la
société quand son rôle prophétique doit consister en l’annonce de
Jésus-Christ ?
2. Il est évident que la recherche d’un
nouvel équilibre entre femmes et hommes dans l’Église et la société
constitue aujourd’hui un « point chaud ». Dans un monde sensible aux
droits humains, l’égalité entre femmes et hommes est perçue comme une
exigence fondamentale de la vie en société. Pour les chrétiens, il va
de soi que le Royaume de Dieu abolit toute domination d’un groupe sur
un autre puisque dans l’unité vécue en Jésus-Christ « il n’y a plus ni
Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus
l’homme et la femme[1]
». Pourtant, cette recherche est
réalisée dans
l’ambiguïté et le conflit. Pour certains, elle menace inutilement
l’ordre existant et la sécurité des familles. Pour d’autres, elle est
promesse de renouveau social et source d’espérance pour l’Église. Un
chrétien ne peut rester indifférent à la dynamique sociale exprimée
sous le nom de « la condition féminine » car le Règne de Dieu y est
impliqué.
3. Souvent, le féminisme est reçu et jugé
comme un phénomène global. On est pour ou contre. Si l’on veut saisir
les richesses et les possibilités de ce mouvement, comme ses lacunes et
ses limites, il importe de l’accueillir et de le comprendre dans ses
manifestations locales et ses coordonnées vitales. Aussi, la présente
lettre pastorale cherche à établir, pour les diocésains de
Saint-Jean-Longueuil, une description de ce phénomène dans notre
milieu, une réflexion sur la place que devrait avoir la femme dans
l’Église et la société, des orientations pastorales pour la vie
diocésaine. Comme évêque, je m’adresse à tous les diocésains car femmes
et hommes, adultes et jeunes, pasteurs et autres fidèles sont concernés
par cette question. Mais, en écrivant cette lettre, je pense
particulièrement aux femmes intéressées de manière active à la
condition féminine; je veux me situer dans des attitudes de solidarité
et de dialogue avec elles.
I.
La situation des
femmes dans nos milieux social et ecclésial
4. Le discours des femmes concernant leur
liberté personnelle et leur rôle social est multiple. J’entends souvent
des propos nuancés et circonstanciés par rapport à certaines
inégalités. Je constate que, malheureusement, ces messages ont peu
d’impact dans le champ de conscience de la plupart des gens. Ce qui est
habituellement retenu, ce sont les revendications virulentes. Droit à
disposer librement de son corps. Droit à l’ordination dans l’Église.
Accès à tous les rôles dans toute société. Libération de toute
obligation. L’impression gardée par plusieurs est que le féminisme
soutient que les femmes de chez nous ont été longtemps muselées,
maintenues dans la dépendance, exclues du domaine public. Est-ce
vraiment là ce qui préoccupe les femmes dans leurs luttes actuelles ?
Surtout, est-ce là la situation réelle vécue par les femmes dans nos
milieux social et ecclésial d’hier et d’aujourd’hui?
5. Jusqu’à ce jour, les historiens ont
presque toujours reflété la vie des sociétés à partir de l’action des
hommes. On dit régulièrement que l’histoire est écrite au masculin. Il
n’est pas étonnant que la contribution des femmes à la vie des sociétés
apparaisse problématique. Nous avons analysé le passé comme si les
femmes avaient été exclues des rôles importants. L’histoire du même
milieu écrite au féminin change ces dires et ces apparences. À ce
propos, le travail de quatre historiennes regroupées dans le Collectif
Clio publié en 1982, sous le titre « Histoire des femmes au Québec
depuis quatre siècles[2]
», montre clairement que notre
société a été
animée autant par des femmes que par des hommes.
6. Pour ce qui est de notre milieu, nous
évoquons avec fierté l’œuvre d’éducatrices telles que Marguerite
Bourgeoys, Marie-Rose Durocher et les membres de leur groupe respectif,
ou encore le travail social accompli par Marguerite d’Youville et ses
filles ou Marie Gérin-Lajoie et les siennes. Sur le plan civil,
l’histoire locale garde la mémoire de ce qu’ont accompli la baronne de
Longueuil, les Jeanne Crevier, Mélodie Dufresne, Joséphine
Marchand-Dandurand, Bernadette Morin-Guérette, Antoinette Robidoux,
Simone Monet-Chartrand et autres femmes de leur trempe. Cela ne
signifie pas que dans l’histoire du Québec il y eut une égalité
hommes-femmes telle qu’on l’entend maintenant. La vie de la famille,
l’organisation du travail et les mentalités du temps ont façonné des
rôles stéréotypés pour l’homme et la femme dans une société
traditionnelle. Ces modèles sont aujourd’hui déphasés mais ils ont
permis à des milliers de femmes de contribuer généreusement à
l’émergence d’un peuple et, malgré l’âpreté de leur vie, de chercher
avec fierté à s’épanouir. Chez les femmes des générations passées, la
qualité de leur langue parlée, témoin de la personne, le donne tout au
moins à le penser.
