
Avant la réponse, la question
Un sujet aussi piégé par la passion des controverses que
l’accession des femmes aux ministères d’Église ne peut se
passer d’une réflexion préalable sur la façon de poser la question au
Nouveau Testament. Telles questions, telles réponses. La question
engendre la réponse, oui. Elle a aussi le pouvoir de la tuer dans
l’oeuf ou de la plier à ses désirs en dehors de ce qu’elle nous
apprendrait réellement.
Partir à la recherche des ministères
féminins dans ce corpus semble, par exemple, une forme
d’interrogation pertinente. Reflet d’une société précise et datée où
passent des personnages féminins, le texte se prête à une
observation de ce type. Remarque-t-on assez cependant qu’on
vient de rétrécir le champ de son étude aux seuls gestes dits féminins,
d’un féminin forcément défini à l’avance dans la question ? Or, dans le
discours traditionnel sur les femmes, moins cette définition est
explicitée, plus elle véhicule d’évidences non critiquées; et plus ces
évidences sont tenues comme fortes, plus on parlera, par contre, de
« mystère de la femme »!
Ainsi délimité, le couloir d’analyse reste fort étroit et ne peut rendre compte ni du problème dans l’ensemble du texte ni non plus de certaines surprises comme celle de l’attribution du service des tables à des diacres masculins (Ac 6, 1-7). Précision plus importante encore, le ministère ne se définit pas par la classification sexuelle du ministre, mais par son rapport à la communauté ecclésiale. Il n’y a pas des ministères masculins et des ministères féminins, mais des ministères ecclésiaux exercés par des hommes ou par des femmes. En eux-mêmes les ministères ne deviennent pas plus importants selon qu’ils sont remplis par des hommes ou par des femmes. Parler de ministères propres à la femme, « à son niveau » ajoute-t-on parfois, c’est perpétuer la discrimination où le féminin est défini par le masculin et en fonction de lui. De même, chercher les ministères des femmes dans le Nouveau Testament étouffe la réponse dans la question. On ne trouvera pas de ministères propres aux femmes, et on pourra conclure que les femmes n’en exerçaient aucun au temps de Jésus et de la primitive église.
De même encore, chercher les fonctions
officielles et voir si elles sont remplies par des femmes
ou chercher les femmes du Nouveau
Testament et
voir si on les trouve aux postes clés efface toute présence féminine
des ministères. Et pour cause : la femme juive ou gréco-romaine de
l’époque n’exerce pas de fonction publique, peu importe son influence
dans les coulisses de l’histoire. Faudrait-il recourir à l’exploration
des coulisses de l’Évangile et baser son exégèse sur les silences des
auteurs ? Nous avons plus et mieux à faire avec les énoncés du texte
qui, à leur tour, pourraient éclairer plus sûrement ses non-dits.
Poser sur le Nouveau Testament les ministères
d’aujourd’hui avec leur
distinction entre ordonnés et non ordonnés, sacerdoce ministériel et
sacerdoce commun élimine les femmes encore plus radicalement. Nous ne
les trouverons nulle part dans l’organigramme où nous aurons forcé les
documents du premier siècle. Mais nous n’y trouverons pas de prêtres
non plus, ni d’apôtres se présentant comme prêtres[1], et
nous n’en
conclurons pas pour autant à la non-existence du sacerdoce ministériel.
Supposer chez les auteurs une abstention volontaire du mot prêtre pour
éviter la confusion avec le sacerdoce juif ne fait que confirmer la
constatation que Jésus a opéré une dé-sacerdotalisation et une
dé-sacrificialisation par rapport à l’Ancien Testament.
Nous ne trouverons pas de femmes à la présidence des eucharisties, mais encore une fois nous n'y trouverons pas les Douze non plus. En 1 Corinthiens 11, Paul adresse aux chrétiens de Corinthe ses vigoureux reproches sur la mauvaise tenue de leurs « repas du Seigneur », non au(x) prêtre(s) de la communauté. La question ainsi posée ne nous apprend rien sur les femmes du début de l’Église; elle ne fait que souligner la non-pertinence pour notre propos des catégories actuelles comme sacerdoce/laïcat, sacerdoce oeuvrant pour l’Église/laïcat oeuvrant pour et dans le monde, participation ou suppléance des ministres non ordonnés au ministère presbytéral, etc.
Partir de la description des ministères tels que nous les trouvons dans le Nouveau Testament offre de meilleures chances d’objectivité. Il en existe d’excellentes systématisations[2], et il est à noter que les meilleures ne statuent plus sur l’exclusion des femmes et laissent la question ouverte à de nouveaux développements. Nous serons cependant victimes du même gauchissement de l’analyse si nous absolutisons des « définitions » déduites d’espaces de texte où n’apparaissent que des ministres masculins. La qualité de la définition obtenue n’autorise pas à conclure à l’exclusion de possibles ministres féminins, ce qui est d’un tout autre ordre de discussion. Que ces mentions des ministères ne comportent que des personnages masculins ou que les séquences à personnages féminins ne comportent pas de mentions de ministères peut très bien relever du triage initial opéré par l’analyste, de ses pré-jugés sur la notion claire, occidentalement claire, d’un ministère, préjugés rejoignant peut-être ceux de la société de type patriarcal représentée dans le texte, ce à quoi les études exégétiques de type historique auraient dû nous rendre sensibles.
Ajoutons à cela nos habitudes de lecture, et d’écriture, forgées par des siècles d’absence des femmes de la vie sociopolitique. L’exercice de la prophétie dans le Nouveau Testament en fournit de nombreux exemples. Le livre des Actes nous raconte que « Philippe, l’évangéliste, l’un des sept [ ... ] avait quatre filles vierges qui prophétisaient. Alors que nous passions là plusieurs jours, il arriva un prophète de Judée, nommé Agabus » (Ac 21, 8-9). Les hommes portent les titres précis d’évangéliste, l’un des sept diacres et de prophète; les filles sont dites « prophétisantes » ( prophēteuousai ). Y a-t-il une différence entre être prophétisantes, reconnues comme telles et être « un prophète » ? Non, mais pour nous, lecteurs et lectrices, il faut invertir la phrase pour que nous prenions autant au sérieux les filles de Philippe que Agabus nommé par son nom d’ailleurs, lui : elles étaient prophètes et lui était prophétisant. Déjà, dans nos esprits, le titre de prophétesse n’a pas la même valeur que le titre de prophète.
De nombreux commentaires, exégétiques ou autres, parleront de
charisme
prophétique quand il s’agit d’une femme qui prophétise, mais de
ministère prophétique quand il s’agit d’un homme. R. Gryson ouvre ainsi
la conclusion générale de son livre remarquable sur les ministères
féminins dans l’Église ancienne[3] :
« Dès les
origines du christianisme
on voit que des femmes jouent un rôle important et occupent une place
de choix dans la communauté chrétienne. Saint Paul cite avec éloge
plusieurs femmes qui l’ont assisté dans son labeur apostolique. Des
femmes jouissent du charisme de prophétie. On n’en voit pas, cependant,
qui exercent des fonctions dirigeantes au sein de la
communauté ». Or
en d’autres contextes, un rôle important dans la communauté et une
place de choix, le travail d’habile et dévoué assistant de Paul dans
son labeur apostolique, le fait de prophétiser identifient certains
disciples masculins comme exerçant des fonctions dirigeantes.
Aux réfractions causées par nos habitudes de lecture et d’écriture faut-il ajouter l’ambiguïté des traductions d’usage courant. Diakonos admet l’équivalent lexicographique de serviteur, de ministre et de diacre. Appliqué à Phoebé le terme devient diaconesse. Dans des contextes équivalents on le traduit par ministre quand Paul se présente ainsi (1 Co 3, 5; Col 1, 23.25) et désigne ses proches collaborateurs Timothée (1 Tm 4, 6), Apollos (1 Co 3, 5), Tychique (Col 4, 7; Ep 6, 21), puis Epaphras qui lui succède à Colosses (Col 1, 7). Écrivons uniformément « ministre » partout où il s’agit de service officiel à la communauté et nous verrons des femmes apparaître en poste.
Partir des récits d’appel ou de vocation mérite les mêmes
remarques. On
a pu grouper sous ce nom des passages à structures similaires où Jésus
appelle des hommes à sa suite[4].
On ne trouve pas de noms de
femmes
dans ces récits. Mais que deviennent ces unités littéraires bien
circonscrites quand on les lit, non plus en pièces détachées,
superposables, mais dans leur articulation à la trame narrative des
évangiles? On ne verra pas que des hommes dans l’entourage immédiat du
Maître. Comme et avec les Douze, des femmes sont contre-distinguées de
la masse des disciples
anonymes, masculins et féminins sans doute, qui l’écoutent et le
suivent, eux-mêmes détachés sur un fond de foule sympathique, neutre ou
hostile. À chercher artificiellement les femmes dans telle situation
donnée, on
en vient à occulter leur présence constante, que d’ailleurs nous ne
découvrons qu’au pied de la croix, et par flash-back, chez Marc et
Matthieu. « Il y avait aussi des femmes regardant à distance
parmi
lesquelles Marie de Magdala, et Marie mère de Jacques le petit et de
Joset, et Salomé, qui
le suivaient et le servaient lorsqu’il était en Galilée, et beaucoup
d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem »
(Mc 15, 40-41).
Luc nous en avertit cependant dès le début de la carrière de Jésus
(Lc 8, 1-2) : « Les Douze
étaient-avec-lui et
aussi des
femmes
guéries
d’esprits mauvais et de
maladies ».