7. De nos jours encore, des femmes jouent
un rôle social éminemment important. À l’occasion des visites
pastorales, je constate régulièrement qu’un nombre fort élevé de femmes
appartiennent à des associations féminines très engagées socialement.
En rencontrant les comités d’écoles, je vois parmi les membres une
majorité de femmes qui n’en sont plus à déplorer que les maris laissent
la responsabilité de l’éducation aux épouses mais qui travaillent avec
compétence et sérieux au projet éducatif de l’école. D’ailleurs, les
conseils scolaires ont vu apparaître ces dernières années des femmes
qui s’étaient préparées à la tâche de commissaire dans un comité
d’école. Le monde jadis masculin des Caisses populaires et des PME
accueille progressivement des femmes dans les responsabilités
administratives.
8. Dans notre milieu, plusieurs groupes
de femmes se sont formés pour répondre aux besoins de leurs semblables
qui étaient socialement isolées, méprisées ou battues. Qu’il s’agisse
de maisons de transition ou d’hébergement temporaire, que l’on parle de
regroupements féminins venant en aide à d’autres femmes, je constate
que la situation dramatique de certaines femmes donne lieu à des luttes
humaines remarquables et à des initiatives exemplaires d’entraide, de
dignité et de solidarité. Ces œuvres sont souvent séculières. Elles
sont ouvertes à toutes les femmes, sans discrimination de religion, de
couleur ou d’idéologie. Dans le respect de leur autonomie, j’y vois
l’œuvre de l’Esprit de Dieu et une contribution valable au Règne du
Christ.
9. L’Église connaît-elle une évolution
semblable ? Parce que les femmes n’ont pas accès au ministère ordonné,
on dit parfois que l’Église retarde sur la société concernant la
promotion de la femme. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette
question plus loin. En nous limitant à l’Église particulière qui nous
concerne, vous et moi, je voudrais relever certaines initiatives
locales qui illustrent la présence féconde et rayonnante des femmes
dans notre diocèse. En premier lieu, il faut dire que quelques-uns des
projets énumérés au paragraphe précèdent ont vu le jour grâce à la
collaboration de chrétiennes qui y œuvraient au nom de leur foi en
Jésus-Christ. Comme évêque, j’ai eu la joie, à plusieurs reprises, soit
d’appuyer de tels projets, soit de dire à leurs responsables mon
admiration et ma solidarité. D’ailleurs, je souhaite que l’Église ait
le souci de se bâtir en lien avec de telles réalisations. C’est en
effet au cœur des besoins humains que le Christ nous adresse sa Parole
et qu’il nous faut chercher Dieu, le prier et implanter l’Église.
10. En second lieu, je rappelle que la
théologie n’est plus un savoir réservé aux hommes. Notre diocèse est
animé, bien sûr, par des prêtres mais aussi par un nombre sans cesse
croissant de femmes et d’hommes non-ordonnés. Ces personnes
officiellement chargées d’animation ont une compétence professionnelle
reconnue. Plusieurs ont fait des études avancées en théologie ou dans
une discipline connexe. L’école diocésaine de formation des agents
pastoraux accueille actuellement au-delà d’une centaine de femmes qui
se préparent à un ministère. L’expérience des récentes années montre
que l’action des femmes animatrices de pastorale est non seulement
riche mais irremplaçable dans une Église qui se veut tout entière
ministérielle.
11. Cette responsabilité des femmes
s’étend et à l’animation des communautés et à la préparation des
prêtres et des autres ministres. Dans notre diocèse, en 1984, plusieurs
centaines de femmes sont d’authentiques collaboratrices dans la
pastorale, une cinquantaine exercent un ministère reconnu,
quelques-unes ont le statut de responsable dans le service diocésain ou
le groupe chrétien qu’elles animent. Sur le plan diocésain, ce sont des
femmes qui ont actuellement la première responsabilité en ce qui a
trait aux domaines suivants : éducation de la foi et catéchèse des
adultes, promotion humaine, éducation permanente, accompagnement des
futurs agents pastoraux durant leur formation, bureau des religieux,
journal diocésain d’information, comptabilité diocésaine.
12. Même si certaines réalisations sont
intéressantes, il n’y a pas lieu de pavoiser. Plusieurs faits
illustrent qu’un profond malaise continue d’exister relativement à la
condition féminine. Dans la vie sociale, les femmes font fréquemment
l’expérience qu’elles n’ont pas beaucoup de prise sur les pouvoirs
décisionnels où s’élaborent les politiques économiques; surtout en
temps de crise et de chômage. Les secteurs des affaires sociales et de
l’éducation comportent beaucoup de femmes au niveau des instances
locales. On en trouve peu, cependant, dans les postes de direction, les
conseils d’administration et les responsabilités gouvernementales. Dans
la mentalité de bien des gens, ces situations sont normales.