Donc des femmes étaient-avec-lui, qui portent des noms restés dans les mémoires: Marie de Magdala, Jeanne, Suzanne, et « beaucoup d’autres » moins connues. Surtout, être-avec-lui, c’est la première réponse à la question « appel à quoi? » plus importante que l’identité sexuelle des appelés. C’est la première caractéristique des Douze selon Marc (3, 14), établis d’abord « pour être-avec-lui » et ensuite « pour les envoyer prêcher avec pouvoir de chasser les démons ». De plus, si des femmes sont restées avec Jésus après leur guérison, c’est qu’il les a acceptées, voulues auprès de lui. L’ex-possédé de Gergésa l’a supplié, au contraire, à son départ en barque, « demandant à être-avec-lui. Jésus ne lui permit pas » (Mc 5, 18-19) lui réservant une autre mission auprès des siens.
Nous ne pouvons enfermer toutes les formes d’appel à suivre
Jésus sous
les récits stéréotypés de Marc 1, 16-20 et parallèles
concernant les
frères Simon et André, Jacques et Jean. Déjà le schéma littéraire
diffère en Jean 1, 35-51 pour les mêmes Simon et André, Philippe leur
concitoyen et son ami Nathanaël. Bar-Timée
(Mc 10, 52) ou les aveugles
anonymes de Jéricho (Mt 20, 34 et
Lc 18, 43) se mettront en route
derrière Jésus après leur guérison, devenant disciples accompagnateurs
par un tout autre cheminement .
Se baser sur les récits d’envoi ou de mission du type:
« il
réunit -
donna pouvoir - envoya », faire remarquer qu’ils s’adressent
exclusivement à
des hommes et en déduire l’intention du Seigneur d’exclure les femmes
de la mission amène la même confusion de perspectives, de niveaux de
texte, et soulève de plus des questions propres à l’exégèse de ces
récits. Plusieurs distinctions s’imposent entre: 1) les envois d’avant
la
mort-résurrection où les soixante-douze disciples
(Lc 10, 1-20)
reçoivent le même mandat et exercent la même activité que les Douze; 2)
les envois d’après la mort-résurrection qui présentent une portée
spatio-temporelle et un contenu différents; 3) la pratique des
premières communautés d’où émerge en action l’identité du et des
ministères proprement chrétiens.
Déjà, à l’intérieur des seuls évangiles, on retrouve trois
classes de « ministres » : 1) ceux que Jésus mandate;
2) ceux qu’il n’a pas
mandatés,
mais que, contrairement à ses disciples il approuve a posteriori, même
s’ils ne marchent pas à sa suite: « Ne l’empêchez pas, car il
n’y a
personne qui fasse un miracle en mon nom et puisse, aussitôt après, mal
parler de moi » (Mc 9, 38-40;
Lc 9, 49-50); 3) ceux qui
semblent dûment
mandatés et fort actifs dans les trois domaines de la
prophétie, de
l’exorcisme et du geste miraculeux en son nom et qu’il réprouve parce
que commettant l’iniquité, donc s’écartant du devoir primordial
d’accomplir la volonté de son Père (Mt 7, 22). Les
récits d’envoi ou de
mission ne peuvent prendre tout leur sens que replacés dans la
syntagmatique du récit global des évangiles, dans la logique de ses
acteurs. La place des femmes dans ce système actoriel restera encore à
déterminer d’abord, puis à interpréter.
La question du ministère des femmes présente un cas-test idéal
pour
révéler au lecteur individuel ou collectif sa propre pratique du texte
biblique, pour re-critiquer son propre angle herméneutique. Les
approches ci-haut mentionnées ont ceci de commun qu’elles fonctionnent
à la façon d’une grille plus ou moins complexe selon les cas. Le
calibrage de ses mailles conditionne la récolte de données. Ainsi de
tout procédé
thématique ou paradigmatique qui ne nous offre du texte que ce que nous
allons y chercher, et sous la forme où nous comptons l’y trouver. Un
profit réel commence à poindre, il est vrai, dans le traitement hors
syntagmatique des éléments textuels recueillis. Malheureusement, il
équivaut à leur réorganisation en sous-corpus et les résultats de
l’analyse ne valent que pour ce sous-corpus. On aura manipulé comme
unités
discrètes des éléments qui existaient pourtant en état de système dans
le corpus de départ.
Des siècles de tradition nous ont inculqué l’habitude,
légitime
d’ailleurs, d’aborder le sujet du ministère par le biais de traités, de
thèses, de compilations théologiques et exégétiques ad hoc. Cependant
une question étrangère à cette ligne de réflexion a jailli au vingtième
siècle avec
la montée des femmes dans la société et dans l’Église. Non que leur
rapport possible au ministère n’ait jamais été soulevé au cours des
âges, puisque, entre autres interventions, nous pouvons citer
le canon du
concile de Chalcédoine en 451 fixant à quarante ans l’âge de
l’ordination des
diaconesses dans l’Église d’Orient, et celui du concile d’Orange en 441
statuant pour l’Église d’Occident l’interruption de toute ordination de
diaconesses[5].
Mais les critères qui évaluaient ces rapports, ces
non-rapports surtout, étaient déduits de ladite « nature
féminine »
identifiée à la volonté de Dieu sur le deuxième sexe. Ils relevaient
plus de constatations d’ordre sociologique que de raisons vraiment
théologiques. Si bien que la question théologique, mieux : évangélique,
peut et doit être enfin posée dans toute sa fraîcheur, maintenant que
l’évolution sociologique récente a permis de disposer des fallacieux
arguments de nature. À question nouvelle, retour à la source originelle
avec un regard également neuf.
Approche suggérée
Plusieurs avenues peuvent conduire à la description systémique qui
éviterait les impasses des procédés thématiques. Par où commencer? Par
où continuer à poser la question? Les lexèmes qui désignent dans le
Nouveau Testament ce que nous entendons par ministère sont diakonia,
diakonos, diakoneō, réciproquement service, serviteur et
servir, toutes
formes grammaticales dérivées du verbe servir ou exercer une fonction.
Ce qu’entend ce texte, lui, par ministère, nous devrons le demander à
sa mise en discours du service, puisqu’il ne procède pas par lexique,
index, définitions caractérisées. Au niveau de sa syntaxe discursive,
nous devrons décrire la discursivisation employée à travers
actorialisation, temporalisation et spatialisation. C’est-à-dire que ce
n’est qu’à travers figures (au sens d’unités de contenu sémantique),
acteurs et actants qu’apparaîtra le rôle thématique du ministère
proprement néotestamentaire. Or si les figures produisent un ou
plusieurs sens, c’est qu’elles sont organisées. Nous devons également
demander au niveau de la sémantique discursive le
principe de leur organisation ou de leur thématisation[6].
Quelle est
l’acception du ministre et du ministère qui a, à la fois, présidé à
l’organisation des figures du texte et qui est produite par lui? Enfin,
quelle est, en définitive, la place et la valeur de la qualification
sexuelle du ministre dans ce système de texte?
Les dimensions d’un article ne permettent certes pas de
déployer une
analyse aussi vaste. L’approche esquissée n’est proposée qu’à titre
d’hypothèse et nous nous contenterons d’indiquer l’orée de quelques
avenues invitantes et encore à explorer.
La diaconie-service
Les clarifications qui suivent en Marc et Matthieu le choc des annonces
solennelles de la Passion et leurs parallèles en Luc et Jean
(Lc 22, 26; Jn 12, 26; etc.) posent
la diaconie ou le service ou le servir
comme une des caractéristiques essentielles de la condition de disciple
de Jésus. « Si quelqu’un veut venir à ma suite…» : il ne
s’agit donc
pas là d’un discours aux seuls Douze, même s’ils sont nommés comme
interlocuteurs immédiats. Tout disciple sert le Maître d’abord, à
l’intérieur du rapport maître/disciple emprunté au judaïsme. Ainsi les
femmes servaient-elles Jésus en Luc 8, 3;
Marc 15, 41; Matthieu 27, 55;
ainsi les disciples masculins le servaient-ils. « Si quelqu’un
veut me
servir, qu’il se mette à ma suite et là où je suis sera aussi mon
diakonos. Si quelqu’un
me sert, le Père l’honorera » (Jn 12, 26).
Le
lexème diakonos n’a
d’ailleurs qu’une forme grammaticale pour désigner
et le masculin et le féminin.
Le disciple doit aussi se faire le serviteur de tous, et le modèle du chef devient celui du serviteur dans la société[7]. Le Maître par excellence déclare être lui-même venu pour servir (Mc 10, 45; Mt 20, 28; Lc 22, 27). « Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13, 14). Apparaît donc un devoir de servir antécédent à celui de l’apostolat, autre qu’un ministère caractérisé et à l’origine même de l’identité de disciple.
Cependant, au plan actoriel, la syntagmatique du texte
(évangiles,
Actes, et épîtres) distingue rapidement disciples itinérants
accompagnant Jésus, disciples sédentaires demeurant dans leur milieu de
vie et disciples envoyés, mandatés comme apôtres. Touchés par la
première annonce de la Bonne Nouvelle, puis par l’événement
mort-résurrection de Jésus et le don de l’Esprit, les disciples
sédentaires ne vivent pas, juxtaposés les uns aux autres, une metanoia
individuelle. Leur identification au Christ les constitue en église. La
réalité de cette église, de ce corps, suscite un service, une diaconie
et des diakonoi
occupés à la direction et à la coordination du groupe,
au maintien et à la croissance de sa vie ecclésiale. Apparaît ici un
service qui a le sens général d’exercer une fonction, un service de la
communauté diversifié en plusieurs formes de services.