L’accession des femmes à des postes de commande est perçue comme un
privilège ou une exception.
13. Cela tient à des facteurs d’ordre
culturel. Les façons de penser, de vivre et de transmettre l’héritage
reçu jouent une influence déterminante sur la structuration des rôles
masculin et féminin dans la société. Si on accorde facilement du
leadership aux femmes dans les domaines de la famille et de l’éducation
des enfants, on est encore très exigeant envers elles lorsqu’on leur
permet d’assumer des responsabilités plus larges dans les secteurs
social, économique, culturel et politique. Vous et moi sommes bien
conscients qu’au Québec la femme est vue et jugée selon les stéréotypes
de l’épouse et de la mère. Les femmes célibataires savent pertinemment
qu’entre les épouses et les religieuses la place qui leur est laissée
dans la vie sociale est souvent fort mince. Jusqu’à récemment, il en
était ainsi pour les chefs féminins de famille monoparentale;
heureusement, cette dernière situation s’améliore petit à petit.
14. L’Église ne fait pas exception aux
réactions déjà décrites. En elle, on retrouve des courants de pensée
reflétant des perceptions diverses de la place de la femme dans les
communautés chrétiennes. Certains soutiennent que celle-ci devrait
avoir accès à toutes les responsabilités en Église, y compris au
ministère ordonné. D’autres sont agacées par un partage nouveau des
tâches et souhaitent maintenir le statu quo dans le rapport homme-femme
en Église. D’autres éprouvent une indifférence totale à l’égard de ces
questions. Parfois, on interprète la non-accessibilité à l’ordination
comme un refus de l’égalité homme-femme et on en fait un test de vérité
et de crédibilité pour l’Église. Parfois, j’assiste à un phénomène de
rejet à l’égard des animatrices de pastorale. Il a même fallu que
j’intervienne, à quelques reprises, pour que des agents pastoraux
féminins ne soient pas remerciés indûment de leurs services.
15. Le malaise éprouvé par plusieurs
femmes dans l’Église s’étend au-delà de la participation à des
activités pastorales. Plusieurs chrétiennes, tout en refusant de signer
le réquisitoire de certains groupes féministes contre le magistère de
l’Église touchant les questions morales de la contraception et de
l’avortement, mettent en question le rôle exclusif des ministres
ordonnés, et donc de quelques hommes, dans l’élaboration du discours
officiel de l’Église. Ces femmes sont très sensibles à la dimension du
« pouvoir » qui est réservé aux ministres ordonnés. Elles se sentent
exclues des lieux décisionnels de leur communauté ecclésiale. Cela est
vrai de femmes laïques qui désirent réagir devant l’enseignement du
magistère mais aussi de religieuses qui ayant donné leur vie au
Seigneur veulent décider elles-mêmes de leurs affaires communautaires
et servir l’évangile dans une participation aux diverses
responsabilités pastorales.
II
Une réflexion sur la
condition des femmes
16. Aussi longtemps que les questions
liées au féminisme sont débattues dans la périphérie de l’Église, tout
le monde est content. Les personnes militantes, d’un côté comme de
l’autre, ont du pain sur la planche. Les indifférents finissent par
trouver une place où ils ne sont pas dérangés. La volonté d’amener au
centre de la communauté chrétienne la discussion sur la place de la
femme dans l’Église risque de « faire des vagues ». Si l’on veut
préserver la paix et favoriser l’évangélisation, il importe de
manifester les enjeux chrétiens de ce sujet et de dégager des points de
repère utiles dans l’opération. Je vais essayer de faire cela en
situant la légitimité des luttes des femmes et en proposant un
éclairage théologique sur le rapport homme-femme dans la société et
dans l’Église.
17. Bien sûr, les luttes humaines sont
toujours marquées par l’ambigu. Cela est vrai aussi du féminisme. Il
arrive que des femmes cherchent le pouvoir pour l’utiliser à leur
profit. Il arrive aussi que des femmes, imbues d’un idéal de justice,
de partage et d’égalité, veulent changer le monde pour le rendre plus
humain. Conscientes des inégalités dans lesquelles elles vivent, des
femmes se lèvent et font valoir leurs droits. En 1963, Jean XXIII avait
vu un signe des temps dans la montée des femmes vers la vie publique.
Aujourd’hui encore, devant les femmes qui militent pour l’égalité
homme-femme, l’Esprit de Dieu nous convie à discerner dans les luttes
menées par nos sœurs ce qui est aspiration à la justice et appel du
Seigneur.