Les diakonoi
Retardons encore l’emploi du mot ministère qui spécifie en effet le
service communautaire et cherchons plutôt dans le Nouveau Testament les
disciples ou chrétiens
qui font quelque chose pour et au nom de la communauté. Que font-ils ?
L’observation des diakonoi
à l’oeuvre nous conduira à l’identification
des services exercés. Cette démarche repose sur le présupposé
méthodologique que l’acteur est défini par son faire. On pourrait y
objecter que le service diffère selon qu’il est rendu par un ministre
attitré ou qu’il découle d’un bon geste occasionnel fût-il
d’inspiration évangélique la plus pure. Objection légitime, mais il
faut éviter de fausser la lecture en postulant au départ, dans la
communauté primitive, une organisation semblable à la nôtre, adaptée à
de grands groupes. Dans l’état des données néotestamentaires, le
ministre, et à travers lui le ministère, est d’abord défini par une
fonction en exercice. De grands pans du texte échappent à notre étude,
et des plus intéressants puisqu’il s’agit de la vie communautaire prise
sur le vif, si nous passons d’emblée aux listes fournies par Paul. Ces
listes ont besoin de l’éclairage de la réalité quotidienne, et
vice-versa. Limitons-nous ici à quelques exemples tirés des épîtres
pauliniennes, tout en regrettant que n’y ressorte pas aussi bien que
dans les Actes la fonction décisionnelle de l’assemblée elle-même.
-
1 Th 5, 12-13 :
ceux qui sont à votre
tête [proistamai] dans
le
Seigneur, qui travaillent [kopiaō]
parmi vous et vous reprennent.
Ayez
pour eux la plus haute estime, dans l’amour.
- 1 Th 5,19 : Certains sont prophètes.
(Voir aussi
1 Co 14,1.39.)
- 1 Co 16, 15-18 : Stephanas et sa famille qui se
sont mis eux-mêmes à
la diaconie des saints.
Obéissez à de tels [toioutois] et
à tous leurs
collaborateurs dans ce travail [kopiaō].
- Ga 6, 6 : L’enseigné, le
« catéchumène »,
doit
partager ses biens avec
l’enseignant de la parole.
- Rm 16,1-2: Phoebé diakonos
de l’église de Cenchrées, et
prostatis
pour beaucoup et pour moi. On traduit par
« protectrice ». Ce nom est
dérivé du verbe proistamai
que nous avions en 1 Th 5,12 au sujet des
autorités et que nous retrouvons en 1 Tm 3,4-5 à propos de l’autorité
de l’épiscope sur sa
propre maison, et en 1 Tm 5,17 dit des presbytres
dans leur fonction de présidence de l’assemblée. Dans la littérature
juive, il désigne un protecteur, oui, mais aussi un chef, un président,
un gouverneur ou un surintendant.
- Rm 16, 3 : Prisca et Aquilas mes collaborateurs
en Jésus
Christ,
comme Timothée au v. 21. Au v. 5, ils réunissent
l’église
dans leur maison, comme Gaïus au v. 23 et Nympha en
Col. 4,15, Philémon
et Apphia en Phm 1,2.
- Rm 16, 6 : Marie qui s’est
donné beaucoup de peine
pour vous
[kopiaō,
qui caractérise le labeur apostolique]. De même au v. 12
Tryphène et
Tryphose et la « chère Persis ».
- Rm 16, 7 : Andronicus et Junias éminents parmi les
apôtres
[apostoloi].
- Col 4, 17 : Archippe doit veiller à la diaconie
qu’il a
reçue dans le
Seigneur et tâcher de bien l’accomplir.
- Ph 1, 1 : ... à tous les saints qui sont dans le
Christ
Jésus, chez
les Philippiens avec leurs surveillants
[episcopois] et leur diakonois.
Nous retrouvons dans la Didachè 15, 1
« surveillants
et
ministres
[choisis par les communautés] qui eux aussi exercent pour vous le
ministère [leitourgia]
des prophètes et des docteurs ».
- 2 Co 8, 22-23 : les délégués
(apostoloi)
des églises, gloire
du
Christ. Les communautés locales nommaient des messagers éprouvés et
dignes de cette charge pour rendre à destination les fruits de la
collecte destinés à l’église appauvrie de Jérusalem. Quant aux apôtres
chargés de l’évangélisation, il semble qu’ils émanaient de centres plus
développés comme Antioche et Jérusalem, et ces apôtres de passage se
choisissaient des compagnons dans les églises locales.
L’ordre chronologique des citations
fait ressortir dès les années 50
l’existence constante de services communautaires, désignés par un
vocabulaire qui va se précisant.
La diaconie-ministère
Des traits des serviteurs-ministres des communautés diverses, auxquels
il faudrait ajouter les traits des missionnaires de passage, émergent
ceux des services-ministères dont les épîtres pauliniennes dressent la
liste à plusieurs reprises[8].
De ces listes qu’il est impossible de
ramener à un organigramme unique, où elles perdraient d’ailleurs
beaucoup de leurs richesses, retenons seulement 1
Corinthiens 12, 28 et
Ephésiens 4, 11. « … premièrement
des
apôtres,
deuxièmement des
prophètes, troisièmement des didascales, ensuite [ici disparaissent les
noms de personnes] les pouvoirs, ensuite les dons (charismata) de
guérison, les assistances, les directions, le genre des
langues » (1
Co 12, 28). « ... des apôtres, des
prophètes, des
évangélistes, des
pasteurs et des didascales » (Ep 4, 11). Les
épîtres
pastorales,
beaucoup plus tardives, parleront d’une nouvelle triade : les épiscopes
ou surveillants, les presbytres ou anciens et les diacres ou
serviteurs. De ces passages sur la diversité des ministres et des
ministères, et des exhortations visant la pratique des ministres on
peut tirer l’acception du ministère comme don de l’Esprit
(1 Co 12, 4-11)[9],
ordonné au bien de tous et qui
s’exerce avec l’assentiment
combiné et du ministre et de la communauté.
Femmes et ministères
Cette exploration, à fleur de texte et en deçà de toute technicité
sémiotique, de la mise en discours du servir dans le Nouveau Testament,
surtout dans la ligne de son actorialisation ou de sa représentation
par les acteurs du texte jusqu’à sa thématisation dans la figure du
ministère proprement chrétien, éclaire-t-elle la question du rapport
femmes et ministères comme nous en émettions l’hypothèse au début de
notre démarche ? Revoyons du point de vue de l’acteur féminin le survol
obtenu.
La première mention de femmes devenues disciples et
effectivement
décrites par ce que nous avons appelé la diaconie-service
(Mt 27, 55;
Mc 15, 11; Lc 8, 3) les range
étonnamment parmi les
disciples itinérants
qui partagent le ministère même de Jésus. On s’attendrait plutôt à les
retrouver dans la représentation des vertus chrétiennes à domicile,
dans leurs fonctions d’épouses et de mères. Dans le processus de
décantage des personnages autour de Jésus, qui va de la foule curieuse
et neutre, à la masse anonyme de nouveaux disciples jusqu’au noyau des
intimes, des femmes sont placées au niveau des Douze et avec eux. Il
n’y a pas de femmes parmi eux, mais une fois qu’on a rompu avec une
longue habitude apologétique de réduire tout ministère aux leurs et les
leurs au sacerdoce, qu’on les a resitués dans la question globale du
ministère chrétien, leur signification propre, certes fort importante,
exclut-elle ipso facto
une succession féminine ? Que représentent-ils
dans le système actoriel des évangiles? Pourquoi Marie-Madeleine et des
femmes entre Jésus et eux au moment de la résurrection?
Dans la syntagmatique de la mission, après le stade de l’appel
à la
conjonction avec Jésus, un premier envoi des Douze est suivi de celui
de soixante-douze autres disciples avec le même mandat et les mêmes
recommandations (Lc 9, 1-6 et 10, 1-20). Ces
soixante-douze
voyageant
deux par deux pouvaient inclure des disciples féminins, à la façon de
ces couples de missionnaires, mariés ou non ? salués par Paul en
Romains 16. Nous sommes ici au niveau de la simple plausibilité, il est
vrai, mais, par contre, rien dans les textes ne nous autorise à
décréter l’impossibilité de cette supposition et l’exclusion d’office
des disciples féminins.
Sous peine de discontinuité radicale, il faut supposer
cependant que la
pratique des premières communautés reflète celle des disciples formés
par Jésus. Nous trouvons à la période dite apostolique dans les études
sur les ministères (des années 40 à 65 après J.C.) la triade des
apôtres, prophètes et docteurs, également repérable dans la Didachè aux
chapitres 11 à 13.
Les Apôtres étaient des envoyés officiels, mandatés par une communauté; ils allaient par deux et avaient pour rôle l’annonce kérygmatique. À la lumière du statut égalitaire des disciples masculins et féminins, on peut supposer que des femmes ont fait partie de ces couples ou groupes d’itinérants. Rien ne s’y oppose si la femme n’a pas à voyager seule et que son ou ses accompagnateurs encadrent sa prise de parole et la cautionnent eu égard aux moeurs du temps. Nous en aurions un exemple précis en Romains 16, 7 : « Saluez Andronicus et Junias [ ... ] apôtres éminents qui ont même appartenu au Christ avant moi », si Junias est un nom propre féminin, ce qui reste difficile à déterminer dans le dédale des manuscrits. Plusieurs copistes ont remplacé Iounian par Ioulian à propos de la Julie de nos traductions françaises. On connaît de plus une forme masculine du même mot : Iouniàn, et une forme féminine : lounían; la différence d’un accent attribue à Andronicus un compagnon ou une compagne selon les manuscrits.