18. Un premier critère utile dans
l’analyse des revendications féministes réside dans l’objet de la
lutte. Je laisserais aux groupes populaires le soin de mener eux-mêmes
les combats visant à un nouveau partage du pouvoir dans les secteurs
social, économique et politique. Même s’il m’intéresse de connaître la
place que les femmes y exerceront, j’affirme qu’il n’appartient pas à
l’Église de déterminer, en tout ou en partie, les rôles dévolus aux
différents agents sociaux, si les exigences de la justice et de la
vérité sont satisfaites. Je retiendrais, cependant, que les
revendications portant sur l’égalité et le respect mutuel entre hommes
et femmes rejoignent la mission des chrétiens à l’égard de la femme.
Longtemps l’identité de celle-ci a été définie par des hommes.
Aujourd’hui, les femmes veulent donner elles-mêmes, de façon
responsable, un contenu à cette identité et établir par leurs propres
moyens leur statut social. Parce qu’il y va de la vérité de la femme et
de la justice à son égard, toute l’Église doit reconnaître la
légitimité de cette revendication et partager avec les femmes cette
quête de leur identité.
19. L’enseignement social des évêques
nous fournit aussi des critères pour l’engagement des chrétiens aux
côtés des femmes dans leur militantisme. L’être humain est appelé à une
gérance responsable de l’univers. La Bible, dès le livre de la Genèse,
présente l’homme et la femme comme responsables avec Dieu de tous les
biens créés. Être une personne selon le plan divin signifie participer
avec tous ses dynamismes à l’évolution de la terre habitée pour achever
cette dernière et procurer à chaque humain ce dont il a besoin pour une
vie digne et décente. Quand les femmes veulent découvrir par
elles-mêmes leur identité et définir leur statut et rôle, dans le
respect des fins inscrites par Dieu dans la création, elles vont dans
le sens d’une gestion responsable. Lorsqu’elles s’engagent pour
affirmer leur liberté profonde et manifester une authentique maturité,
elles rejoignent une dimension éthique fondamentale.
20. Mais la vie humaine est marquée par
le péché. Il ne suffit pas de promouvoir une gestion responsable. Il
faut aussi corriger des situations injustes, des structures entraînant
de l’oppression. Là aussi, les femmes engagées dans des luttes pour la
justice sociale expriment une autre dimension fondamentale de
l’éthique. Lorsque le rapport homme-femme devient une rivalité entre
l’une et l’autre, les conflits naissent et paralysent la communion et
le partage. L’oppression trouve alors un terrain fertile où elle
s’enracine et se développe. Il arrive souvent que ce soit au détriment
de la femme. La justice exige en ce cas que l’on change un tel rapport
de force. Pour ce faire, la femme aura besoin de la solidarité de ses
semblables et de celle des forces vives de la société. La revendication
collective devient alors recherche de libération, de justice sociale.
21. Si l’éthique fournit au féminisme ses
lettres de créance et ses chemins de lumière, la théologie apporte aux
chrétiens un appel et une espérance relativement à la condition
féminine. En christianisme, la Bonne Nouvelle est une personne. C’est
Jésus le Christ. Celui-ci a vaincu la mort et le péché. Il a libéré les
humains de tout asservissement. En Lui, le salut est donné en
espérance[3]
. Tout être humain peut y
participer en vivant le mystère
pascal. Depuis le matin de Pâques, Jésus le Ressuscité est vivant. Il
partage la vie des humains. Dieu est désormais présent dans l’histoire.
Il est au cœur des luttes humaines pour la libération.
22. Cela signifie que Jésus n’est pas
étranger à l’histoire des femmes et à leur recherche d’une authentique
identité. Son comportement à l’égard de Marie, sa Mère, de la femme de
Samarie, de Marie de Magdala et de plusieurs autres femmes révèle de sa
part une perception de l’égalité foncière de la femme et de l’homme. La
participation au Règne de Dieu est ouverte aux femmes comme aux hommes
puisque la libération apportée par Jésus Christ est pour toute personne
humaine. À ce sujet, il est intéressant de lire certaines études
bibliques récentes où les auteures cherchent à dégager le rôle actif
joué par les femmes qui ont accompagné Jésus pendant sa mission en
Palestine[4]
. Aujourd’hui encore, Jésus le
Sauveur est vivant dans les
attentes de liberté et de responsabilité réelles des femmes. Il est
donc solidaire de la recherche de celles-ci pour en arriver à
l’autonomie, à la liberté, à la solidarité et à la réciprocité avec les
hommes.
23. L’affirmation de la Bible à l’effet
que « Dieu créa l’homme à son image, homme et femme il les créa »
constitue une piste capitale pour les luttes du féminisme[5]
. À cause de
la culture et de l’histoire, la femme a longtemps été considérée comme
inférieure à l’homme. Les Églises, très liées à la culture de leur
milieu, ont traîné pendant des siècles les séquelles de cette
perception. L’anthropologie biblique contredit, cependant, cette image
de la femme. L’être humain est à la ressemblance de Dieu. Femme et
homme sont l’être humain. Entre elle et lui, il y a une complémentarité
réciproque. Au-delà des contingences physiques et culturelles, l’homme
et la femme sont égaux.