À partir du moment où l’on a admis la possibilité de membres
féminins
importants à la tête des communautés, il est également possible que des
Phoebé aient elles-mêmes mandaté des apôtres, et que les
« gens de
Chloé » (1 Co 1, 11) soient des
missionnaires, si Chloé perd le
métier
de commerçante que les commentaires lui prêtent sans aucun appui dans
le texte et se garde en contact avec Paul pour des motifs apostoliques.
Les prophètes jouent un rôle de premier plan dans les assemblées chrétiennes. Les épîtres pauliniennes recommandent de ne pas mépriser la prophétie (1 Th 5, 20), de l’exercer en accord avec la foi si on a reçu ce don (Rm 12, 6) et, dans la recherche des manifestations de l’Esprit, d’aspirer surtout à la prophétie (1 Co 14, 1-39), car « vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre maîtresse » (Eph 2, 20). Le livre des Actes signale leur présence dans les églises de Jérusalem, d'Antioche, d'Ephèse et de Césarée (Ac 15, 32; 21,10; 13, 1; 19, 6; 21, 9), présence et activité régulières distinctes du charisme de prophétie qui peut s'exprimer à l'occasion chez tous les chrétiens. Ils sont animateurs des communautés locales et, parmi eux, on choisit les apôtres itinérants. Ils édifient l'assemblée, au sens littéral de la construire et de la faire croître, l'exhortent, l'encouragent, assurent la prédication et l'instruction, prononcent bénédictions et prières d'action de grâces (1 Co 14, 3-4.15-17.22.31), communiquent à l'occasion une révélation personnelle.
Or, nous savons également par Actes, épîtres et Apocalypse que
des
femmes prophétisaient sans qu'on mette en doute l'authenticité de leur
inspiration, sans qu'on brime leur activité. Les quatre filles du
diacre
Philippe durent avoir une influence considérable, puisque l’Histoire
ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée parle de leur lieu de
sépulture
honoré par toutes les provinces d'Asie. Paul discute de la manière
vestimentaire de prophétiser et non du fait, du droit, de la qualité de
l'inspiration des prophétesses
(1 Co 11, 3-6). Le
contenu de son
activité prophétique qui enseigne l'idolâtrie vaut à une femme de
Thyatire le nom de Jézabel et le titre de faux prophète, non sa
prétention à être prophète (Ap 2, 20).
Les didascales, eux, dispensent un enseignement plus poussé, plus systématique à partir des Écritures. Scribes de la nouvelle alliance, docteurs de la loi nouvelle, il y a peu de chances de trouver parmi eux des femmes, exclues d'emblée des lieux de formation y compris des leçons élémentaires de lecture et d'écriture. Une femme ou l'autre peut briller par son intelligence des choses de la foi, Prisca compléter et rectifier les connaissances chrétiennes de l'érudit Apollos (Ac 18, 26), elle ne pourra, comme lui, par « la force de ses arguments avoir raison des Juifs en public, quand il prouvait par les Écritures que le Messie c'était Jésus » (Ac 18, 24-28). Le non-accès à la compétence requise limitait ici la présence féminine, non la nature de ce ministère lui-même. Règle générale, l'esprit n'y supplée pas par action miraculeuse continue.
La période suivante (des années 65 à 95 après J.C.) ajoute à la première triade les évangélistes et les pasteurs, puis une deuxième triade les épiscopes, les presbytres et les diacres. Le fait que les évangélistes soient surtout des itinérants ne raye pas les femmes de leur nombre, nous l'avons vu. Ni la fonction locale de pasteur en elle-même, quoiqu'en vertu de l'organisation sociale, du peu de poids de la gent féminine, la chrétienne désignée à ce poste devait rayonner d'une singulière présence de l'Esprit.
Épiscopes et presbytres ne sont pas encore définis par le sacerdoce ni distingués par des frontières ministérielles bien nettes; des femmes ont pu ou auraient pu devenir surveillantes ou « anciennes » de l'église. On reconnaît que certaines furent diaconesses au même titre que les hommes diacres, conclusion appuyée sur les souvenirs de la mémoire ecclésiale plus que sur des indices textuels qui restent assez flous.