24. L’humanité créée à l’image de Dieu
postule qu’entre les personnes humaines il y ait des relations
semblables à celles qui existent en Dieu entre le Père, le Fils et
l’Esprit. L’Évangile du Christ rappelle qu’en Dieu il n’y a aucune
relation d’inégalité, d’assujettissement, ni d’exploitation. Au
contraire les Personnes divines connaissent des rapports d’égalité, de
réciprocité et de partage vécus dans la totalité de la perfection.
Quand les femmes visent à établir entre elles et avec les hommes des
relations semblables, elles répondent à l’appel qui leur vient de Dieu.
Créées elles aussi à son image, elles apportent un reflet de Dieu qui
nous aide à comprendre que Celui-ci est au-delà du masculin ou du
féminin que nous sommes portés à projeter en Lui.
25. Le rapport homme-femme dans l’Église
a été dénoncé occasionnellement comme le lieu d’une inégalité qui a
causé des frustrations. Les évêques canadiens ont même parlé du besoin
de réconciliation hommes-femmes dans l’Église[6]
. Pourtant, la théologie
du Peuple de Dieu élaborée à Vatican II met en lumière que tous les
baptisés, hommes et femmes, prêtres et laïcs, sont égaux dans le
rassemblement des croyants. Si les uns et les autres ont reçu des
fonctions différentes dans l’Église, cela n’est pas pour établir une
supériorité des premiers sur les seconds, mais pour donner au Corps du
Christ une structure d’autorité apte à maintenir la cohésion de
l’ensemble et l’harmonie entre les membres. Il se pose parfois des
problèmes de pouvoir dans les communautés chrétiennes. Cela est dû, non
pas à l’organisation de l’Église, mais à des attitudes de gens
concernés qui s’inspirent inconsciemment des modèles profanes de
pouvoir plutôt que de l’enseignement de Jésus. « Vous savez que les
chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands leur
font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous : au
contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre
serviteur et celui qui voudra être le premier d’entre vous, sera votre
esclave[7]
. »
26. Le ministère dans l’Église est un
service. Longtemps, les prêtres ont assumé la plupart des actions
ministérielles. À ce point que notre perception en était arrivée à
considérer que seuls les évêques, les prêtres et les diacres étaient
des ministres. Depuis quelques années, la participation de laïcs au
ministère nous a amenés à distinguer les ministres ordonnés et les
non-ordonnés. L’expérience pastorale continue à évoluer. De plus en
plus, le service ministériel est identifié à la responsabilité de tous
les baptisés. Sans confondre les rôles et réduire le caractère vital du
ministère ordonné, les chrétiens assument une part des responsabilités
jadis dévolues aux prêtres. Il en résulte un rapport dont l’accent est
moins mis sur le couple prêtre-laïc que sur la dynamique
ministres-communauté. Les questions soulevées par des femmes sur leur
accessibilité à l’ordination se trouvent posées dans un contexte bien
différent de celui qui a prévalu jusqu’ici.
27. Il y a lieu d’ajouter aussi que la
vie chrétienne change beaucoup au niveau des communautés locales de
l’Église. Dans les paroisses populeuses où le ministère est accompli
par un petit nombre de chrétiens, l’élaboration du discours sur la foi
reste l’apanage des personnes instituées en autorité. Au contraire, la
formation des communautés chrétiennes à taille humaine favorise
davantage la prise de parole par un grand nombre de baptisés. Plus le
leadership pastoral est proche de la vie des membres de la communauté,
plus il est sensible à l’expérience vécue par les croyants. Il devient
alors possible de formuler les exigences de l’Évangile dans un langage
accessible à tous et de nourrir les énoncés de la foi par la pratique
chrétienne telle que vécue ici. Plus les femmes apportent leur vécu en
communauté chrétienne et le mettent en partage avec les membres de
toute l’Église, plus l’enseignement du magistère s’enrichit de ce qui
fait l’expérience de la foi aujourd’hui.
28. Bien sûr, cela ne donne pas une
réponse à la question de la possibilité de l’ordination de femmes au
ministère, mais cela en change la problématique. Si les femmes avaient
la conviction que leur identité de femme est acceptée dans l’Église et
que leur expérience humaine est source de lumière pour l’enseignement
officiellement donné en Église, déjà la frustration éprouvée par
plusieurs d’entre elles jusqu’à ce jour serait changée. Néanmoins, la
question demeure. Ce n’est pas moi, cependant, qui peux la résoudre. Il
revient aux théologiens de scruter les divers aspects de cette question
et de soumettre leurs avis au pape et aux conférences épiscopales, s’il
y a lieu. À ce sujet, différentes et intéressantes études sont en
cours[8]
. Pour ma part, je me soucie de
favoriser la contribution de
femmes à l’exercice du service de l’autorité dans l’Église. Déjà, le
partage amorcé dans les tâches ministérielles annonce un avenir
d’égalité aux femmes et aux hommes dans l’Église. La voie est ouverte
pour une authentique coresponsabilité dans la prise en charge des
communautés chrétiennes par les baptisés-confirmés avec les ministres
ordonnés. Il y a maintenant lieu de chercher à mieux articuler la prise
de parole des chrétiens dans leur vie de foi avec l’enseignement de
l’évêque solidaire de ses frères et du pape.
III
Quelques orientations pastorales pour la vie diocésaine
29. Depuis quatre ans, le dossier de la
promotion des femmes a été présent dans l’Église de
Saint-Jean-Longueuil. Les travaux du Conseil diocésain de la pastorale
et l’animation d’une répondante à la condition féminine ont aidé des
petits groupes de fidèles à comprendre l’importance chrétienne du
féminisme et à accueillir ce phénomène de façon ouverte. Il ne suffit
pas, cependant, que des petits noyaux de chrétiens soient sympathiques
à la condition féminine. S’il est vrai que l’égalité homme-femme n’est
pas encore une réalité pleinement vécue dans nos milieux social et
ecclésial, il importe que la promotion de la femme devienne un projet
de toute l’Église diocésaine. La vérité et la justice à l’égard de la
femme sont en cause. La vitalité et la mission de l’Église sont en jeu.
J’invite donc tous les diocésains de Saint-Jean-Longueuil à accueillir,
à discuter et à promouvoir les orientations pastorales suivantes.
30. Le premier chemin à parcourir en
Église diocésaine, en ce qui a trait à la condition féminine, est celui
de la sensibilisation des femmes à leur situation. Jusqu’à ce jour,
beaucoup de femmes ont parcouru une longue route dans la perception
exacte de leur vécu. Elles sont devenues très conscientes des faits de
leur vie en Église et en société. Elles connaissent les enjeux de ces
situations. Je leur rappelle qu’il est bon qu’elles aient à se prendre
en charge elles-mêmes et à exprimer leur identité et leurs attentes.
Les dynamismes spirituels qu’elles ont reçus à leur baptême et à leur
confirmation les poussent en ce sens afin de participer à la libération
réalisée Jésus Christ. Je leur dis ma solidarité, je les invite à
considérer que leurs acquis dans la condition féminine sont des forces
vives pour notre Église et que, en conséquence, je leur demande de
mettre en partage auprès des autres fidèles les fruits de leur démarche.
31. Les hommes sont témoins des
revendications des femmes. Il n’est pas facile pour eux, cependant, de
développer l’empathie qui leur fera comprendre ce phénomène nouveau
pour eux. Je les invite à écouter avec faveur ce que les femmes ont à
dire et à accepter une collaboration avec celles-ci. Bien des femmes ne
veulent pas travailler seules à changer les situations actuelles de
l’égalité homme-femme car elles savent que leur libération ne se fera
pas sans celle des hommes. Ce n’est pas un monde féminin prenant la
relève d’une société fortement masculine qui rendra nécessairement
libres femmes et hommes. C’est un nouveau rapport basé, non plus sur la
puissance et la domination, mais établi sur une complémentarité
réciproque et un partage mutuel. Il est impérieux que les hommes
fassent crédit ou confiance aux femmes pour le développement d’un
rapport harmonieux entre les sexes.
32. C’est d’abord la responsabilité des
femmes de faire la sensibilisation de leurs semblables sur la condition
féminine et, par ricochet, de toute la communauté ecclésiale. Mais cela
ne pourra pas se faire sans une contribution active de la part des
pasteurs locaux. En effet, je crois fermement que c’est au niveau local
de la communauté chrétienne que la sensibilisation va donner du fruit.
Il serait trop facile de désigner une personne rattachée à un service
diocésain pour faire un tel travail. Tout le monde aurait bonne
conscience mais l’action s’étiolerait inévitablement. Il faut que dans
chaque communauté chrétienne une ou des personnes assument le
leadership de la sensibilisation des fidèles à la condition féminine.
C’est à ce titre seulement que l’on pourra dire vraiment qu’il s’agit
là d’un projet porté par notre Église de Saint-Jean-Longueuil.
33. Évidemment, tout ne peut pas être
prioritaire dans une communauté chrétienne. La condition féminine ne
remplacera sûrement pas l’initiation sacramentelle des enfants ou la
mise en place de la coresponsabilité dans des équipes pastorales. Ce
qui importe, c’est que quelqu’un, dans la communauté, s’occupe de la
sensibilisation de tous, à la juste revendication des femmes à
l’égalité dans l’Église et la société. Pour ce faire, l’attitude du
pasteur; aura un poids considérable. S’il: considère que tout cela est
de la foutaise, il va écraser le projet. S’il est indifférent ou
neutre, l’action du groupe porteur demeurera marginale et inefficace.