Des femmes donc apparaissent ou peuvent apparaître aux différents postes ecclésiaux dès qu'on replace dans une perspective plus globale la question des ministères. La remarque s'applique à leur présence en général dans le Nouveau Testament et gagne de nouveaux horizons quand une lecture se sensibilise au fonctionnement du langage inclusif de nos grammaires masculines. Nous oublions que le terme disciple recouvrait des hommes et des femmes; nous lisons exclusivement au masculin des passages adressés aux deux sexes. Le texte lui-même a ses habitudes d’époque dans la nomenclature de ses personnages. En Luc par exemple, les annonces solennelles de la Passion sont adressées aux disciples (9, 18.43) et aux Douze (18, 31). Or quand les deux anges du matin de Pâques dirent aux femmes accourues au tombeau : « Rappelez-vous comment il vous a parlé quand il était encore en Galilée » et citèrent une annonce de la Passion, « elles se rappelèrent ses paroles » (24, 6-8).
Quant aux passages qui les excluraient des ministères (comme 1
Co 14, 34-35 qui leur commande de se taire,
c'est-à-dire de
ne
pas
parler
dans les assemblées, et 1 Tm 2, 11-15 qui
leur
interdit d'enseigner) il
faudrait d’abord résoudre leurs contradictions internes et étudier leur
articulation avec les passages positifs du même corpus avant d'en tirer
quelque conclusion. Comment la prophétesse agréée de tous de
1 Corinthiens 11 pourra-t-elle éviter de fournir un
enseignement à
l'assemblée? Comment celle qui répond à l'invitation à la virginité de
1 Corinthiens 7 pourra-t-elle être « sauvée
par sa
maternité » (1 Tim 2, 15) ? Comment
la
descendante d'Ève ramenée à une soumission de nature
et de culpabilité (vv. 12-15) lira-t-elle
Galates 3, 28 où Paul déclare
que dans le Christ il n'y a plus de distinction entre l’homme et la
femme, entre Adam et Ève ? Enfin, un autre phénomène se fait jour à
travers les années de
rédaction du Nouveau Testament. À mesure que l'église se hiérarchise,
sur le modèle de la société du temps, dans la même mesure
réapparaissent les conseils de soumission adressés aux femmes,
disparaissent les mentions de leurs activités communautaires et domine
dans les épîtres de la fin du siècle la louange des vertus familiales
qui leur reviendrait comme
héritage chrétien. Les lectrices du Nouveau Testament se prennent à
regretter les entretiens de Jésus avec la Samaritaine, Marie et Marthe
de Béthanie.
Invitation à ne pas conclure
À problématique féminine nouvelle, nouvel angle de relecture du
Nouveau Testament. À nouvel éclairage sur les pré-supposés
de la
question à poser, nouvel horizon de la réponse à réévaluer. Quelles
que soient les avenues d'analyse adoptées, l'état dans lequel nous
trouverons les femmes autour de Jésus et dans les communautés du
premier siècle est-il normatif pour nos problèmes actuels, ceux de la
condition sociale féminine et ceux de la réalité ecclésiale? La place
des femmes dans le Nouveau Testament donne-t-elle la mesure de la place
des femmes dans l'Église du vingtième siècle?
Marie de Nazareth, Marie de Magdala et Marie de Béthanie sont
uniques
et radicalement inimitables. La révélation ne porte pas non plus sur la
forme de société dans laquelle le Verbe s'est incarné, donc pas non
plus sur le vécu féminin de l'époque. À l'intérieur du Nouveau
Testament certaines pratiques sont même à réévaluer, et à l'aune de ce
que Jésus a apporté, de la réalité proprement évangélique née de lui.
Où les femmes sont aussi images de Dieu, donc jouissent de toute la
dignité apanage
de la personne humaine. Où elles reçoivent un appel égal à la condition
de disciple, à la mission d'église, à la consécration pour le Royaume.
Dans laquelle elles sont incorporées par un baptême identique à celui
des hommes, par le don de l'Esprit qui s'exprime en elles à travers les
mêmes charismes. Dans laquelle, c'est-à-dire, dans le Christ total, il
n'y a plus cette dichotomie homme/femme, mais des êtres humains peu à
peu transformés, de clarté en clarté, en celui qui est l'icône de Dieu
(2 Co 3, 18; 4, 4). Ces
critères, plus qu'une
pratique établie si longue
soit-elle, constituent l'instance première et dernière de nos
questions, de nos réponses et de nos traditions au chapitre des
ministères d’église.
*Ce texte a
d’abord été publié dans Studies in
Religion/Sciences
religieuses, 16/1, 7-20 en 1987.
Il a été revu et corrigé par l'auteure le 20 novembre 2010
et est publié avec son autorisation.
NOTES
[1] Sauf en Rm 15, 16 où la spécificité du vocabulaire sacerdotal est d'ailleurs contestée.Site du Réseau Femmes et Ministères
- www.femmes-ministeres.org
Consulté
le