J’attends des pasteurs qu’ils appuient le travail des personnes
intéressées à la sensibilisation et qu’ils leur facilitent la
communication avec l’ensemble des chrétiens. Peut-être pourraient-ils
aussi veiller à monnayer à leurs fidèles les réflexions contenues dans
la deuxième partie de cette lettre ou d’autres semblables. Ils
manifesteraient ainsi leur solidarité aux responsables du projet local
et la dimension chrétienne de la condition féminine.
34. D’aucuns vont demander pourquoi notre
diocèse s’engage dans une telle sensibilisation. La réponse à cette
question est contenue dans la mission même de l’Église et elle fournit
une deuxième orientation pastorale à notre propos. L’Église doit être
prophète dans son milieu. Les croyants sont rassemblés par l’Esprit de
Jésus pour être le signe de la présence de Dieu Sauveur dans le monde.
L’Église est sacrement du salut. Elle accomplit son rôle de plusieurs
manières. La prédication de la Parole, la prière et les célébrations
sont des signes du salut. Bien des gens, toutefois, deviennent
sensibles à la manifestation du Règne du Christ quand la Bonne Nouvelle
correspond à une libération dans des domaines où ils se sentent
frustrés ou brimés. Pour être un signe parlant pour l’ensemble de la
société, l’Église doit passer par l’engagement social ou le service des
humains dans leur vie concrète.
35. Par le baptême, les chrétiens
apportent au monde la présence du Christ. Trop souvent, hélas, ce
témoignage n’est pas explicité. On ne fait pas les liens entre l’action
humaine et la vie évangélique. Quand je me rappelle qu’il y a quelques
milliers de diocésaines, membres de l’AFEAS, des Cercles des Fermières
et des Filles d’Isabelle, je fais le rêve que ces dames, dans
l’accomplissement de leur programme d’action sociale, soient des signes
du Christ dans leur entourage. Ici et là dans le diocèse, ont surgi des
maisons d’hébergement ou de transition pour des femmes dans le besoin.
L’aide apportée à ces personnes est de l’ordre de la compassion, de
l’amour et du partagé dont parle le Christ dans la parabole du jugement
dernier[9]
. Pour que l’Église soit
sacrement du salut dans ces œuvres et
ces associations, je souhaite que les communautés chrétiennes, par des
membres représentatifs, appuient explicitement les projets qui y sont
réalisés et mettent en lumière les éléments évangéliques présents.
L’Église est dans le monde pour y chercher Dieu et en révéler l’action
libératrice.
36. La mission prophétique s’exerce aussi
par certaines œuvres que l’Église met elle-même sur pied. Les services,
les groupes et les mouvements jadis rattachés à l’Office de la famille
ont beaucoup fait pour l’égalité homme-femme dans notre milieu et,
ainsi, pour l’évangélisation des couples. Grâce à. l’organisme Vie
Nouvelle, le diocèse a permis à un bon nombre de femmes, chefs de
familles monoparentales, de se retrouver sur les plans personnel et
social. N’y aurait-il pas lieu, toutefois, de développer un plus grand
nombre d’équipes locales de Vie Nouvelle au cours des années prochaines
? Nous savons tous le pourcentage élevé des mariages brisés. Les
personnes meurtries par ces échecs ont droit à la sollicitude des
communautés chrétiennes et à une aide concrète pour affermir leur
identité profonde. Parlant de la famille, notre Église diocésaine devra
aussi apporter son point de vue sur les changements envisagés dans la
politique québécoise en ce domaine. Là encore, la contribution des
femmes sera sûrement déterminante. Leur intérêt constant pour la
famille et leur engagement généreux auprès des jeunes en font des
intervenants autorisés et compétents pour discerner dans les projets
mis de l’avant les besoins réels et les réformes souhaitables.
37. Après avoir rappelé que l’Église de
Saint-Jean-Longueuil peut exercer son prophétisme en se solidarisant
avec des organismes centrés sur la promotion de la femme et en animant
elle-même des services d’aide aux femmes et aux familles, je voudrais
maintenant inviter les chrétiennes du diocèse à participer à un projet
particulier et temporaire. Décembre 1984 marque la fin de la décennie
de la femme décidée par les Nations-Unies en 1975. À la fois pour faire
le point sur l’évolution réalisée en dix ans concernant la condition
féminine et pour assurer un suivi à l’action commencée, l’année 1985
pourrait être le lieu d’une série d’ateliers portant sur la condition
féminine dans nos milieux social et ecclésial. Du matériel est déjà
disponible. Le comité ad hoc sur la condition féminine de la Conférence
des évêques catholiques canadiens a préparé une démarche et un dossier
d’animation pour la tenue de tels ateliers. Chacune des rencontres
comporte des temps de prière et des échanges sur un aspect du vécu des
femmes. La réalisation de ce projet permettrait une prise de conscience
collective par les femmes de ce qu’elles vivent et une activité
prophétique opportune.
38. Les souhaits formulés dans cette
lettre sont nombreux. Je suis bien conscient que le désir de voir
femmes et hommes, laïcs et pasteurs, communautés locale et diocésaine
participer aux luttes des femmes apparaît utopique. Il est évident que
chaque chrétien militant ne peut pas être engagé sur tous les fronts de
la pastorale en même temps. Par ailleurs, il n’est plus acceptable en
Église que la question de la promotion, des femmes soit traitée à
l’extérieur ou en périphérie de la communauté chrétienne. Il faut donc
suggérer des modalités permettant d’intégrer les diverses composantes.
Une voie possible d’approche serait de désigner une répondante à la
condition féminine pour chaque secteur pastoral au sein d’une région.
La personne animerait les diverses communautés chrétiennes de son
territoire, collectivement ou séparément selon les cas. Elle serait
responsable de promouvoir une action collective pertinente pour tout le
secteur, de favoriser la tenue des ateliers sur la condition féminine
et de diffuser l’information utile auprès des pasteurs et dans les
communautés. La répondante travaillerait avec le vicaire épiscopal
régional, d’une part, et ses collègues des autres secteurs, d’autre
part.
39. Les effets pastoraux de cette
opération sont considérables. Dans l’hypothèse où une animation est
faite dans la plupart des communautés chrétiennes, cela signifie qu’un
nombre important de femmes vont prendre la parole, qu’une majorité des
chrétiens du milieu seront sensibilisés aux attentes des femmes, que
les pasteurs connaîtront mieux le vécu de leurs fidèles, que toute
l’Église diocésaine devra réviser la cohérence de sa pratique et de son
discours. Nous faisons souvent le constat que l’engagement social est
la dimension faible de notre pastorale. La solidarité des chrétiens
avec les femmes va enrichir la présence de l’Église au monde. Pour un
diocèse qui entend promouvoir des communautés responsables, la
participation active des femmes rend possible la préparation d’équipes
pastorales formées de femmes et d’hommes et elle permet
l’expérimentation d’une coresponsabilité accrue dans l’élaboration du
discours sur la foi.
40. Finalement, c’est la solidarité
chrétienne qui est favorisée par l’intérêt manifesté par l’Église à
l’ensemble des luttes des femmes. En travaillant entre elles, les
femmes bâtissent des liens qui les établissent en réseau ou groupe leur
permettant de s’exprimer collectivement et de dialoguer avec d’autres
instances de notre Église. Ainsi, prêtres et femmes sont appelés à
mieux se connaître et à davantage être attentifs au discours d’autrui.
Hommes et femmes s’apprivoisent et se font un peu plus confiance.
Religieuses et laïques découvrent qu’elles ont en commun d’être femmes
et qu’elles sont différentes par leur vocation en Église. Les chemins
pour s’épanouir en humanité sont multiples. L’histoire a vu les
distances s’accroître entre les routes. Le partage des attentes et des
luttes a rapproché les destins. Toute la communauté ecclésiale en tire
solidarité, joie et espérance.
41. Il restera toujours une tension au
cœur des engagements dont on vient de parler. Les luttes humaines ne
sont pas la pleine libération en Jésus Christ. Celles-là sont marquées
par l’ambiguïté. Elles peuvent même être teintées de volonté de
puissance et de domination. Elles ne sont pas exemptes du péché qui
nourrit l’injustice et l’exploitation. Cela est vrai aussi de la
recherche d’équilibre dans le rapport homme-femme. Il n’empêche que
l’Évangile invite à mener les luttes humaines de libération et de
justice. Les luttes deviennent libération chrétienne lorsque les
valeurs de justice et de vérité constituent les énergies de
l’engagement et que celles du pardon et du partage deviennent la
nourriture quotidienne des personnes militantes.
42. L’Église elle-même a connu et connaît
une pratique marquée par l’ambiguïté et le péché. Le concile Vatican II
a dit de ce Peuple de Dieu qu’il a sans cesse à se convertir afin de
retrouver une limpidité et une souplesse qui laisseront passer le
visage du Christ en lui. Fort heureusement, grâce au don de l’Esprit
que Jésus Christ lui fait, l’Église est suffisamment libre pour se
remettre en cause. À travers les changements de ce monde, elle cherche
et trouve son Seigneur. Concernant la condition féminine, la présente
lettre ne dit pas tout. Loin de là. C’est à nous maintenant, vous et
moi, d’apporter les compléments utiles et de mettre en œuvre les
projets opportuns. C’est pour quoi la solidarité des femmes entre elles
et avec l’Église vivifie le contenu de notre espérance.
Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
Consulté
le